L’Allemagne en passe d’atteindre ses objectifs climatiques nationaux pour 2030

Si les objectifs climatiques de l’UE sont hors de portée pour l’Allemagne, le pays est en bonne voie pour atteindre l’objectif national de réduction de 65 % de ses émissions d’ici à 2030.

Euractiv.com
German government’s weekly cabinet meeting in Berlin
Robert Habeck, vice-chancelier allemand et ministre fédéral de l’Économie et du Climat. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Si les objectifs climatiques de l’UE sont hors de portée pour l’Allemagne, le pays est en bonne voie pour atteindre l’objectif national de réduction de 65 % de ses émissions d’ici à 2030.

L’Allemagne prévoit de réduire ses émissions de 65 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030, pour atteindre la neutralité climatique en 2045. Le pays a presque parcouru la moitié du chemin, passant de 1 200 millions de tonnes en 1990 à environ 670 en 2023.

« Les chiffres le montrent : l’Allemagne est sur la bonne voie — pour la première fois. Si nous maintenons le cap, nous atteindrons nos objectifs climatiques pour 2030 », a déclaré Robert Habeck, ministre de l’Économie et de l’Action climatique, en présentant vendredi (15 mars) le bilan pour 2023 et les perspectives pour 2030.

En 2023, les émissions de l’Allemagne ont fortement diminué en raison des prix élevés de l’énergie et de la baisse de production qui s’en est suivie.

Mais « même avec une économie stable et de la croissance, nous pouvons y arriver », a déclaré M. Habeck, ajoutant qu’avec une croissance annuelle moyenne de 1,4 %, l’Allemagne devrait atteindre l’objectif de 2030.

Cela est dû en grande partie au fait que le secteur de l’énergie devrait dépasser ses objectifs — il est en passe de réduire ses émissions de CO2 de 175 millions de tonnes supplémentaires — et que l’industrie devrait faire de même à hauteur de 37 millions de tonnes. L’agriculture et les industries de traitement des déchets enregistreront des avancées plus modestes.

Les mauvais élèves

D’autres secteurs, en revanche, sont loin de dépasser leurs objectifs. Le secteur allemand des transports émettra 180 millions de tonnes de CO2 de plus que son objectif jusqu’en 2030.

Cela signifie que « les rues allemandes seront pleines de voitures diesel et à essence, alors que toute l’énergie est renouvelable », a expliqué Dirk Messner, directeur de l’Agence fédérale pour l’environnement (Umweltbundesamt).

Le secteur du bâtiment émettra 32 millions de tonnes de plus qu’il ne le devrait, mais moins que ce qui avait été prévu car les estimations antérieures laissaient entendre que l’écart pourrait être plus important en raison de l’affaiblissement de mesures clés telles que l’interdiction des chaudières à gaz en 2024.

L’Allemagne doit également ces prévisions plus favorables à une mesure de l’UE. « Le SEQE II est désormais garanti », a déclaré M. Messner, faisant référence à une directive européenne révisée sur le système européen d’échange de quotas d’émission (SEQE), qui couvrira principalement la combustion de comnustibles dans les bâtiments, le transport routier et les petites industries.

Le nouveau prix du CO2 pour le chauffage et la mobilité au diesel et à l’essence a changé les perspectives, a expliqué M. Messner.

Objectifs européens manqués

L’UE a attribué aux pays riches la majeure partie des réductions d’émissions à effectuer dans les secteurs des transports et du bâtiment, réputés difficiles à décarboner, et notamment à l’Allemagne, qui doit réduire ses émissions de 50 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici à 2030.

« Nos objectifs en matière de répartition des efforts ne seront probablement pas atteints », a reconnu M. Messner. C’est une mauvaise nouvelle pour le système de la répartition de l’effort qui est sur le point de s’effondrer en raison de l’absence d’actions suffisantes en la matière dans l’ensemble du bloc.

Le système repose sur le principe de la vente de crédits par les États membres les plus performants aux États membres les moins performants. Or, la quasi-totalité des États membres étant à la traîne, il est pratiquement garanti que les crédits pour 2030 seront loin d’être suffisants.

Au total, il devrait manquer plus de 500 millions de tonnes de crédits carbone dans le cadre du partage de l’effort d’ici à 2030, à cause d’États membres comme l’Allemagne. Alors que le pays devrait rester sur la bonne voie jusqu’en 2025, quoique de justesse, un dépassement d’au moins 150 millions de tonnes est attendu pour 2030.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]