L’Assemblée parlementaire franco-allemande veut relancer la coopération énergétique entre Paris et Berlin
L’assemblée parlementaire franco-allemande s’apprête à adopter une déclaration conseillant à Paris et à Berlin de dépasser leurs divergences en matière de politique énergétique et de s’engager sur la voie de l’hydrogène et de la géothermie.
L’assemblée parlementaire franco-allemande s’apprête à adopter une déclaration conseillant à Paris et à Berlin de dépasser leurs divergences en matière de politique énergétique et de s’engager sur la voie de l’hydrogène et de la géothermie.
Dans le domaine de l’énergie, les relations entre les deux pays ne sont pas au beau fixe. Alors que la France est favorable à l’énergie nucléaire, l’Allemagne est le plus fervent défenseur d’une approche fondée sur les énergies renouvelables.
Les députés de l’assemblée réunissant les deux pays veulent combler les écarts en matière de politique énergétique en se concentrant sur leurs intérêts communs.
« Ces deux dernières années, il y a eu trop d’antagonismes entre la France et l’Allemagne, mais l’énergie franco-allemande est nécessaire pour faire avancer l’Europe », a affirmé Andreas Jung, député allemand de centre droit de l’Union chrétienne-démocrate (CDU, PPE).
Un document de position commun en allemand et en français sera adopté lors de la session plénière de l’assemblée parlementaire franco-allemande du 24 juin.
Cette assemblée, composée de 100 législateurs issus des deux parlements nationaux, se réunit deux fois par an. Elle assure la coordination entre les deux assemblées nationales, mais ne peut pas légiférer.
Stratégie pour l’hydrogène
Si la question délicate de l’opposition entre le nucléaire et les énergies renouvelables a été écartée autant que possible du document commun, ce dernier contient néanmoins des projets qui ne manqueront pas d’avoir des répercussions sur l’Europe.
Par exemple, la France et l’Allemagne devraient travailler sur une « stratégie européenne commune de l’hydrogène d’ici 2025 ». Un tel document constituerait de facto une base pour mettre à jour l’actuelle stratégie de l’UE pour l’hydrogène datant de 2020.
Alors que l’hydrogène « vert » basé sur les énergies renouvelables est présenté comme l’objectif final, le document se déclare ouvert à « différentes formes
d’hydrogène bas carbone », c’est-à-dire entre autres à l’hydrogène nucléaire.
« La France produira également de l’hydrogène à partir de l’énergie nucléaire. L’ouverture à toutes les couleurs de l’hydrogène est une condition préalable à une stratégie commune avec une infrastructure européenne à grande échelle », a expliqué M. Jung.
Toutefois, le texte reconnaît toujours la « primauté » de l’hydrogène vert, même dans la phase initiale de montée en puissance du secteur. Cette disposition a été poussée par les Verts allemands et le SPD de centre gauche.
Géothermie
Alors que la plupart des sources d’énergie bénéficient déjà de stratégies européennes spécifiques, ce n’est pas le cas de la géothermie.
La position commune met son poids derrière une « stratégie européenne pour soutenir l’énergie géothermique », proposant d’établir une position commune franco-allemande sur cette technologie d’ici 2025.
« L’énergie géothermique offre un grand potentiel dans la région frontalière franco-allemande du Rhin supérieur », souligne M. Jung, qui espère aborder simultanément deux questions : le changement climatique et l’amitié franco-allemande.
Le développement de la géothermie nécessite « des réponses communes aux préoccupations — avec un cadre transfrontalier pour les technologies, les autorisations et la sécurité », a expliqué le député de centre droit.
Dans un esprit de coopération, les deux pays devraient « continuer de promouvoir de manière intelligente le développement transfrontalier des réseaux européens », ajoute le document.
Nucléaire
S’appuyant sur les efforts déployés pour rapprocher Varsovie des questions militaires et de politique étrangère, les législateurs souhaitent la création d’un forum franco-germano-polonais sur l’énergie afin de développer une « stratégie de renforcement de la coopération
des gestionnaires de réseaux [des trois pays] ».
Le nucléaire n’est pas en reste, et même les écologistes allemands, qui s’y opposent traditionnellement, ne peuvent que s’en réjouir. « L’élaboration de mesures pour la sécurité nucléaire et la lutte contre la prolifération » — c’est-à-dire les moyens d’empêcher la propagation des armes nucléaires — devrait se poursuivre, indique le document.
Bien qu’il soit largement axé sur des questions non controversées, le document jette les bases d’un rapprochement plus profond entre l’Allemagne et Paris en matière d’énergie.
La forte implication des conservateurs allemands dans cette initiative laisse présager une poursuite de la coopération énergétique entre les deux pays, la CDU étant susceptible de revenir au pouvoir en Allemagne fin 2025.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]