L'autonomie stratégique européenne n'est pas un protectionnisme, selon un ministre tchèque
Le vice-premier ministre tchèque en charge de la Numérisation a exhorté l’Union européenne à ne pas se replier sur elle-même dans sa transition vers une plus grande autonomie technologique.
Lors d’une conférence de la présidence tchèque sur l’innovation dans le domaine numérique vendredi (4 novembre), Ivan Bartoš, vice-premier ministre en charge de la Numérisation, a exhorté l’Union européenne à ne pas se replier sur elle-même dans sa transition vers une plus grande autonomie technologique.
Si l’Europe veut devenir un leader technologique, elle doit mettre en place une réglementation efficace et renforcer son soutien à l’innovation. Telle est la vision de la présidence tchèque du Conseil de l’UE, qui considère comme essentiel le maintien de contacts étroits avec des partenaires démocratiques partageant les mêmes idées, notamment les États-Unis.
Les deux dernières années, marquées par la crise de la Covid et l’invasion russe en Ukraine, ont mis l’autonomie de l’UE sous les feux de la rampe.
Toutefois, selon Ivan Bartoš, l’autonomie stratégique ouverte de l’UE doit prévaloir.
« Nous replier sur nous-mêmes n’est pas la voie à suivre », a-t-il affirmé lors de la conférence de Prague, dans une tentative de rejeter toute tentation de protectionnisme.
Selon le vice-premier ministre, une Europe autonome sur le plan technologique devrait se fonder sur une approche assurée envers les pays tiers, le renforcement des capacités stratégiques de l’Europe et la coopération avec ses alliés démocratiques.
Le ministre tchèque a également déclaré que l’UE est experte dans la détermination des règles et des principes applicables aux technologies numériques, mais qu’il est essentiel de ne pas surréglementer afin de permettre aux entreprises d’innover et d’évoluer.
Une autonomie stratégique « ouverte »
Les intervenants se sont accordés à dire que, pour construire une économie européenne résiliente et autonome, il est essentiel de renforcer la coopération avec les partenaires non européens et d’éviter les tendances protectionnistes.
Selon Tomáš Prouza, président de la Confédération tchèque du commerce, même en temps de crise, l’UE doit rester ouverte à ses partenaires qui partagent les mêmes idées et elle a besoin de réciprocité. Il a également ajouté que le bloc doit lutter contre la tendance à ériger des murs et à se replier sur elle-même.
« Il est très important pour nous de maintenir des contacts étroits avec les États démocratiques partageant les mêmes idées, comme les États-Unis, avec lequel nous voyons un grand potentiel de coopération dans les affaires numériques et l’élaboration de normes », a déclaré Petr Očko, ministre adjoint chargé de la Numérisation au ministère de l’Industrie et du Commerce de la République tchèque.
La coopération entre l’UE et les États-Unis au sein du Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis (CCT) est, selon lui, conforme au concept d’autonomie stratégique « ouverte » de l’UE, qui repose sur les principes de concurrence loyale, de résilience et d’innovation pour les entreprises européennes, tout en proposant l’introduction d’un protectionnisme technologique.
Les panélistes ont également noté que l’autonomie stratégique est une entreprise coûteuse. Par exemple, M. Prouza a souligné que le financement est l’élément le plus délicat de la discussion du Conseil concernant la législation européenne sur les semi-conducteurs (Chips Act), car l’investissement dans les technologies avancées est coûteux.
Selon Ray Pinto, directeur politique de DIGITALEUROPE, le coût de la compétitivité de l’UE dans le domaine des semi-conducteurs pourrait atteindre 1 000 milliards d’euros, ce qui explique pourquoi la coopération internationale reste essentielle à ce niveau.
La compétitivité de l’Europe
Par ailleurs, les intervenants ont convenu de l’importance d’équilibrer la réglementation avec des initiatives visant à créer des conditions favorables à l’innovation et à la croissance des entreprises européennes d’innovation pour le leadership technologique de l’UE.
Selon M. Očko, ces dernières années, de nombreux progrès ont été réalisés pour accroître les investissements au niveau de l’UE et des États membres. L’Union européenne devrait toutefois faire davantage pour soutenir la recherche et le développement de technologies de pointe et apporter un soutien à l’industrie, notamment aux petites et moyennes entreprises (PME).
Le ministre délégué français chargé de la Transition numérique et des Télécommunications, Jean-Noël Barrot, a félicité les autorités tchèques pour avoir trouvé le bon équilibre entre stimulation de l’innovation et protection des consommateurs dans des dossiers tels que le règlement sur les données (Data Act) ou la législation sur l’intelligence artificielle (AI Act).
L’héritage de la présidence tchèque
L’innovation était au cœur de l’approche du gouvernement tchèque en matière de politique numérique. Petr Očko a déclaré que les Tchèques se concentraient sur les investissements dans des projets liés aux bacs à sable réglementaires dans des domaines tels que l’IA, la blockchain et la technologie financière (fintech).
La semaine dernière, les Tchèques ont également annoncé, lors de la conférence du Conseil numérique de Prague, qu’ils allaient élaborer l’un des bacs à sable réglementaires les plus importants au monde.
M. Očko l’a présenté comme le projet d’innovation le plus ambitieux d’Europe centrale avant d’ajouter que « le soutien complexe aux innovations pourrait être l’un des héritages de la présidence tchèque ».
En attendant, les Tchèques continuent de faire avancer plusieurs dossiers numériques au Conseil dans l’espoir de trouver des positions communes.
Ainsi, la législation sur l’IA et le règlement sur les semi-conducteurs devraient être finalisés d’ici décembre. Les discussions sur le règlement sur les données et l’identité numérique européenne (European Digital Identity) sont quant à elles toujours en cours.