L'Autriche veut tailler dans le gras bruxellois

Également dans l'édition de mardi : food court européen, Lange, Martusciello

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur du mardi 16 juin. Ici Eddy Wax à Bruxelles, avec Nicoletta Ionta.

À retenir :

🟢 La ministre autrichienne des Affaires européennes veut mettre les institutions au pas

🟢 Entretien : Lange, le vétéran européen qui tient tête à Donald Trump

🟢 Jour de vérité pour Fulvio Martusciello, figure du PPE

Rond-point Schuman : le Parlement envisage de construire un food court.


L’Europe, vue de Bruxelles


L’Autriche sort la tronçonneuse

Claudia Bauer, la ministre autrichienne des Affaires européennes, arrive ce matin à Luxembourg pour une réunion ministérielle avec une tronçonneuse politique à la main.

Sa cible : les institutions européennes elles-mêmes.

« Je suis parfaitement consciente que ce n’est pas le poste budgétaire le plus important, et que cette critique est souvent balayée d’un revers de main – mais chaque économie compte », a-t-elle confié à ma collègue Victoria Becker.

La Commission souhaite consacrer plus de 100 milliards d’euros à l’administration européenne sur le prochain cycle budgétaire de sept ans, y compris la création de 2 500 postes supplémentaires dans la fonction publique européenne.

Selon Bauer, il faut réaliser des « économies substantielles » jusque dans le fonctionnement même des institutions européennes.

Pour Vienne, le projet de dépenses administratives de l’UE envoie « un signal absolument erroné » à un moment où les gouvernements nationaux réduisent leurs dépenses, numérisent les services publics et cherchent à faire davantage avec moins de personnel.

La ministre s’est également interrogée sur la pertinence de certaines agences européennes, estimant que toutes n’opèrent pas nécessairement dans des domaines relevant clairement des compétences de l’UE. Certaines pourraient donc être menacées. Ironie du sort : Vienne accueille elle-même l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne.

Bauer peut compter sur le soutien de plusieurs capitales, dont Rome, où Giorgia Meloni a dénoncé la semaine dernière les projets de la Commission d’augmenter de « plus de 20 % » les dépenses administratives liées aux pensions des fonctionnaires, aux bâtiments et aux institutions.

La semaine s’annonce décisive pour les négociations sur le prochain budget pluriannuel de l’UE. Les dirigeants doivent tenir dans les prochains jours leur premier véritable débat politique sur l’ampleur de l’enveloppe, avec l’ambition d’arracher un accord d’ici à la fin de l’année.

Vienne réclame des coupes plus profondes. S’exprimant auprès de Victoria Becker, Claudia Bauer a rejeté comme insuffisante la réduction de 2 % proposée sur le budget de 1 760 milliards d’euros de la Commission, la comparant à une « goutte d’eau sur une pierre brûlante ».

« Les neuf pays contributeurs nets financent plus de 60 % du budget de l’UE », a déclaré Bauer. « En d’autres termes, un tiers des États membres paie pour les deux tiers du budget européen. »

L’ANALYSE DE RAPPORTEUR : Demander aux États membres de financer des milliers de nouveaux postes à Bruxelles n’a jamais été une entreprise facile, d’autant que la Commission a fait de la « simplification » son mantra politique et mène elle-même une revue des effectifs destinée à rationaliser la fonction publique européenne.

Cependant, même si le Berlaymont perd cette bataille, ses stratèges budgétaires ont des raisons de se réjouir. Dimanche, les États membres ont validé la nouvelle architecture budgétaire proposée par la Commission, y compris certaines de ses idées phares, comme le Fonds pour la compétitivité.

Les amateurs de politique budgétaire peuvent s’en réjouir : le retour du sempiternel débat sur le coût de la bureaucratie bruxelloise est le signe que la véritable bataille budgétaire est sur le point de commencer. Et elle s’annonce particulièrement brutale.

Un poids lourd du PPE joue sa survie

S’il est un véritable baron du PPE, c’est bien Fulvio Martusciello. À 58 ans, cet élu napolitain est une figure incontournable de Forza Italia, le parti d’Antonio Tajani, ancien président du Parlement européen et actuel ministre italien des Affaires étrangères.

Je me souviens encore de l’avoir vu verser des larmes sincères à Strasbourg, en 2023, lorsque les eurodéputés rendaient hommage à Silvio Berlusconi. Aujourd’hui pourrait être une autre journée éprouvante pour Martusciello. Ou peut-être pas.

Les eurodéputés doivent voter – probablement à bulletin secret, selon Nicoletta – sur la levée de son immunité parlementaire, ouvrant la voie à une enquête des procureurs belges sur son rôle présumé dans le scandale de lobbying lié à Huawei. Martusciello nie toute malversation. Ces derniers mois, il a mené une intense campagne en coulisses pour préserver son avenir politique.

Le vote est aussi un test pour le Parlement lui-même. Après avoir protégé Angelika Niebler et la plupart des élus éclaboussés par le Huawei-gate, l’institution risque de conforter sa réputation de club prompt à protéger les siens à tout prix. Lisez le portrait complet de Nicoletta et Elisa Braun.

Motos, Dieu et l’art du deal

En vingt-cinq ans de vie parlementaire, Bernd Lange affirme n’avoir jamais connu une telle pression.

Depuis des mois, l’eurodéputé allemand septuagénaire jongle entre les pressions de Donald Trump, les efforts pour préserver l’unité du Parlement et les négociations sur la position européenne dans les discussions commerciales transatlantiques. Aujourd’hui, les députés se prononceront lors du vote final.

Avec Sofia Sanchez Manzanaro, nous avons rencontré Lange pour retracer le parcours qui l’a mené de l’enseignement de la théologie dans le nord de l’Allemagne aux sommets de la politique commerciale européenne – sans oublier sa passion intacte pour les motos de collection. Lire l’entretien complet.

Les conseils des démocrates aux eurodéputés

Une délégation d’élus démocrates américain multiplie les rencontres à Strasbourg avant le vote sur l’accord UE–États-Unis.

S’il s’’est gardé de dire aux eurodéputés comment voter, Sean Casten, un élu démocrate de l’Illinois, les a tout de même exhortés à ne pas affronter Donald Trump seuls. « Ne cherchez pas la confrontation, mais si on vous intimide, rendez coup pour coup», a-t-il déclaré à Magnus Lund Nielsen.

« [Trump] intimide les gens en suggérant que les têtes qui dépassent seront coupées. Soit vous restez assis chacun dans votre coin, soit vous vous levez ensemble », a-t-il ajouté.

Le conseil de Lange aux démocrates ? S’inspirer du Parlement européen.

Kallas limite le rôle d’Aspides dans le détroit d’Ormuz

Kaja Kallas semble avoir douché les espoirs de ceux qui voyaient la mission navale européenne Aspides jouer un rôle dans la réouverture du détroit d’Ormuz. La mission restera concentrée sur sa tâche actuelle : la protection du trafic commercial en mer Rouge.

S’exprimant lundi, la cheffe de la diplomatie européenne a indiqué qu’Aspides poursuivrait ses opérations en mer Rouge tout en se coordonnant avec une initiative franco-britannique émergente destinée à sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz.

L’utilisation des mêmes moyens pour plusieurs missions soulève toutefois des questions de commandement et de mandat, a confié un diplomate européen à Pietro Guastamacchia. « C’est précisément ce qui rend la discussion si compliquée », a-t-il résumé. Lire l’article complet.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


FOOD COURT : Les hauts responsables du Parlement européen ont planché hier soir sur une proposition pour le moins alléchante, ouvrant une première discussion sur la rénovation de la cantine du Parlement à Bruxelles. Aucune décision n’a été prise à ce stade, mais l’une des pistes envisagées consisterait à transformer l’espace en véritable food court, réunissant plusieurs enseignes et comptoirs de restauration sous un même toit.


Les capitales


BUDAPEST 🇭🇺

Le Parlement hongrois a adopté des limitations rétroactives du mandat de Premier ministre qui empêcheraient Viktor Orbán de revenir au pouvoir, marquant l’un des revirements les plus significatifs de l’ordre constitutionnel façonné au cours de ses seize années à la tête du pays. L’amendement démantèle également le réseau de fondations créées à l’époque du Fidesz, qui contrôlaient universités et autres actifs publics, tandis que le gouvernement a réaffirmé son rejet du pacte migratoire européen. Lire l’article complet.

– Mátyás Varga

STOCKHOLM 🇸🇪

Le Parlement suédois a adopté lundi une législation controversée obligeant plusieurs administrations à partager des informations sur les migrants en situation irrégulière avec la police et les autorités migratoires. La loi dite de la « délation » concerne notamment l’administration fiscale, le service public de l’emploi et la sécurité sociale. Services de santé, écoles et services sociaux sont exemptés, mais les critiques estiment que ces garanties restent insuffisantes et risquent d’éroder la confiance envers les institutions publiques.

– Charles Szumski

SOFIA 🇧🇬 / SKOPJE 🇲🇰

Deux véhicules diplomatiques appartenant à l’ambassade de Bulgarie à Skopje ont été incendiés lundi après qu’un individu non identifié a répandu un accélérant sur l’un d’eux à l’entrée de la mission, provoquant la propagation du feu au second véhicule. Un consul bulgare est parvenu à éteindre les flammes et aucune victime n’est à déplorer. La police nord-macédonienne a ensuite identifié un suspect de 44 ans. L’incident intervient sur fond de tensions persistantes alors que la Bulgarie continue de bloquer la trajectoire européenne de la Macédoine du Nord.

– Konstantin Karadjov

ATHÈNES 🇬🇷

Alexandros Yiotopoulos, considéré comme le cerveau du groupe terroriste d’extrême gauche grec 17 Novembre (17N), retournera en prison après que la plus haute juridiction du pays a annulé lundi une décision ayant conduit à sa libération fin mai. Cette décision intervient après des appels du département d’État américain demandant à Athènes d’intervenir. La première victime du groupe 17 Novembre fut Richard Welch, chef de station de la CIA à Athènes.

– Sarantis Michalopoulos

PRAGUE 🇨🇿

Le gouvernement tchèque a approuvé un projet visant à supprimer le financement de l’audiovisuel public par redevance et à le remplacer par des crédits budgétaires de l’État, une réforme qui, selon ses détracteurs, risque de fragiliser l’indépendance des médias. Dans ce cadre, la Télévision tchèque et la Radio tchèque recevraient environ 15 % de financement en moins qu’aujourd’hui. Le Premier ministre Andrej Babiš a défendu cette réforme comme une mesure d’économies, tandis que des experts y voient un possible conflit avec le règlement européen sur la liberté des médias.

– Aneta Zachová

BRATISLAVA 🇸🇰

La Slovaquie et l’Inde ont signé lundi des accords destinés à renforcer leur coopération dans les domaines de la défense, de l’enseignement supérieur et de la numérisation à l’occasion de la visite de Narendra Modi à Bratislava – la première d’un Premier ministre indien dans l’histoire moderne du pays. Modi a également invité Robert Fico en Inde. Le Premier ministre slovaque s’est dit prêt à effectuer ce déplacement, y voyant une nouvelle étape dans le renforcement des liens bilatéraux, alors que les échanges commerciaux entre les deux pays ont été multipliés par cinq en cinq ans.

– Natália Silenská

PODGORICA 🇲🇪

Le président Jakov Milatović doit s’exprimer aujourd’hui devant le Parlement européen à Strasbourg afin de présenter les progrès du Monténégro sur la voie de l’adhésion à l’UE, après la clôture provisoire de deux chapitres de négociation lundi. Il devrait également exposer la stratégie de Podgorica pour conclure les négociations d’adhésion. Mercredi, les eurodéputés voteront un rapport évaluant les avancées du pays vers son entrée dans l’Union.

– Bronwyn Jones


Editrices.teurs Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Victoria Becker, Magnus Lund Nielsen, Sarantis Michalopoulos, Thomas Moller Nielsen, Mátyás Varga, Elisa Braun, Matei Rosca, Bronwyn Jones, Natalia Silenská, Aneta Zachová, Konstantin Karadjov

Traducteur: Charles Szumski