« Surchargés », les fonctionnaires européens réclament une réduction de leur temps de travail

Les fonctionnaires de la Commission européenne réclament une réduction de leur temps de travail, davantage de jours de télétravail à l’étranger et une meilleure prise en compte de leur santé mentale. Ces revendications émergent alors que l’exécutif européen mène une vaste révision interne susceptible de transformer en profondeur la fonction publique.

/ EURACTIV.com
College meeting of EU Commissioners in Brussels
Le commissaire européen Piotr Serafin. [Getty Images/Dursun Aydemir_Anadolu]

Lors d’une réunion hybride réunissant l’ensemble du personnel de la Commission vendredi dernier (21 novembre), la question qui a le plus mobilisé les participants était claire la suivante : la réduction du temps de travail hebdomadaire à moins de 40 heures est-elle envisagée ? La réunion visait à recueillir les attentes et frustrations des milliers d’agents de l’institution.

Les fonctionnaires européens se sont entretenus avec l’équipe chargée de la « révision à grande échelle » des pratiques de travail. Mais le commissaire européen à l’Administration publique, Piotr Serafin, a rapidement douché leurs espoirs.

Le commissaire a rappelé que l’examen interne se déroulait dans un contexte budgétaire tendu et que les gouvernements de l’UE n’étaient pas prêts à financer une administration renforcée.

« Je pense que le schéma [de] nouvelles tâches, sans nouvelles ressources, se poursuivra à l’avenir », a-t-il déclaré aux participants, selon un enregistrement de la réunion consulté par Euractiv. « Plus nous serons capables de démontrer que nous savons nous adapter aux nouvelles priorités, plus nous serons crédibles dans ce processus de négociation », a-t-il continué.

Le commissaire a indiqué avoir demandé aux capitales de financer 2 500 fonctionnaires supplémentaires dans le nouveau projet de budget de la Commission (2028-2034). Mais un diplomate européen a confié à Euractiv que les gouvernements avaient « presque unanimement » critiqué cette idée lorsqu’elle avait été présentée au Conseil, où se réunissent les ministres des Vingt-Sept.

Les participants à la réunion de la Commission ont bombardé Piotr Serafin et d’autres hauts fonctionnaires chargés de l’examen de questions sur leurs conditions de travail.

Sur l’outil de questions-réponses en ligne Slido, un participant nommé Pablo a recueilli 54 soutiens en affirmant que certains services fonctionnent « en surcharge permanente ». D’autres témoignages ont décrit une charge « extrême » ou demandé quand la logique du « faire plus avec moins » prendrait fin. Plusieurs personnes ont alerté sur la montée des cas de burn-out parmi leurs collègues.

Une proposition visant à porter à 30 le nombre annuel de jours de télétravail à l’étranger a obtenu 141 votes favorables. Mais le commissaire Serafin l’a rejetée, jugeant que le quota actuel de dix jours suffisait.

Dans la salle, les interventions ont été tout aussi franches.

« On ne nous montre jamais que nous sommes le plus grand atout de la Commission dans notre travail quotidien, car les informations sont gardées secrètes, car on ne nous fait pas confiance, car la plupart des gens ont complètement décroché émotionnellement et intellectuellement », a dénoncé une fonctionnaire nommée Ivanka.

Stephen Quest, le plus haut responsable des ressources humaines de la Commission, a répondu :
« Nous prenons très au sérieux le bien-être du personnel ». Il a toutefois rappelé que la révision en cours ne portait pas spécifiquement sur les ressources humaines, même si des ajustements pourraient suivre.

Stephen Quest a également déclaré que plus de 100 personnes travaillent sur cette révision au sein de la Commission.

L’attention s’est ensuite portée sur Catherine Day, l’ancienne secrétaire générale de la Commission qui supervise les contributions externes à la révision. Elle a démenti avoir suggéré d’abolir les emplois permanents, comme l’avait indiqué un article d’Euractiv qui avait provoqué une vive inquiétude syndicale.

« Je n’ai pas dit que l’objectif du groupe [de travail] était de supprimer les emplois permanents au sein de la Commission. Cela serait très loin de ce que je soutiendrais », a-t-elle assuré vendredi.

Catherine Day, elle-même âgée de 71 ans, a également dû répondre à des questions sur le fait que les personnes chargées de la révision étaient trop âgées et déconnectées de la réalité.

« Ne faudrait-il pas que des fonctionnaires plus jeunes, plutôt que des retraités, fassent partie du groupe [de travail] ? », a demandé un participant anonyme, recevant 126 likes. « Qui [Catherine] Day représente-t-elle ? Les fonctionnaires à la retraite ? », s’est intérrogé un autre focntionnaire, recueillant 100 likes.

Catherine Day a défendu l’expertise qu’elle et les autres experts apportent ainsi que sa connaissance profonde de l’institution.

Piotr Serafin présentera ses recommandations finales à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et aux autres commissaires à la fin de l’année 2026.