L’avenir de l’économie européenne menacé par les tentions entre l’UE, la Chine et les États-Unis

Selon les experts, la décision historique de Volkswagen de fermer des usines en Allemagne est un symptôme d’une crise plus large à laquelle est confrontée l’économie européenne — qui pourrait être aggravée par la réélection de Donald Trump aux États-Unis, ou par des représailles de Pékin.

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Volkswagen factory in Wolfsburg
Le constructeur automobile allemand Volkswagen annonce fermer des usines sur son territoire pour la première fois depuis sa création en 1937. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Selon les experts, la décision historique de Volkswagen de fermer des usines en Allemagne est un symptôme d’une crise plus large à laquelle est confrontée l’économie européenne — une crise qui pourrait être aggravée par la réélection de Donald Trump aux États-Unis, ou par des représailles de Pékin contre les droits de douane récemment imposés par l’UE sur les véhicules électriques (VE) chinois.

L’annonce du constructeur automobile allemand Volkswagen, ce lundi 28 octobre, de fermer des usines sur son territoire pour la première fois depuis sa création en 1937 intervient alors que les prix élevés de l’énergie, la faible demande et la concurrence chinoise féroce ont contribué à faire de l’Allemagne l’économie avancée la moins performante du monde en 2023.

Cette annonce survient également dans un contexte de tensions commerciales mondiales accrues. Donald Trump a promis d’imposer des droits de douane élevés sur toutes les importations américaines s’il est réélu président le 5 novembre prochain, et la Chine menace d’introduire des droits de douane sur les véhicules à moteur à combustion européens — deux mesures qui pourraient gravement nuire aux fabricants allemands, grandement axés sur l’exportation.

« Je pense que cela ne s’arrêtera pas à Volkswagen [et] cela ne s’arrêtera pas non plus à l’Allemagne », a confié à Euractiv Carsten Brzeski, responsable de la macroéconomie chez ING Research, ce mardi 29 octobre.

Audi, constructeur automobile allemand appartenant au groupe Volkswagen, a également annoncé mardi qu’il fermerait son usine à Bruxelles en février 2025, provoquant le licenciement de 3 000 employés.

Mercredi 30 octobre, Volkswagen a indiqué que le ralentissement des ventes en Chine avait contribué à une baisse de 64 % des bénéfices nets trimestriels.

Ces données contrastent fortement avec les résultats financiers positifs publiés mercredi par le constructeur automobile chinois BYD, qui a enregistré une hausse de 11,5 % de son bénéfice net au troisième trimestre et une augmentation de 24 % de ses revenus par rapport à l’année précédente, dépassant pour la première fois les revenus du géant américain Tesla.

Pour Carsten Brzeski, même si l’effondrement actuel « ne sera pas la fin de l’industrie automobile allemande, […] c’est la fin de l’industrie automobile allemande telle que nous la connaissions — en tant que source d’innovation technologique majeure, [et] de puissant soutien économique en Allemagne ».

Mardi, la Commission européenne a affirmé aux journalistes que sa décision de confirmer l’imposition définitive des droits de douane sur les véhicules électriques fabriqués en Chine avait pour objectif de « sauver l’industrie automobile européenne » face à l’évolution des « importations chinoises au cours de la période la plus récente ».

Carsten Brzeski estime qu’à l’exception des droits de douane, l’Europe ne pouvait pas faire grand-chose pour se protéger de la nouvelle concurrence chinoise, car les constructeurs automobiles ont eux-mêmes sous-estimé l’évolution vers les VE et n’ont donc pas réussi à se concentrer sur l’innovation de leur propre offre.

« Je pense qu’il s’agit de la meilleure illustration de ce qui se passe lorsqu’un pays, [ou] un continent, trop dépendant d’un certain secteur, oublie d’investir dans l’innovation », souligne-t-il.

Un moment difficile

Les difficultés de Volkswagen surviennent alors que les relations de l’Europe avec ses deux principaux partenaires commerciaux, la Chine et les États-Unis, se sont encore détériorées cette semaine.

Mercredi 30 octobre, le ministère chinois du Commerce a annoncé avoir déposé une plainte officielle auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) concernant les droits définitifs imposés par la Commission, ajoutant qu’il « prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger fermement les droits et les intérêts légitimes des entreprises chinoises ».

De son côté, dans un discours prononcé mardi 29 octobre, l’ancien président américain et candidat à la Maison-Blanche Donald Trump — qui est coude à coude avec la vice-présidente Kamala Harris dans les sondages en prévision du scrutin du 5 novembre — a annoncé que l’Europe « paiera un lourd tribut » parce qu’elle n’achète pas suffisamment d’exportations américaines alors qu’elle « vend des millions et des millions de voitures » aux États-Unis.

Les analystes ont averti mardi que la réélection de Donald Trump pourrait conduire à l’introduction de mesures qui exacerberaient les difficultés économiques de l’Allemagne.

« Il ne fait aucun doute que Donald Trump fera quelque chose à l’Allemagne, parce qu’il a été très clair sur le fait qu’il visait l’excédent de l’Allemagne. Ce sera donc certainement un moment difficile », affirme Sander Tordoir, économiste en chef au Centre for European Reform (CER), à Euractiv.

Ce dernier note toutefois que la réélection du candidat républicain pourrait également inciter Pékin à essayer de chercher des liens plus étroits avec Bruxelles.

« Je pourrais imaginer [les Chinois] dire : “Écoutez, nous n’imposerons pas de droits de douane [de représailles] à l’Europe” », explique-t-il. « Ce serait un signe de bonne volonté politique pour voir s’ils peuvent éloigner un peu les Européens des États-Unis, ce qui est un jeu stratégique pour eux. »

Carsten Brzeski souligne que les droits de douane américains sur les exportations de l’UE poseraient un problème majeur pour l’Allemagne, étant donné que 10 % des exportations du pays sont destinées aux États-Unis, contre 6 % à la Chine.

« Si de nouveaux droits de douane devaient être imposés, je pense qu’il est facile d’imaginer qu’ils s’appliqueront également aux voitures. Et ce serait un grand désastre, non seulement pour l’économie européenne, mais surtout pour l’économie allemande », explique-t-il.

Les groupes industriels partagent les craintes des experts

Les associations européennes du secteur ont également tiré la sonnette d’alarme quant à l’impact des potentiels futurs droits de douane américains ou chinois sur l’économie de l’UE.

L’association allemande de l’industrie automobile VDA a souligné l’importance de maintenir des liens économiques forts entre l’UE et les États-Unis, en rappelant que les constructeurs automobiles allemands ont produit plus de voitures dans leurs usines aux États-Unis l’année dernière qu’ils n’en ont exporté vers ce pays.

Parallèlement, BusinessEurope, lobby influent dans le secteur, a averti que « des droits de douane supplémentaires sur les exportations de l’UE vers les États-Unis seraient absolument préjudiciables » pour les deux blocs.

Selon un porte-parole de BusinessEurope, « une telle action unilatérale serait une situation perdant-perdant et pourrait potentiellement conduire à de nouvelles distorsions du marché mondial et à une aggravation des tensions commerciales ».

[Édité par Anna Martino]