Le Canada se retire du protocole de Kyoto
Le 12 décembre, le Canada a été le premier pays à annoncer son retrait du protocole de Kyoto sur le changement climatique, portant ainsi un coup symbolique au traité mondial déjà en péril.
Le 12 décembre, le Canada a été le premier pays à annoncer son retrait du protocole de Kyoto sur le changement climatique, portant ainsi un coup symbolique au traité mondial déjà en péril.
Le ministre de l'environnement, Peter Kent, a annoncé la nouvelle hier (12 décembre) à son retour de la conférence de Durban en Afrique du Sud, où les pays se sont mis d'accord pour prolonger Kyoto de cinq ans et élaborer un nouvel accord obligeant pour la première fois les gros pollueurs à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.
Le Canada, un grand producteur énergétique qui, selon certains, est en train de se rebeller sur la question climatique, se plaint depuis longtemps que le protocole de Kyoto est inexploitable, dans la mesure où il exclut de nombreux émetteurs significatifs.
« Comme nous l'avons déjà dit, Kyoto, c'est du passé pour le Canada », a déclaré M. Kent à la presse. « Nous invoquons notre droit de nous retirer officiellement de Kyoto. »
Le gouvernement conservateur de centre-droit du premier ministre, Stephen Harper, qui entretient d'étroites relations avec le secteur énergétique, affirme que le Canada devrait payer des pénalités de l'ordre de 14 milliards de dollars canadiens (10,3 milliards d'euros), conformément aux termes du traité, pour ne pas avoir réduit suffisamment ses émissions d'ici 2012.
« Pour atteindre les objectifs 2012 de Kyoto, il faudrait retirer des routes canadiennes tous les camions, les véhicules tout terrain, les tracteurs, les ambulances, les véhicules de polices et les autres véhicules », a soutenu M. Kent.
Les militants pour l'environnement ont rapidement fustigé les commentaires de M. Kent.
« Disgrâce nationale »
« C'est une disgrâce nationale. Le premier ministre Harper vient de cracher au visage de la population du monde entier pour qui le changement climatique devient de plus en plus une question de vie ou de mort », a déclaré Graham Saul de Climate Action Network Canada.
M. Kent n'a pas donné de détails quant à la date du retrait de son pays du protocole de Kyoto qui, selon lui, ne peut pas fonctionner. Le Canada est resté relativement silencieux lors des discussions à Durban afin de ne pas déranger, a-t-il ajouté.
« La situation actuelle du protocole de Kyoto a même été reconnue par les pays qui se sont engagés pour une seconde période », a-t-il affirmé. La première phase du protocole devait expirer fin 2012, mais elle a été prolongée jusqu'en 2017.
M. Kent a affirmé que le Canada travaillerait à l'élaboration d'un nouvel accord mondial obligeant toutes les grandes nations à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, y compris la Chine et l'Inde qui ne sont pas concernées par les objectifs actuels de Kyoto.
Les conservateurs ont pris le pouvoir en 2006 et ont rapidement affirmé qu'ils ne se conformeraient pas aux engagements pris par le Canada dans le cadre de Kyoto, au motif qu'ils porteraient préjudice à l'économie et au secteur énergétique.
Cette annonce risque de ne pas améliorer la réputation du Canada sur la scène internationale. Des organisations de défense de l'environnement ont remis leur prix du « Fossile de l'année » au Canada pour sa performance à Durban.
« Notre gouvernement se soustrait à ses obligations internationales. Nous sommes comme un enfant qui ne réussit pas en classe, et qui préfère abandonner l'école avant que les mauvaises notes n'arrivent », a déclaré Megan Leslie, porte-parole du Nouveau Parti démocratique de l'opposition.
Sables bitumineux
Le Canada est le plus grand fournisseur de pétrole et de gaz naturel des Etats-Unis et souhaite augmenter sa production de brut à partir des sables bitumineux de l'Alberta qui requièrent d'énormes quantités d'énergie pour être extraits.
La Canadian Association of Petroleum Producers (CAPP) a déclaré que tous les principaux émetteurs devaient se mettre d'accord sur des réductions pour que le Canada ne soit pas désavantagé.
L'ancien gouvernement libéral canadien avait signé le protocole de Kyoto qui stipulait des réductions d'émissions de 6 % par rapport aux niveaux de 1990 pour 2012. En 2009, les émissions étaient 17 % supérieures aux niveaux de 1990, notamment en raison de l'utilisation accrue des sables bitumineux.
M. Kent a expliqué que les libéraux n'auraient pas dû signer un traité qu'ils n'avaient pas l'intention de respecter.
Les conservateurs affirment que les émissions devraient chuter de 17 % en 2020 par rapport aux niveaux de 2005, un objectif qui, selon le président de la CAPP, David Collyer, obligera le secteur énergétique à faire des sacrifices. « Ce sera dur, il serait hypocrite de dire le contraire », a-t-il affirmé.