Le centre droit européen appelle à une grande coalition en Espagne
Suite aux élections en Espagne, le Premier ministre Pedro Sánchez doit décider « rapidement » s’il souhaite rejoindre une coalition avec les « extrêmes » ou avec les « centristes », a déclaré à EURACTIV une source de haut rang du Parti populaire européen (PPE).
Suite aux élections de dimanche en Espagne, le Premier ministre Pedro Sánchez doit décider « rapidement » s’il souhaite rejoindre une coalition avec les « extrêmes » ou avec les « centristes », a déclaré à EURACTIV une source de haut rang du Parti populaire européen (PPE) ce lundi (24 juillet).
Bien que le Partido popular (PP, PPE) de centre droit soit sorti vainqueur de ces élections, il est peu probable qu’il soit en mesure de former un gouvernement seul, et M. Sánchez, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, Socialistes et Démocrates européens), qui est arrivé en deuxième position, pourrait avoir de meilleures chances d’y parvenir. Toutefois, il aurait besoin de partenaires de coalition pour rester au pouvoir.
« En tant que centriste, M. Sánchez veut-il s’adresser à un autre centriste — le leader du PP Alberto Núñez Feijóo […] — ou acceptera-t-il que les extrêmes de chaque camp gouvernent le pays ? », s’est interrogée la source du PPE, soulignant que M. Feijóo approchera pour sa part d’abord le PSOE pour des pourparlers de coalition.
Cette même source a déclaré que le PP « mènera les négociations pour former un gouvernement et le premier appel sera lancé au Parti socialiste ».
Interrogée pour savoir si cela signifie que le PPE est en faveur d’une grande coalition, allant au-delà de la gauche et de la droite du spectre politique, la source a répondu : « Dans l’idéal, oui ».
« Les Espagnols ont demandé du changement, de la stabilité et un dialogue entre les deux principales forces politiques », a déclaré la source, ajoutant que le PP contactera également le parti d’extrême droite Vox (Conservateurs et Réformistes européens, CRE), tout en insistant sur le fait qu’« en aucun cas Vox ne fera partie du nouveau gouvernement ».
Un scénario complexe
Les résultats des élections ont donné lieu à un scénario de formation de gouvernement assez complexe, dans lequel des pactes entre différentes forces politiques seront nécessaires, car aucun bloc n’a clairement atteint la majorité requise.
Pour atteindre la majorité nécessaire à un gouvernement de centre gauche, le PSOE (S&D) et Sumar (Gauche/Verts) devraient compter sur le soutien des partis nationalistes basques et catalans, ce que le PP a qualifié d’inacceptable.
Dans le même temps, le PP est resté en deçà de la majorité absolue souhaitée avec seulement 136 sièges, et le résultat décevant de Vox, qui a obtenu seulement 33 sièges — soit 11 de moins qu’en 2019 —, a rendu l’éventuelle reproduction du modèle de la droite italienne en Espagne impossible.
La source, qui s’est confiée à EURACTIV sous couvert d’anonymat, a déclaré que M. Feijóo était le grand vainqueur des élections, car il est parvenu à faire grimper en flèche les chiffres du centre droit par rapport aux élections de 2019.
« M. Sánchez doit se décider rapidement, car il y a aussi la présidence espagnole du Conseil de l’UE et plus il tarde à se décider, plus l’instabilité sera grande », a ajouté la source.
Lundi, M. Feijóo a demandé à M. Sánchez un pacte d’État sur « quatre ou cinq points » en contrepartie de la possibilité pour le PP de gouverner seul dans un gouvernement minoritaire.
La source du PPE a expliqué que M. Feijóo avait eu une attitude « centriste » pendant la campagne malgré les nombreuses rumeurs concernant une coalition avec le parti d’extrême droite Vox.
Les répercussions sur Bruxelles
Avant les élections, M. Feijóo avait déclaré qu’il préférait gouverner seul, sans Vox, mais il n’avait jamais explicitement exclu une coalition avec l’extrême droite.
Vox a accusé une défaite cuisante lors des élections, ce qui, selon une autre source du PPE, crée un grave problème pour les dirigeants du centre droit européen, notamment pour le président du PPE, l’Allemand Manfred Weber.
Une deuxième source du groupe parlementaire a noté que M. Weber voulait une coalition avec Vox afin de chasser le PSOE du gouvernement espagnol.
« M. Weber a perdu un gros pari […] il comptait sur la prise de pouvoir de M. Feijóo pour consolider ses plans à Bruxelles », a-t-elle déclaré.
Selon cette source, le président du groupe « pensait pouvoir reproduire le modèle suédois ou finlandais en Espagne également […], mais il a échoué ». Et d’ajouter que l’effondrement de Vox permettrait de rebattre les cartes au sein du PPE également.
À Bruxelles, des rumeurs selon lesquelles les relations entre M. Weber et la présidente de la Commission européenne ont atteint un niveau historiquement bas circulent.
La confrontation entre Ursula von der Leyen et le président du PPE s’est accentuée après que ce dernier, en collaboration avec des forces d’extrême droite du Parlement européen, s’est opposé au règlement européen sur la restauration de la nature, un élément essentiel du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) mis en œuvre par Mme von der Leyen.
Avant les élections espagnoles, Mme von der Leyen avait clairement laissé entendre que le PPE devrait s’en tenir aux partis du centre et cesser de faire la cour à l’extrême droite.
« Nous, les groupes démocratiques du centre, devons montrer que nous avons une idée claire de la manière dont nous voulons aborder le changement en cours », avait-elle déclaré lors d’une conférence de presse commune avec M. Sánchez le 4 juillet dernier.
La première source de haut rang du PPE a déclaré que les allégations selon lesquelles M. Weber veut une coalition PP-Vox étaient « infondées ».
« Y a-t-il des preuves que M. Weber souhaitait un gouvernement de coalition entre le PP et Vox […] si c’est le cas, montrez-les-moi », a demandé le fonctionnaire. M. Weber n’a en effet fait aucune déclaration officielle et publique en faveur d’une coalition entre Vox et le PP.
La montée d’Isabel Díaz Ayuso ?
Entre-temps, les médias espagnols ont rapporté que l’incapacité de M. Feijóo à obtenir une majorité absolue et à gouverner seul ou avec Vox mettait son leadership à l’épreuve.
Les critiques suggèrent qu’Isabel Díaz Ayuso, présidente de la Communauté de Madrid, lorgne déjà sur son poste. Lors du discours de M. Feijóo devant le siège national du PP, après l’annonce des résultats définitifs des élections, la foule l’a interrompu en scandant « Ayuso, Ayuso ».
Mais une telle évolution aurait également un impact sur Bruxelles.
« Mme Ayuso est une proche alliée de l’ancien secrétaire général du PPE, Antonio López, qui a été mis à la porte par M. Weber lorsqu’il a pris la direction du parti », a expliqué la deuxième source du PPE.
« L’ascension de Mme Ayuso à la tête du PP modifiera également les équilibres à Bruxelles », a ajouté la source, insistant sur le fait que M. Feijóo était le « dernier espoir » de M. Weber pour asseoir son leadership au sein du PPE.
M. López, qui a été secrétaire général du PPE pendant 20 ans, est toujours une figure influente au sein du parti, contrairement à Manfred Weber ; et l’arrivée de son alliée à la tête du plus grand parti espagnol, ou même du gouvernement, modifierait l’équilibre des pouvoirs au sein du PPE.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]