La campagne « Achetez européen » pourrait compromettre les efforts de dérèglementation de l’UE

La stratégie promue par Bruxelles visant à privilégier les entreprises européennes dans les marchés publics et les investissements pourrait compromettre les efforts entrepris par l’Union pour alléger les contraintes administratives, ont averti plusieurs pays d’Europe du Nord.

/ EURACTIV.com
Ulf Kristersson – Alexander Stubb meeting in Stockholm
Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson et le président finlandais Alexander Stubb. [Getty Images/Atila Altuntas_Anadolu]

Ces inquiétudes interviennent à l’approche d’un sommet informel de l’UE prévu la semaine prochaine dans la campagne belge. Les dirigeants européens devraient y débattre de la compétitivité du bloc, en présence de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) et auteur d’un rapport sur la compétitivité européenne commandé par la Commission.

La Finlande, la Suède, les Pays-Bas, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie expliquent dans un document informel commun que le principe de « préférence européenne » risquait de « réduire à néant nos efforts de simplification » et d’ajouter « une couche supplémentaire de règlementation complexe » pour les entreprises de l’UE.

Selon ces États, si des critères « made in Europe » sont introduits, ils devront rester limités, proportionnés et reposer sur une évaluation claire de leurs conséquences économiques.

Au lieu de cela, l’UE devrait donner la priorité à une « véritable simplification » en supprimant les barrières commerciales entre les États membres de l’UE, en fusionnant les marchés des capitaux et en limitant les aides d’État aux « cas de défaillance manifeste du marché qui ne peuvent être traités plus efficacement par d’autres moyens ».

Ce document informel intervient quelques jours après la publication par le commissaire européen à l’Industrie, le Français Stéphane Séjourné, d’une tribune signée par plus de 1 000 entreprises européennes, appelant à une « véritable préférence européenne » dans les « secteurs les plus stratégiques » de l’UE.

« Qu’il s’agisse d’un marché public, d’une aide d’État ou de toute autre forme de soutien financier, l’entreprise bénéficiaire devra produire une partie substantielle de sa production sur le sol européen », écrivait Stéphane Séjourné. Paris soutient fermement le principe de préférence européenne.

Achats dans le domaine de la défense

Mercredi, les capitales de l’UE ont également donné leur feu vert à un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, dont les deux tiers sont destinés à l’aide militaire.

L’acquisition d’armes et de munitions se fera selon un « principe de cascade » : l’Union privilégiera les fournisseurs européens et ne se tournera vers les États-Unis ou d’autres pays tiers qu’en l’absence d’alternative européenne équivalente.

Dans son rapport publié en 2024, Mario Draghi avait appelé à un principe de préférence européenne limitée dans les marchés publics de défense. Cette mesure a été vivement critiquée par les entreprises américaines, qui ont averti qu’elle serait discriminatoire à l’égard des entreprises américaines « intégrées dans le tissu économique de l’UE ».

La France avait également insisté pour que l’argent soit dépensé exclusivement en Europe, invoquant la nécessité de renforcer la base industrielle et de défense de l’UE et de réduire sa dépendance à l’égard d’un Washington de plus en plus instable.

Les États-Unis cherchent à réduire leur engagement en faveur de la sécurité européenne et ont menacé à plusieurs reprises de prendre le contrôle du Groenland, un territoire danois semi-autonome.

L’Allemagne et de nombreux pays de l’Est de l’UE limitrophes de la Russie ont toutefois fait valoir que le refus de s’approvisionner en armes auprès des États-Unis entraverait l’effort de guerre de Kiev contre la Russie.

Magnus Lund-Nielsen a contribué à la rédaction de cet article.