Le commissaire à l’Energie fait de la publicité pour une entreprise pétrolière russe [FR]

Dans une tentative visant à convaincre l’exécutif d’une entreprise pétrolière russe du fait que l’UE n’essaie pas de limiter l’investissement de capitaux russes en Europe, Andris Piebalgs, commissaire à l’Energie, s’est retrouvé à vanter les mérites de cette entreprise lors d’un événement public qui a eu lieu hier (26 mars), à Bruxelles.

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Dans une tentative visant à convaincre l’exécutif d’une entreprise pétrolière russe du fait que l’UE n’essaie pas de limiter l’investissement de capitaux russes en Europe, Andris Piebalgs, commissaire à l’Energie, s’est retrouvé à vanter les mérites de cette entreprise lors d’un événement public qui a eu lieu hier (26 mars), à Bruxelles.

Lors du Sommet européen des affaires, M. Piebalgs a en a surpris plus d’un lorsqu’il a fait des compliments à un autre participant, le PDG de Lukoil, Vagit Alekperov. Il a en effet déclaré que les nombreuses stations-service Lukoil de Bruxelles vendaient le pétrole le moins cher. 

Si je prends ma voiture, je vais à une station Lukoil, car elles ont les meilleurs prix de Bruxelles, a-t-il déclaré. Ce n’est donc pas vrai de dire que nous limitons les investissements russes, a-t-il poursuivi.  

Lukoil, qui a récemment repris l’ensemble de l’activité de Conoco-Philips en Belgique et au Luxembourg (157 stations) a en effet prétendu vendre le pétrole le moins cher du marché. Toutefois, si on compare minutieusement les prix, on remarque que cela ne s’avère pas toujours vrai, comme on peut le voir sur un site spécialisé

M. Alekperov a reproché à l’UE de tenir le niveau d’investissement mutuel très bas dans les secteurs pétrolier et gazier. Mais M. Piebalgs a répondu que les deux parties rencontraient parfois des malentendus, mais pas dans tous les domaines. 

L’un des domaines où nous jouissons d’une bonne compréhension est celui de l’électricité, a t il indiqué. La Russie nous a suivis, elle a ouvert son marché, et E.on, Fortum et Enel investissent désormais des milliards dans le système, car ils savent comment ce marché fonctionne, a indiqué le commissaire. Il a ensuite précisé qu’en matière de gaz, les approches sont différentes et qu’il fallait chercher d’où vient le malentendu. 

Affaires ou politique ?

M. Alekperov s’est exprimé plus comme un homme politique que comme un homme d’affaires. Il a souvent dit « nous » en parlant de la Russie, comme s’il avait été le porte-parole officiel du pays. 

Nous ne sommes pas contre une politique européenne sur les questions énergétiques, mais nous ne pouvons que remarquer qu’une telle politique est basée sur un équilibre entre l’UE, consommateur majeur, et la Russie, comme fournisseur, a-t-il déclaré. 

Il a ensuite dressé une liste de conditions qui pourraient, à son avis, apaiser des tensions similaires à celles des dernières années. 

Parmi ces conditions figurent : la confiance mutuelle et l’ouverture au dialogue, l’encouragement aux investissements mutuels, l’absence d’intermédiaires, le libre échange d’information, et la volonté de chaque partie de chercher de nouvelles formes de coopération.

M. Alekperov a défendu la mise en place de prix du pétrole justes. 

Il s’est demandé s’il n’était pas temps de créer de nouveaux mécanismes de fixation des prix, qui diminueront la bulle financière et augmenteront l’efficacité du marché. 
Le PDG russe a également appelé à des contrats à long terme entre les fournisseurs et les clients. Seul un rapprochement entre consommateurs et fournisseurs peut, à son avis, éviter que la crise économique mondiale ne se transforme en crise énergétique mondiale. Cela s’applique entièrement aux relations russo-européennes, a averti le président de Lukoil. 

La controverse Nabucco

Les participants du sommet ont mis à l’épreuve le commissaire à l’Energie en lui demandant si l’UE allait abandonner le projet de gazoduc Nabucco, hypothèse qui est toujours dans l’air depuis le dernier sommet (EURACTIV 18/03/09). Il a répondu que le public n’avait la tête qu’à Nabucco, qui est en fait un projet d’importance mineure. 

Selon lui, l’attention se concentre trop sur Nabucco, alors qu’il ne s’agit pas d’un changement fondamental. Le changement fondamental réside, selon lui, dans l’efficacité énergétique, l’énergie renouvelable et la consolidation du marché européen de l’énergie. Le commissaire a indiqué que Nabucco n’a un débit que de 30 milliards de centimètres cube, alors que nous en consommons 600. Ainsi, a-t-il conclu, si c’est une bonne source de diversification, ce n’est pas la solution. 

Pour sa part, M. Alekperov a réitéré la position russe selon laquelle il n’y a pas assez de gaz pour approvisionner Nabucco et que ce projet reviendrait à gaspiller des milliards. 

Pour prouver que la Russie a du gaz, M. Alekperov s’est référé aux champs de gaz de Yamal : 13 G.cm³. Il s’agit des plus importantes réserves de gaz naturel russes encore non exploitées. Elles se situent dans une péninsule sibérienne. Dans le dialecte local, Yamal signifie la fin du monde, a-t-il précisé. 

Mais il a averti que Gazprom ne développera pas l’exploitation de ces champs avant qu’elle ne dispose de contrats à long terme avec des clients stables.