Le conflit du Haut-Karabakh, un obstacle pour la paix entre la Turquie et l’Arménie [FR]

La Turquie et l’Arménie ont signé un accord de paix historique samedi (10 octobre) afin de restaurer leurs relations et d’ouvrir leur frontière commune après un siècle d’hostilités, héritage des massacres d’Arméniens par les forces ottomanes lors de la Première guerre mondiale. Toutefois, un discours du premier ministre turc le lendemain de cette signature rend déjà problématique le respect de ce pacte.

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La Turquie et l’Arménie ont signé un accord de paix historique samedi (10 octobre) afin de restaurer leurs relations et d’ouvrir leur frontière commune après un siècle d’hostilités, héritage des massacres d’Arméniens par les forces ottomanes lors de la Première guerre mondiale. Toutefois, un discours du premier ministre turc le lendemain de cette signature rend déjà problématique le respect de ce pacte.

La Turquie et l’Arménie ont signé un accord samedi à Zurich, destiné à restaurer leurs relations et à rouvrir leur frontière commune. Des désaccords de dernière minute avaient retardé la cérémonie de signature de plus de trois heures, forçant la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton à engager d’intenses discussions pour sauver l’accord.

Dimanche, le premier ministre trurc Tayyip Erdogan a donné une nouvelle tournure aux événements, en expliquant que l’Arménie devait se retirer de Nagorno-Karabakh en Azerbaïdjan afin d’assurer l’approbation de l’accord par le parlement turc.

La Turquie ne peut pas faire un pas positif en direction de l’Arménie à moins que l’Arménie ne se retire du territoire azerbaïdjanais. Si cette question est résolue, notre peuple et nos parlementaires auront une attitude plus positive à l’égard de ce protocole et de ce processus, a déclaré M. Erdogan lors du congrès de son parti à Ankara.

Les parlements turcs et arméniens doivent approuver l’accord en dépit de l’opposition des nationalistes des deux côtés et de la diaspora arménienne, qui insiste pour que la Turquie reconnaisse le massacre d’ 1,5 millions d’Arméniens lors de la Première guerre mondiale comme étant un génocide.

Nous allons présenter ce protocole devant le Parlement mais ce dernier doit examiner les problèmes entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pour décider de la mise en œuvre ou non de ce protocole, a expliqué M. Erdogan en substance.

La Turquie a rompu ses relations et fermé sa frontière avec l’Arménie en 1993, en soutien à l’Azerbaïdjan turcophone, qui menait alors un combat depuis perdu contre les séparatistes arméniens au Haut-Karabakh.

Dans ses commentaires, M. Erdogan a cherché à rassurer son allié azerbaïdjanais, qui a réagi avec colère à l’accord, estimant qu’il pourrait menacer sa sécurité et jeter un froid sur ses relations avec Ankara.

La normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie avant le retrait des troupes arméniennes du territoire azerbaïdjanais occupé est en contradiction directe avec les intérêts nationaux de l’Azerbaïdjan, a déclaré le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères dimanche.

Dans un communiqué aux mots très durs, le ministre a déclaré que l’accord jetait une ombre sur les relations fraternelles entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, qui ont des racines historiques.

Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu et son homologue arménien Edward Nalbadian ont signé l’accord, avec la Suisse pour médiatrice, à Zurich lors d’une cérémonie à laquelle participait également le haut représentant pour la politique étrangère de l’UE Javier Solana, le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov et le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner.

Dans une déclaration en date de dimanche, M. Lavrov a salué l’accord, expliquant que la Russie était heureuse et apporterait son soutien.

Ce document est, par essence, une preuve de la volonté ferme des deux pays d’accomplir leurs devoirs. Aucune de ces mesures ne peut être interprétée comme dommageable pour une quelconque tierce partie, a-t-il dit.

Si l’accord entrait en vigueur, il relancerait l’influence diplomatique de la Turquie candidate à l’UE dans la région instable du Caucase du Sud, un couloir de transit pour le pétrole et le gaz en direction de l’Occident.

Des fonctionnaires turcs ont confié à Reuters que les deux parties avaient de nombreux désaccords sur les déclarations qu’elles devaient faire à Zurich, notamment des références indirectes au conflit du Haut-Karabakh. Au final, ni M. Davutolgu, ni M. Nalbadian n’ont fait de déclarations publiques.

Alexander Iskandaryan, directeur de l’Institut Media du Caucase à Erevan, a déclaré en réaction au discours de M. Erdogan que la partie turque devait composer face à son opinion interne. M. Erdogan et d’autres figures politiques ont fait ce type de déclaration assez souvent. Ni le mot Karabakh, ni le mot Azerbaïdjan ne se retrouve dans le document qui a été signé, c’est un fait, a-t-il déclaré.

Bien que l’Arménie, enclavée, s’attende à bénéficier pleinement de cet accord, avec l’ouverture de son économie appauvrie au commerce et aux investissements, le dirigeant arménien Serzh Sarksyan fait face à des protestations dans son pays et de la part de l’importante diaspora arménienne, qui considère ce dégel avec suspicion.

(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV).