Le Conseil « Pêche » navigue en eaux troubles

Le Conseil « Pêche » de ce lundi requerra que les bateaux de pêche européens ne s'adonnent au chalutage au large des pays en développement que lorsque ces pays sont en excédent de poisson, selon l'ébauche des conclusions du Conseil consultée par EURACTIV.

/ EURACTIV.fr
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Le Conseil « Pêche » de ce lundi requerra que les bateaux de pêche européens ne s'adonnent au chalutage au large des pays en développement que lorsque ces pays sont en excédent de poisson, selon l'ébauche des conclusions du Conseil consultée par EURACTIV.

Cette mesure permettrait de favoriser les pêcheurs locaux qui dépendent de la mer pour nourrir leur communauté.

« Il est nécessaire de prendre en compte les priorités des Etats côtiers en matière de développement de leur propre secteur de pêche. L'Union, quant à elle, devrait tenter d'exploiter une part adéquate des ressources excédentaires », peut-on lire dans ce document.

Les conclusions ne mentionnent toutefois aucune mesure qui permettrait de réduire la capacité de la flotte européenne, ce qui pourrait permettre de lutter contre l'épuisement des ressources halieutiques. Ces mesures restent cependant très controversées sur le plan politique.

« Il s'agit de l'essence même du problème », a déclaré à EURACTIV Saskia Richartz, porte-parole de Greenpeace. « Il y a trop de bateaux et pas assez de poissons, ce qui encourage la pêche illégale et la surpêche, notamment par de grands chalutiers de l'UE dans les pays en développement. »

Greenpeace affirme qu'en seulement 10 heures le 14 mars dernier, son navire, l'Arctic Sunrise, a empêché sept grands chalutiers européens, pouvant chacun pêcher 250 tonnes de poissons par jour, d'épuiser les ressources marines au large des côtes d'Afrique occidentale.

Ce lundi, le Conseil devrait donc tenter de rendre ces pratiques illégales.

Biodiversité marine

La protection de la biodiversité marine est un objectif politique de l'UE qui a des implications pour les consommateurs de poisson et les communautés de pêcheurs.

Dans une communication publiée en juillet dernier, l'UE a demandé aux États membres de mettre en place des mesures d'adaptation de la capacité de pêche de leur flotte, afin d'atteindre un équilibre stable et durable entre la capacité de pêche et leurs possibilités de pêche.

Aucune date butoir n'a cependant été mentionnée. En outre, la politique commune de la pêche de l'UE, révisée l'an dernier, précise que cette question devrait être abordée à l'échelle mondiale, tout en gardant à l'esprit les nombreux problèmes causés par l'inclusion des compagnies aériennes étrangères dans le système d'échange de quotas d'émission.

« L'UE demandera, d'ici à 2013, l'organisation d'une conférence de haut niveau sur les meilleurs moyens de réduire la capacité afin d'ouvrir la voie à un processus destiné à résoudre le problème de la surcapacité au niveau mondial », peut-on lire dans la communication de la Commission européenne.

Rejets de poissons

Les défenseurs de l'environnement craignent que la question ne soit éludée. Leurs craintes pourraient se révéler justifiées étant donné que la France et l'Espagne pourraient bien faire une déclaration lors du Conseil d'aujourd'hui, dans le but d'empêcher que l'UE n'interdise les pratiques visant à se débarrasser des poissons moins rentables, mais comestibles.

Le Guardian a rapporté la semaine dernière qu'un compromis européen permettant aux pêcheurs de ramener tout le poisson pêché en échange d'une compensation avait rencontré une forte opposition, surtout de la part des entreprises qui disposent de navires d'échelle industrielle.

Au moins un million de tonnes de poissons et d'autres animaux marins pêchés dans la mer du Nord est rejetée chaque année, selon un récent rapport du World Wildlife Fund.

Ces rejets représentent environ un tiers de la pêche totale dans la mer du Nord, selon ce rapport.