Le controversé parc éolien de la baie de Saint-Brieuc va bientôt entrer en fonctionnement

Après douze ans de travaux retardés par l'opposition des pêcheurs et des associations de riverains, le parc éolien offshore de la baie de Saint-Brieuc en France verra enfin le jour courant décembre. A cette occasion, Euractiv fait le point sur ce chantier controversé, emblématique de la transition énergétique en France.

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Macron visits the Saint-Nazaire offshore wind farm
D’une superficie de 75 km2 le site doit accueillir 62 éoliennes d’une puissance totale de 496 mégawatts, permettant d’alimenter en électricité près de 850 000 Bretons. [EPA-EFE/STEPHANE MAHE / POOL MAXPPP OUT]

Après douze ans de travaux retardés par l’opposition des pêcheurs et des associations de riverains, le parc éolien offshore de la baie de Saint-Brieuc en France verra enfin le jour courant décembre. À cette occasion, Euractiv fait le point sur ce chantier controversé, emblématique de la transition énergétique française.

Le projet du consortium Ailes Marines, filiale du groupe espagnol Iberdrola, a vu le jour en 2011 au large de la baie de Saint-Brieuc, au nord de la Bretagne. Si l’on en croit Stéphane Alain Riou, directeur développement et territoire d’Iberdrola & Ailes Marines, les 62 éoliennes développant 496 MW de puissance seront capable d’alimenter 850 000 Bretons en électricité. 

Projet européen, les tubes des éoliennes sont fabriqués par la société basque Haïzae à Bilbao, puis équipés à Brest avant un assemblage final au Havre.

Les 62 fondations pour supporter les mâts ont fini d’être installées en octobre, pour une mise en service complète du site prévue en décembre de cette année.

La localisation du parc éolien a longtemps fait débat, les éoliennes se situant à seulement 460 mètres du site Natura 2000 « Cap d’Erquy – Cap Fréhel » au milieu d’un important couloir migratoire pour les oiseaux marins entre l’Atlantique et la Mer du Nord, mais également au cœur d’une des zones de pêche les plus prolifiques pour la coquille Saint-Jacques.

« La France est le deuxième pays au monde pour son linéaire côtier, mais nous ne sommes pas capables de trouver un endroit qui ne soit ni sur un couloir de migrations ni sur une zone de pêche artisanale ? On se moque de nous », tançait déjà Katherine Poujol, présidente de l’association de riverains opposés au projet « Gardez les Caps ».

En témoigne Mme Poujol, le projet de parc éolien au large de la baie briochine a été marqué par une violente opposition : jet de cocktail Molotov sur un des locaux d’Ailes Marines à Erquy, mairie taguée d’un « vendue aux éoliennes », vigile de la société qui surveillait une barge jetée dans les eaux du port de Saint-Brieuc…

Facteur aggravant aux yeux des riverains, les absences d’études d’impact indépendantes et de concertations préalables avec les populations impactées par le projet ont achevé de cristalliser la situation.

En conséquence, « Gardez les Caps » et l’association écologiste Sea Shepherd France ont déposé, en janvier 2022, une plainte devant le Conseil d’État et la Commission européenne contre la société espagnole Iberdrola.

La plainte qui vise plusieurs infractions au droit de l’UE pour pollutions marines, dommages causés à l’environnement, absence d’évaluation environnementale préalable et périmètre du projet trop proche de zones Natura 2000.

Localisation de la zone accordée au développement du parc éolien offshore de la baie de Saint-Brieuc.

Impacts sur la faune et les ressources halieutiques

Dans la baie de Saint-Brieuc, 238 bateaux sont habilités à pêcher la coquille Saint-Jacques, produit phare des Côtes-d’Armor. En raison des conséquences possibles sur l’activité, de nombreuses coopératives maritimes se sont mobilisées contre le projet, craignant que l’installation du parc au cœur de la zone de pêche n’affecte l’habitat du mollusque.

Pourtant, sur la dernière saison de pêche (2022-2023), 8 200 tonnes de coquilles ont été pêchées dans la baie, soit « une augmentation de 30 % par rapport à l’année 2022, déjà exceptionnelle » – la deuxième plus importante depuis 50 ans – avait annoncé l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

Malgré ces prises record, les pêcheurs sont sceptiques. Selon eux, l’année à venir sera celle impactée par la construction des fondations des éoliennes, car les coquilles Saint-Jacques mettent environ deux ans pour atteindre la taille minimale commercialisable (10,2 cm de largeur).

Or, si l’on en croit les études menées par TBM environnement sur les perturbations liées à l’installation et à l’utilisation des éoliennes offshore à Saint-Brieuc, « le bruit n’a pas d’effet létal ni sur les ovocytes ni sur les larves des coquilles Saint-Jacques ».

Si toutefois le chiffre d’affaires des pêcheurs venait à s’amoindrir, la société Ailes Marines a indiqué qu’elle offrirait des compensations financières. Selon Damien Gaspaillard, élu à l’agglomération de Saint-Brieuc, elle a également accepté d’élargir l’espace entre les éoliennes pour permettre aux bateaux de pêcher dans la zone.

Quant à l’impact sur la biodiversité, l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique, qui collecte des données sur le sujet partout en Europe depuis 2008, a analysé qu’au moins trois espèces d’oiseaux – les fous de Bassan, les guillemots et les pingouins Torda – présents dans la baie de Saint-Brieuc fuiraient les parcs éoliens marins.

À l’inverse, certaines espèces peuvent être attirées par ces constructions au milieu des eaux, comme les cormorans ou goélands, qui risquent toutefois la collision avec les pales.

L’autre phénomène observé autour des plateformes est celui dit de « l’effet récif », qui attire de nouvelles espèces, comme les moules par exemple.

« À l’avenir, il faudra surveiller l’arrivée d’espèces invasives venant d’autres écosystèmes », prévient tout de même Nathalie Niquil, directrice de recherche au CNRS et coordinatrice d’un projet scientifique sur le sujet.

Le calme après la tempête ?

Contactée par Euractiv, une élue locale fait le point sur l’état d’esprit actuel des pêcheurs et riverains vis-à-vis du projet. « Les gens ont compris que c’était fait, maintenant ils cherchent à savoir comment bénéficier des compensations accordées par l’État », nous dit-elle.

Interrogée sur les raisons de cette vive opposition, elle explique que « le sentiment de ne pas avoir été écouté » domine chez les habitants. « Les concertations ne servaient à rien, vu que tout semblait avoir déjà été décidé », a-t-elle expliqué.

Au niveau des associations écologistes, Sea Shepherd France, Gardez les Caps, Défense des Milieux Aquatiques et Wild Legal, ont publié le 20 novembre, un communiqué appelant à un moratoire pour contraindre l’État à ajuster sa stratégie sur l’éolien offshore.

Forts des avis scientifiques rendus par le Conseil national de protection de la nature sur les éoliennes en mer, les ONG demandent la réalisation d’études d’impact complémentaires sur les espèces voisines de ces parcs. Elles demandent également l’interdiction de toute éolienne à moins de 40 km des côtes et l’application de la règle « zéro perte nette de biodiversité » en intégrant efficacement la séquence « éviter, réduire, compenser ».

Face à la multiplication des projets de parcs éoliens offshore en France et la volonté affichée par la Commission européenne, dans son plan REPowerEU, de réduire à deux ans la délivrance de permis pour ce type de projet, les réactions sont vives.

Questionnés sur cette procédure accélérée, les élus locaux interrogés sont unanimes.

Damien Gaspaillard regrette le faible temps accordé aux études et aux concertations, mais « comprend l’urgence de rapidement faire la transition énergétique ». Pour une autre élue interrogée par Euractiv, qui souhaite garder l’anonymat, « vouloir aller plus rapidement n’est pas compatible avec la concertation ».

[Édité par Paul Messad et Frédéric Simon]