Le G7 s’engage à surveiller et contrer la surcapacité industrielle de la Chine et son soutien à la Russie

Les dirigeants du G7 ont abordé vendredi (14 juin) la nécessité de protéger leurs industries nationales contre la surcapacité chinoise sans provoquer de guerre commerciale avec Pékin. Ils ont également discuté du soutien présumé de la Chine à l’expansion militaire de la Russie.

Euractiv.com
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Les dirigeants du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis se réunissent du 13 au 15 juin dans le sud de l’Italie, pays qui assure actuellement la présidence du G7. [ANSA/GIUSEPPE LAMI]

Les dirigeants du Groupe des Sept ont abordé vendredi (14 juin) la nécessité de protéger leurs industries nationales contre la surcapacité chinoise sans provoquer de guerre commerciale avec Pékin. Ils ont également discuté du soutien présumé de la Chine à l’expansion militaire de la Russie.

Les dirigeants du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis se réunissent du 13 au 15 juin dans le sud de l’Italie, pays qui assure actuellement la présidence du G7.

Les responsables du G7 ont souligné que la Chine avait occupé une place importante dans les différentes discussions du sommet de cette année en Italie, qu’il s’agisse de questions de surcapacité industrielle, de la guerre en Ukraine, des investissements en Afrique, de l’économie ou encore de la sécurité dans la région Indo-Pacifique.

Surcapacité de l’industrie chinoise

Les discussions de vendredi étaient axées sur les préoccupations relatives à la surcapacité industrielle de la Chine, qui, pour les Occidentaux, déséquilibre le commerce mondial et nuit à la compétitivité des entreprises occidentales, notamment dans le secteur en plein essor des technologies vertes.

Les États-Unis, le Japon et l’Union européenne — qui participe aux sommets du G7 en tant que huitième partenaire non officiel — ont exprimé leurs inquiétudes face à la « surcapacité industrielle » du géant asiatique.

Bien qu’elle ne représente que 17 % du PIB mondial, la Chine génère un tiers de la production manufacturière mondiale, soit plus que l’ensemble des pays du G7.

Les pays du G7 cherchent à savoir « comment calibrer et coordonner leur réponse », a indiqué un haut fonctionnaire de l’UE.

« La principale préoccupation que nous partageons avec les États-Unis et le Japon est la question de la surcapacité », a-t-il ajouté.

Renforçant la pression sur Pékin, l’UE a annoncé cette semaine de nouveaux droits de douane allant jusqu’à 38,1 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine qui, selon elle, bénéficient de subventions injustes déstabilisant les marchés.

« Nos actions sont fondées sur des faits et des chiffres concrets et sont adaptées pour contrer les conséquences des subventions — nous ne fermons pas notre marché ; nous accueillons la concurrence, tant qu’elle repose sur des conditions équitables », a expliqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, aux autres chefs d’État et de gouvernement du G7.

D’après les notes de discours de Mme von der Leyen, les pays du G7 devraient renforcer leur coordination, s’engager avec les pays tiers sur cette question et trouver des réponses « ciblées et proportionnées ».

« Notre objectif est […] d’amener Pékin à rectifier sa trajectoire et à s’attaquer aux problèmes à la racine », a-t-elle expliqué.

Jeudi (13 juin), la Commission européenne a rejeté les allégations des entreprises chinoises selon lesquelles elle avait abusé de ses pouvoirs juridiques au cours de son enquête anti-subventions sur les véhicules électriques produits en Chine.

Toutefois, les fonctionnaires européens reconnaissent en privé que la mesure de l’UE concernant les droits de douane risque d’entraîner des représailles de la part de la Chine, qui a promis d’agri pour protéger ses intérêts.

On s’attendait à ce que Washington insiste fortement auprès de ses partenaires occidentaux pour qu’ils incluent dans la déclaration finale du sommet des termes forts sur les préoccupations du groupe concernant la surcapacité industrielle de la Chine.

Ces derniers mois, les responsables américains ont également multiplié les mises en garde contre les exportations chinoises d’énergie propre. Washington a récemment augmenté ses droits de douane sur les produits chinois issus de ce secteur, y compris un droit de 100 % sur les véhicules électriques vendus sur le marché américain.

Commentant les droits de douane de l’UE sur les véhicules électriques produits en Chine, le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a déclaré à la presse : « Nous saluons cette action [des Européens], qu’ils ont mise en œuvre après une enquête approfondie, pour lutter contre les pratiques commerciales déloyales de la Chine et le secteur des véhicules électriques ».

« Nous pensons que ce type d’alignement [des politiques commerciales de l’UE et des États-Unis] est ce sur quoi nous cherchons à nous appuyer pour créer des conditions équitables pour nos travailleurs et nos entreprises », a-t-il ajouté.

Un haut fonctionnaire de l’administration américaine a confié à la presse vendredi que ces préoccupations « seront reflétées dans le communiqué et que les actions qui en découleront seront prises individuellement par les pays du G7 ».

Restrictions chinoises sur les exportations de minerais

Les dirigeants du G7 devaient également aborder les récentes restrictions imposées par la Chine aux exportations de minerais tels que le gallium, le germanium et le graphite, qui sont essentiels dans le secteur des télécommunications et pour la fabrication des véhicules électriques notamment.

Selon les responsables occidentaux, les restrictions imposées par Pékin menaceraient les chaînes d’approvisionnement internationales et augmenteraient les craintes que d’autres restrictions sur d’autres matériaux, dont les terres rares, nécessaires à l’électronique, puissent suivre en guise de représailles de Pékin.

Les dirigeants du G7 ont également convenu d’intensifier la coordination de la sécurité économique, dont les discussions ont débuté l’année dernière à l’initiative du Premier ministre japonais Fumio Kishida.

Soutien de la Chine à la Russie

Les pays du G7 ont également cherché à apporter une réponse commune au soutien présumé de la Chine à l’effort de guerre russe en Ukraine et aux accusations selon lesquelles Pékin aide secrètement Moscou à accroître les capacités de ses forces armées.

« Le soutien continu de la Chine à la base industrielle de défense de la Russie a des implications significatives et étendues en matière de sécurité », est-il indiqué dans une première ébauche de déclaration finale du sommet consultée par Euractiv.

Les États-Unis ont imposé cette semaine de nouvelles sanctions aux entreprises basées en Chine qui fournissent à la Russie des semi-conducteurs susceptibles d’alimenter sa machine de guerre.

« La Chine ne fournit pas d’armes [à la Russie], mais la capacité de produire ces armes et la technologie disponible pour le faire — elle aide donc en fait la Russie », a insisté le président américain Joe Biden à la presse jeudi.

Le G7 a « convenu de prendre des mesures collectives » contre le rôle de la Chine qui fournit au Kremlin « les matériaux nécessaires à sa machine de guerre », a-t-il poursuivi après avoir signé un pacte de sécurité bilatéral avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

À son tour, Volodymyr Zelensky a affirmé qu’il s’était entretenu par téléphone avec son homologue chinois Xi Jinping, qui lui a « donné sa parole » qu’il ne vendrait pas d’armes à la Russie.

Giorgia Meloni élargit le dialogue du G7 avec les pays du Sud

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a invité une douzaine de dirigeants non membres du G7 à participer à une « séance d’information » vendredi après-midi.

La présence de dirigeants non membres du G7, en particulier des pays du Sud, est considérée comme un effort pour « convaincre les partenaires de leur volonté de s’engager avec eux sur leurs priorités », a expliqué le haut fonctionnaire de l’UE.

La session sur les investissements africains a montré que « nous devons aborder les questions de sécurité et d’énergie et aider ces pays à conclure des accords équitables […] [d’autant plus que] nous constatons des pratiques déloyales de la part de la Chine [dans ces pays] », a-t-il noté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]