Le "Gandhi turc" en mission à Bruxelles
Lors de sa première visite à Bruxelles la semaine dernière, Kemal K?l?çdaro?lu, leader du principal parti de l'opposition CHP, a dit qu'il pensait que les récents changements à la constitution turque étaient dangereux. Il s'est confié à EURACTIV dans un entretien exclusif.
Lors de sa première visite à Bruxelles la semaine dernière, Kemal K?l?çdaro?lu, leader du principal parti de l'opposition CHP, a dit qu'il pensait que les récents changements à la constitution turque étaient dangereux. Il s'est confié à EURACTIV dans un entretien exclusif.
M.K?l?çdaro?lu n'a pas rejeté les comparaisons de la presse turque qui l'appelle le "Gandhi turc".
Nous devons commencer notre périple avec la mentalité de Gandhi, en respectant les autres, en souriant et en avançant, a dit le leader du Parti républicain du peuple (CHP), un groupe affilié aux socialistes.
M. K?l?çdaro?lu a dit que le parti avait besoin d'expliquer ses positions en Europe, en collaboration avec le groupe socialiste au Parlement européen.
Le leader du CHP a insisté sur le fait que les changements à la Constitution du pays, qui ont fait l'objet d'un référendum approuvé avec succès le 12 septembre (EURACTIV 13/09/10), ne signifiaient en rien que son parti avait peu de chances de remporter les prochaines élections parlementaires, prévues pour juillet 2011.
Le CHP a fait campagne pour le "non" au référendum, et a perdu à 42 % contre 58 face au parti AKP du premier ministre Recep Tayyip Erdo?an.
Les votes pour le camp du "oui" ne sont pas nécessairement des votes qui iront à l'AKP lors des élections de l'an prochain, soutient M. K?l?çdaro?lu.
Ce n'était pas une élection, mais un référendum : plusieurs partis ont dit "oui", plusieurs partis ont dit "non" […] Ce qui importe, ce sont les élections, qui auront probablement lieu en juillet 2011, a-t-il affirmé. En effet, les analystes politiques n'excluent pas la possibilité d'élections prématurées avant la date butoir du 22 juillet.
M. K?l?çdaro?lu a dit que la Constitution amendée placerait l'appareil judiciaire entre les mains du gouvernement AKP. C'est ce qui va arriver, et c'est très dangereux pour la démocratie, car le système judiciaire doit être indépendant. Un système judiciaire placé entre les mains du gouvernement ne peut pas être impartial, c'est pourquoi nous sommes inquiets, a-t-il expliqué.
Lorsqu'on lui a demandé si l'Europe comprenait ces inquiétudes, M. K?l?çdaro?lu a répondu avec diplomatie qu'il espérait avoir réussi à expliquer le problème à ses homologues à Bruxelles.
En réalité, la Commission européenne a dans l'ensemble perçu ces changements comme "un pas dans la bonne direction" et a mis en avant les éléments positifs (EURACTIV 02/09/10).
Toutefois, la position du député socialiste éminent au Parlement européen Hannes Swoboda, qui a appelé le CHP à soutenir le paquet d'amendements constitutionnels car il estime que le référendum teste les aspirations démocratiques et sociales du pays, a apparemment déçu les partisans du CHP.
M. K?l?çdaro?lu a dit que M. Swoboda devrait arrêter d'écouter les informations qui arrivent de part et d'autre et ferait mieux de contacter directement le CHP. Il a toutefois ajouté que suite à une rencontre avec l'eurodéputé autrichien, la glace avait été brisée.
En ce qui concerne la politique extérieure, M. K?l?çdaro?lu a dit que le CHP avait fait du désarmement nucléaire une priorité dans les alentours de la Turquie et avait implicitement insisté pour qu'Israël, le seul pays à posséder l'arme nucléaire au Moyen-Orient, se débarrasse de son arsenal.
M. K?l?çdaro?lu a écarté les accusations des opposants politiques selon lesquelles ses origines ethniques ne seraient pas "légitimes" car sa mère était Arménienne et son père Kurde.
Il a expliqué que certains de ses opposants avaient voulu mesurer son crâne, une tentative motivée par le racisme qui lui a rappelé les Nazis. Cela montre qu'ils paniquent, mais nous les arrêterons.