Le gouvernement de droite au pouvoir en Suède met le pays sur la « mauvaise » voie climatique
La Suède a augmenté ses émissions de gaz à effet de serre alors que d’autres États membres de l’UE les réduisent, depuis que le nouveau gouvernement de droite, en place depuis cinq mois, a changé son fusil d’épaule en matière de politique climatique.
La Suède a augmenté ses émissions de gaz à effet de serre alors que d’autres États membres de l’UE les réduisent, depuis que le nouveau gouvernement de droite, en place depuis cinq mois, a changé son fusil d’épaule en matière de politique climatique.
Un peu plus de cinq mois après son arrivée au pouvoir, le gouvernement suédois de centre droit est critiqué en raison des résultats de sa politique environnementale. Selon l’évaluation annuelle du Conseil suédois de la politique climatique, la Suède recule en matière d’émissions de gaz à effet de serre alors que l’Union européenne dans son ensemble enregistre des progrès en la matière.
Selon le Conseil, c’est la première fois en vingt ans que des changements de politique conduisent à une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.
« Au lieu de réduire rapidement les émissions, les changements décidés et annoncés jusqu’à présent vont au contraire, selon la propre évaluation du gouvernement, augmenter les émissions dans un avenir proche », indique le rapport.
« Je n’ai jamais entendu de déclarations aussi dures de la part du Conseil de la politique climatique sur pratiquement tous les sujets. La Suède va définitivement dans la mauvaise direction », a confié l’eurodéputé écologiste Pär Holmgren à EURACTIV.
Cependant, le gouvernement suédois a une vision holistique et à long terme qui ne se reflète pas nécessairement dans l’évaluation du Conseil de la politique climatique, a expliqué la ministre de l’Environnement Romina Pourmokhtari (Parti libéral, Renew Europe).
« Le changement climatique constitue un enjeu crucial qui nécessite une approche holistique aux niveaux local, national et mondial. Les mesures que nous prendrons au cours de ce mandat seront des investissements à long terme qui conduiront à une diminution des émissions », a-t-elle déclaré mercredi (29 mars), ajoutant que la Suède atteindra l’objectif de zéro émission nette en 2045.
« D’une certaine manière, nous l’atteindrons parce que je suis sûre qu’ils [les membres de la coalition de centre droit aux commandes] ne seront pas au pouvoir pendant toute cette période », a déclaré M. Holmgren.
Un résultat prévisible
Pour certains membres de l’opposition, l’évaluation du Conseil de la politique climatique n’a pas été une surprise.
« Je ne suis pas du tout surprise. Plusieurs ministres du nouveau gouvernement suédois ont affirmé haut et fort que la réalisation des objectifs n’était pas leur priorité. Et les décisions prises ont montré qu’ils ont l’intention de suivre [cette conduite] lorsqu’il s’agit de politique », a expliqué à EURACTIV l’eurodéputée Emma Wiesner (Parti du centre, Renew Europe).
Après les élections générales de septembre dernier, le Parti modéré de centre droit, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux ont formé une coalition soutenue par les incontournables Démocrates de Suède (SD) d’extrême droite. Ces derniers ne font pas officiellement partie du gouvernement en échange de l’application de leur politique d’immigration. Ils ont également leur mot à dire dans de nombreux domaines, notamment la politique énergétique et industrielle de l’UE.
Pour l’eurodéputé écologiste M. Holmgren, le gouvernement de droite qui a remporté les élections en septembre de l’année dernière n’était pas du tout prêt à prendre ses responsabilités concernant le changement climatique.
« Ils ont fait partie de l’opposition pendant huit ans. Et ils étaient plutôt bons dans ce rôle. Très populistes. Mais si vous leur demandez quoi que ce soit sur le climat, la seule réponse consiste à construire davantage de centrales nucléaires », a déclaré M. Holmgren, ajoutant que le gouvernement actuel n’est pas prêt à assumer une telle responsabilité.
Les sociaux-démocrates, qui ont gouverné la Suède au cours des huit dernières années, ont réagi de la même manière.
« Je ne suis pas surprise », a expliqué à EURACTIV l’eurodéputée sociale-démocrate Helene Fritzon.
« Ils [les membres de la coalition de centre droit au pouvoir] ont mis fin aux investissements du gouvernement précédent dans les trains à grande vitesse, supprimé l’incitation financière pour acheter des voitures [roulant] sans carburant fossile et réduit le budget pour la protection de la nature », a poursuivi Mme Fritzon.
Selon elle, le gouvernement suédois doit présenter un plan d’action climatique sérieux conforme à la loi suédoise sur le climat, qui décrive les réformes et les mesures à prendre pour compenser l’augmentation des émissions et faire en sorte que la Suède atteigne ses objectifs climatiques pour 2030 et 2045.
En octobre, un rapport conjoint publié par Klimatkollen, WWF, ClimateView, l’association suédoise de protection de la nature et Our Kids’s Climate a révélé que la nouvelle coalition gouvernementale suédoise de centre droit, soutenue par les Démocrates de Suède d’extrême droite, était susceptible d’augmenter considérablement les émissions de gaz à effet de serre de 25 millions de tonnes en raison des politiques climatiques qu’elle entend mettre en œuvre.
L’influence de l’extrême droite
Pour l’opposition, le rapport du Conseil est une nouvelle preuve de l’influence de l’extrême droite sur le gouvernement, car le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède (SD), qui le soutient, a pu par le passé nier le changement climatique. Son leader, Jimmie Åkesson, a par exemple déclaré à la télévision qu’il n’y avait aucune preuve scientifique de l’existence d’une crise climatique, qu’il a qualifiée de « nouvelle religion ».
« Les Démocrates de Suède (SD) ne pensent qu’aux gains à court terme et au populisme. Leur idéologie est fondée sur le fait qu’il y a toujours quelqu’un d’autre à blâmer pour chaque problème. Et lorsqu’il s’agit du changement climatique, ils pensent que la Suède ne devrait rien faire et que quelqu’un d’autre devrait tout faire », a déclaré Mme Wiesner.
Pour les sociaux-démocrates, le gouvernement suédois est « complètement dépendant du soutien des Démocrates de Suède d’extrême droite ».
« Les Démocrates de Suède (SD) mènent une guerre culturelle contre l’action climatique », a affirmé Mme Fritzon, ajoutant que « la ministre libérale du Climat et de l’Environnement Romina Pourmokhtari gère les politiques destructrices du parti en matière de climat » et qu’il « est clair que le gouvernement n’a pas de plan cohérent pour le climat ».
Des accusations que le parti d’extrême droite rejette en bloc.
«Les Démocrates de Suède ont donc reconnu le réchauffement climatique en tant que phénomène et la nécessité de réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles. Cependant, les Démocrates de Suède se sont opposés à certaines mesures symboliques extrêmement coûteuses, ce qui constitue une approche équilibrée » , a déclaré M. Nissinen à EURACTIV.
Cependant, Mme Fritzon a appelé la ministre de l’Environnement et les libéraux à reconsidérer leurs partenaires de coalition s’ils prennent le changement climatique au sérieux.