Le gouvernement survit à la motion de censure sur fond de rumeurs de remaniement

La motion de censure déposée par la gauche contre le gouvernement français n’a pas été adoptée lundi (12 juin), bien que les critiques contre les pratiques du gouvernement et les rumeurs sur un possible remaniement persistent.

Euractiv France
French government faces no-confidence vote in parliament
Mme Borne a aussi jugé que les Français voient désormais « ceux qui tendent la main et ceux qui refusent par principe de la saisir », alors qu’elle a été sommée d’élargir la majorité en avril dernier par le président — sans succès pour le moment. [EPA-EFE/MOHAMMED BADRA]

La motion de censure déposée par la gauche contre le gouvernement français n’a pas été adoptée lundi (12 juin), bien que les critiques contre les pratiques du gouvernement et les rumeurs sur un possible remaniement persistent.

Le gouvernement d’Elisabeth Borne faisait face lundi (12 juin) à une nouvelle motion de censure, la 17ème depuis moins d’un an. Par 239 voix « pour », la majorité absolue requise (289 voix) n’a pas été atteinte et le gouvernement reste en place.

Cela ne tarit pas, cependant, la colère d’une partie de l’opposition, qui a justifié le dépôt et le vote d’une telle motion contre le gouvernement en l’accusant de porter atteinte à la démocratie parlementaire et à la séparation des pouvoirs.

La députée socialiste Valérie Rabault, qui défendait le texte au nom de la coalition de gauche (NUPES), a appelé les parlementaires à voter en faveur de la motion de censure pour « mettre un terme au discrédit que le gouvernement jette sur l’Assemblée nationale ».

Selon Valérie Rabault, le gouvernement a « ouvert une voie dangereuse, celle de l’arbitraire »,  car la Première ministre a « [fait] pression sur la présidente de l’Assemblée nationale » lorsqu’elle a déclaré irrecevable l’amendement pour abroger la réforme des retraites jeudi dernier.

Le député communiste, Hubert Wulfranc, s’est inquiété de ce « cumul et confusion des pouvoirs » auxquels « les Français ont voulu mettre un terme » en offrant une majorité relative et non pas absolue au président en juin 2022.

La droite a, quant à elle, dénoncé « la manœuvre politicienne » dans laquelle consiste cette motion de censure, selon les mots de Jean-Louis Thériot (Les Républicains, LR). Ce dernier avait indiqué à la presse souhaiter « que l’on tourne une page qui n’a plus lieu d’être », la réforme des retraites étant passée et promulguée. Dès lors, « cette motion de censure n’a aucun sens ». « Avançons pour le bien du pays », a-t-il lancé à la tribune, applaudi par une partie de la majorité présidentielle.

Elisabeth Borne se défend

La Première ministre s’est défendue d’avoir usé de pratiques contraires à la séparation des pouvoirs, tel que l’opposition le lui reproche. Plutôt, juge-t-elle, « cette motion de censure [montre] que nous sommes bel et bien dans une démocratie parlementaire » et que « le mot de la fin revient toujours à l’Assemblée nationale ».

Selon elle, cette motion — et son échec — a « permis aux Français de comprendre que vous n’avez pas de majorité », a-t-elle déclaré en s’adressant aux élus de gauche.

Mme Borne a aussi jugé que les Français voient désormais « ceux qui tendent la main et ceux qui refusent par principe de la saisir », alors qu’elle a été sommée d’élargir la majorité en avril dernier par le président — sans succès pour le moment. Néanmoins, son gouvernement a réussi à trouver des « accords et solutions sur des sujets majeurs » tels que la sécurité et la transition énergétique, a-t-elle rappelé, en listant les chantiers qui sont encore à poursuivre.

Une manière de tracer une perspective, au moment où les rumeurs d’un remaniement s’intensifient dans les cercles macronistes. Selon nos informations, ce remaniement pourrait même intervenir courant juin ou la première semaine de juillet, en avance par rapport à ce qui était prévu. La date butoir initialement imaginée par certains était après le 14 juillet, date à laquelle devait se conclure la feuille de route des 100 jours d’apaisement pour sortir de la crise qui a suivi réforme des retraites.

Comme cela s’est produit plusieurs fois dans les derniers mois, les interrogations sur une possible alliance avec la droite reviennent à l’approche d’un possible remaniement. Selon les informations révélées par la radio franceinfo, le chef du parti présidentiel Renaissance, Stéphane Séjourné, a convié les parlementaires « à une réunion politique […] sur le contexte politique et la stratégie de la majorité ».

Il s’agirait donc, selon franceinfo, d’établir et de clarifier quelle attitude est-il possible de tenir envers LR, même si la droite a plusieurs fois refusé la possibilité de constituer formellement une majorité avec le camp présidentiel.

Plusieurs parlementaires de droite consultés par EURACTIV ne sont pas fermés à une coopération texte par texte, comme cela s’est fait jusqu’à présent, mais ne se sont pas – jusqu’ici – montrés favorables à un accord de coalition.