Le Green Brief : bilan d’une année européenne hautement énergétique

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La guerre menée par la Russie en Ukraine et la réponse de l’Occident à celle-ci ont fait de 2022 une année intense pour les responsables des politiques énergétiques et pour les observateurs. Alors que l’année touche à sa fin, le moment est venu de faire le point sur les efforts déployés par l’UE pour faire face à une crise énergétique sans précédent.

L’année a connu un début difficile. Le 31 décembre, la Commission européenne a décidé d’ajouter discrètement le nucléaire et le gaz fossile à la liste des investissements « verts », donnant ainsi le coup d’envoi d’une polémique sur la taxonomie européenne.

Depuis lors, douze réunions des ministres européens de l’Énergie et 191 réunions de groupes de travail et d’ambassadeurs ont eu lieu afin de coordonner la réponse de l’Union européenne à la flambée des prix du gaz et de l’électricité lourdement aggravée par l’invasion russe en Ukraine

Ce lundi (19 décembre), à l’issue du dernier Conseil « Énergie » de l’année, les fonctionnaires de la présidence tchèque de l’UE ont concut l’année en enfilant des sweats flanqués du slogan « nous convoquerons autant de Conseils “Énergie” que nécessaire ». C’est effectivement ce qu’ils ont fait.

Mais alors que nous nous préparons à fêter Noël, le moment est venu de nous demander quels ont été les résultats des efforts des fonctionnaires, diplomates et responsables politiques de l’UE.

Quel bilan ?

Une initiative se démarque : « REPowerEU », le plan de 300 milliards d’euros de la Commission européenne pour se détourner des combustibles fossiles russes « bien avant 2030 ». Il faut aussi noter le plafonnement controversé du prix du gaz, fixé à 180 €/MWh après des mois de négociations laborieuses. En outre, les États membres de l’UE ont prévu d’allouer plus de 600 milliards d’euros d’aides publiques pour atténuer l’impact de la hausse des factures énergétiques des entreprises et des consommateurs.

Il y a également eu le plan « Des économies de gaz pour un hiver sûr », un engagement à économiser 15% du gaz consommé dans l’ensemble de l’Union, qui comprend un objectif juridiquement contraignant de réduction de 5% de la consommation de gaz en période de pic de consommation d’électricité.

Si l’on considère les autres mesures convenues, comme l’engagement des achats groupés de gaz et l’accélération de l’autorisation des installations d’énergie renouvelable, certains pourraient dire que les célébrations sont de mise.

Ce serait pourtant une erreur. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré dans son Discours annuel sur l’état de l’Union que la guerre russe était « une guerre contre notre sécurité énergétique, contre notre économie, contre nos valeurs et contre notre avenir ». Une réponse forte aurait donc été appropriée.

Mais au lieu du «grand marché européen de l’énergie » dont l’Europe avait besoin et qui aurait été la seule réponse adéquate à la menace qui plane sur le continent, les dirigeants de l’UE sont restés bloqués dans leurs politiques intestines.

Aux Pays-Bas, le seul pays à disposer de réserves de gaz naturel, les puits de gaz de Groningue sont restés fermés à toute extraction. La seule source de gaz en Europe, après la décision de la Russie de suspendre ses livraisons, est donc restée inexploitée en raison des inquiétudes de la population locale concernant les tremblements de terre qu’un nouveau forage pourrait provoquer.

En Allemagne, les trois dernières centrales nucléaires qui auraient pu apporter aux consommateurs l’électricité dont ils ont tant besoin seront fermées au printemps, comme l’a promis la coalition gouvernementale, où siègent les membres antinucléaires du parti écologiste.

En France, la gestion désastreuse du géant du nucléaire et premier énergéticien d’Europe, EDF, a perturbé l’ensemble de la fourniture d’électricité d’Europe de l’Ouest, forçant la réinvention des flux énergétiques normalement connus.

Tout comme lors de la crise causée par la pandémie de Covid-19, un emprunt commun de l’UE à grande échelle aurait pu constituer une réponse adéquate. Cela aurait permis d’envoyer un signal à la Russie et au reste du monde pour leur faire comprendre que l’Europe ne se laisse pas faire.

Au lieu de cela, l’Allemagne a préféré faire cavalier seul en adoptant un plan de subventions de 200 milliards d’euros pour protéger ses citoyens et ses entreprises de la hausse des prix de l’énergie.

Un effort pour économiser l’énergie, rénover les bâtiments, déployer des pompes à chaleur à haut rendement énergétique et réduire les excès les plus graves de la consommation d’énergie, n’a pas non plus réussi à gagner du terrain.

Les pays de l’Union européenne ont plutôt adopté un plafonnement du prix de vente en gros du gaz qui ne fera que déstabiliser les marchés et menacer les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) dont l’Europe a tant besoin.

L’enveloppe de REPowerEU est relativement maigre : 20 milliards d’euros prélevés sur le marché du carbone de l’Union européenne. Bien que les États membres fassent preuve d’un intérêt pour les énergies renouvelables, ils hésitent à s’engager en faveur d’un objectif plus élevé en la matière pour 2030.

Par ailleurs, nous assistons à une lutte absurde pour un plafonnement du prix du gaz qui, au mieux, ne contribuera guère à faire baisser les prix de l’énergie et qui, dans le pire des cas, effraiera les commerçants de produits énergétiques. Une initiative ambitieuse mais pour laquelle on accorde trop peu de moyens.

L’année a été difficile pour les responsables politiques européens. Mais cela n’excuse pas leur piètre performance.

– Nikolaus J. Kurmayer

[Édité par Paul Messad]


Vous lisez actuellement le dernier Green Brief de l’année 2022. Nous serons de retour le mercredi 18 janvier 2023. D’ici là, vous pouvez continuer à suivre l’actualité en consultant la section « Planète» d’EURACTIV France. Nous espérons que vous passerez d’excellentes fêtes et que nous vous retrouverons l’année prochaine ! – Frédéric, Kira, Valentina, Nikolaus et Paul.


Les principales actualités de la semaine


Pour approfondir


L’actualité en bref

La Commission présente les objectifs de la prochaine réforme du marché européen de l’électricité. Dans un document officieux distribué la semaine dernière aux États membres de l’UE, la Commission européenne expose les principaux objectifs de la prochaine réforme du marché de l’électricité de l’UE, qui devrait être présentée au premier trimestre 2023.

La Commission européenne a subi des pressions de la part de pays comme la France, qui ont demandé la fin du système « absurde » dans lequel les prix du gaz déterminent le coût de l’électricité.

Si le marché a bien fonctionné jusqu’à présent, le document de la Commission reconnaît qu’il n’est pas adapté aux « prix élevés et volatils de l’électricité » que l’on observe actuellement en Europe. En outre, à mesure que la part des énergies renouvelables augmente, « il existe un risque que le marché ne fournisse pas un retour sur investissement prévisible » pour les producteurs d’énergie renouvelable, peut-on lire dans le document de la Commission.

Pour remédier à cette situation, le document présente trois objectifs principaux : 1) Fixer le prix des technologies dites inframarginales (c’est-à-dire les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire) sur la base de leurs véritables coûts de production, 2) Réduire le rôle du gaz sur les marchés à court terme, 3) Mieux responsabiliser et protéger les consommateurs, et 4) Améliorer la transparence, la surveillance et l’intégrité du marché.

Une consultation publique sur la réforme du marché de l’électricité devrait être lancée dans les prochains jours. Le document officieux de 6 pages peut être téléchargé ici.

(Frédéric Simon | EURACTIV.com) 

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Premier projet de capture et de stockage de CO2 en Italie. L’énergéticien italien Eni a signé, lundi (19 décembre), un accord avec la société d’infrastructure énergétique Snam pour développer conjointement un nouveau projet de capture et de stockage du carbone.

Le projet, le premier de ce type en Italie, a pour objectif de capter 25  000 tonnes de CO2 émises par l’usine de traitement du gaz naturel d’Eni, située dans la ville de Ravenne. Le CO2 capté sera transféré par gazoduc à la plate-forme Porto Corsini Mare Ovest, puis injecté dans un gisement gazier en mer épuisé, situé au large de Ravenne.

Claudio Descalzi, PDG d’Eni, a déclaré que ce projet était nécessaire pour décarboner les secteurs à forte intensité énergétique qui n’ont actuellement aucune alternative. « Cet accord représente un exemple à suivre, car il permet de tirer parti des synergies industrielles pour contribuer à la décarbonation du système de production italien », a-t-il ajouté, faisant valoir que la capture et le stockage du carbone sont complémentaires des énergies renouvelables et des solutions d’efficacité énergétique.

(Valentina Romano | EURACTIV.com)

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L’UE et la Norvège signent un accord sur le développement de l’éolien en mer avec le Royaume-Uni. Les ministres de l’Énergie des pays membres de la North Seas Energy Cooperation (NSEC), la commissaire européenne à l’Énergie et le ministre de l’Énergie du Royaume-Uni ont signé dimanche (18 décembre) un protocole d’accord pour la coopération dans le développement de l’énergie renouvelable en mer.

La coopération énergétique en mer du Nord est un cadre de coopération régional non contraignant de l’UE qui vise à stimuler l’énergie renouvelable en mer du Nord. Elle regroupe la Belgique, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède. La Commission européenne en est le coprésident permanent.

Grâce à cet accord, l’UE et le Royaume-Uni entendent renforcer leur action commune en matière d’énergies renouvelables en mer. La coopération couvre le dialogue technique et d’experts, l’échange d’informations et le partage des meilleures pratiques.

« Compte tenu du potentiel important des énergies renouvelables en mer dans les mers du Nord, cette coopération est cruciale pour aider à réaliser nos ambitions communes en matière d’énergies renouvelables en mer », a déclaré la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, en se félicitant de la signature du protocole.

(Valentina Romano | EURACTIV.com)


Agenda

2023

  • 1 JANVIER. La Suède prend la présidence du Conseil de l’UE.
  • 16 MARS. Conseil « Environnement ».
  • 23—24 MARS. Conseil européen.
  • 19 JUIN. Conseil « Transports, Télécommunications et Énergie » (Énergie).
  • 20 JUIN. Conseil « Environnement ».
  • 29—30 JUIN. Conseil européen.
  • 26—27 OCTOBRE. Conseil européen.

Extrait du programme de travail de la Commission européenne (voir tout ici) :

  • Q1. La Commission européenne présentera une proposition de réforme du marché européen de l’électricité.
  • Q3. La Commission européenne présentera une proposition sur l’écologisation des flottes d’entreprises.
  • Q3. La Commission européenne présentera une proposition de banque de l’hydrogène.
  • Q4. Révision du règlement REACH (Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques).