Le Green Brief : débriefing de la COP28
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Le feuilleton de la COP. La conférence COP28 sur le climat bat son plein à Dubaï. Pas un seul jour depuis son ouverture jeudi dernier (30 novembre) sans une nouvelle annonce.
La première journée a commencé sur les chapeaux de roue avec un accord sur le premier fonds mondial « pertes et dommages » destiné à dédommager les pays défavorisés victimes de catastrophes naturelles causées par le changement climatique.
L’Allemagne trace la voie. L’Allemagne et les Émirats arabes unis, pays hôte de la COP28, se sont engagés à verser 100 millions de dollars chacun, suivis par le Royaume-Uni (40 millions de livres sterling ou 50,5 millions de dollars), les États-Unis (17,5 millions de dollars) et le Japon (10 millions de dollars).
Le bruit court que des responsables politiques allemands se sont secrètement rendus à Abou Dabi, la capitale des Émirats arabes unis, pour s’assurer que le fonds pourrait être lancé. Une autre rumeur raconte que les Français, au moment de prendre connaissance de la contribution de 100 millions d’euros de l’Allemagne, se sont dit « mon Dieu, si les Allemands le font, nous devons le faire aussi ».
Cependant, les contributions sont considérées comme trop faibles pour avoir un réel impact, en particulier celle des États-Unis, que certains ont qualifiée d’« embarrassante ». Merci à notre partenaire média, Climate Home News, d’avoir fourni plus d’informations sur cette histoire.
Engagement en faveur des énergies renouvelables. L’annonce la plus importante faite samedi (2 décembre) reste sans doute l’engagement pris par plus de 100 pays visant à tripler les énergies renouvelables et à doubler l’efficacité énergétique d’ici à 2030. L’UE en a fait l’un de ses principaux objectifs pour la COP28 et peut donc déjà se prévaloir d’un succès partiel. Il y a toutefois un bémol : la Chine et l’Inde n’ont pas signé. En direct du Dubaï, Nikolaus J. Kurmayer nous raconte.
Samedi (22 décembre), 22 pays, dont la France, se sont engagés à « tripler la capacité de production d’énergie nucléaire entre 2020 et 2050 ». Le président français Emmanuel Macron a salué cet engagement comme une avancée majeure, rapporte Théo Bourgery-Gonse. La Chine et l’Inde ne se sont pas associées à cette initiative.
Le club climat. Un autre événement important pour l’UE a été le lancement du « club climat », un projet du chancelier allemand Olaf Scholz visant à rassembler les pays ayant des politiques climatiques « ambitieuses ». Le club a été officiellement lancé vendredi (1er décembre), avec 33 adhérents, dont tous les pays du G7 et d’autres comme le Chili et le Mozambique.
Le club climat a été conçu par M. Scholz il y a maintenant plus de deux ans afin d’éviter des frictions commerciales lorsque l’UE mettra en place sa taxe carbone aux frontières entrée en vigueur le 1er octobre. Les membres du club s’efforceront d’atteindre cet objectif en élaborant une méthode normalisée de calcul de l’intensité du CO2 des produits qui seront couverts par le droit de douane carbone de l’UE, comme l’acier et le ciment.
Mais dans les faits, le club climat n’est guère plus qu’un forum de discussion. De plus, la taxe carbone aux frontières de l’UE ne prévoit aucune exemption, rapporte Niko Kurmayer. C’est dire si ce projet cher à M. Scholz est loin d’être abouti.
Le méthane. La COP28 s’est poursuivie ce week-end avec de nouveaux engagements, cette fois en faveur de la réduction des émissions de méthane. L’UE est précurseur en matière de lutte contre le méthane, ayant récemment adopté une législation visant à lutter contre les fuites de méthane provenant du secteur des combustibles fossiles.
Lors de la COP28, le reste du monde s’est engagé volontairement à s’attaquer au problème. Cependant, la Chine, l’Inde et la Russie restent à l’écart de l’engagement mondial sur le méthane pris par l’UE et les États-Unis il y a deux ans lors de la COP26 à Glasgow, rappelle Niko Kurmayer.
Voyage présidentiel. Alors que les engagements de la COP28 commencent à perdre de leur élan, son président, Sultan Ahmed Al-Jaber était censé relancer les pourparlers lundi (4 décembre). Hélas, il s’est trouvé confronté à un tollé médiatique dimanche (3 décembre), lorsqu’une vidéo datant de novembre a refait surface, dans laquelle il déclarait : « Il n’y a pas de science là-dedans : il n’y a pas de données scientifiques ni de scénario, indiquant que l’élimination progressive des combustibles fossiles permettra d’atteindre le seuil de 1,5 °C. »
Lundi, M. Al Jaber a consacré une grande partie de son énergie à tenter de démentir ces affirmations. Lors d’une conférence de presse convoquée d’urgence, il a soumis les journalistes à un exposé de dix minutes concernant les succès de cette année à la COP28, avant de leur demander instamment de cesser de le traiter injustement. Plus d’informations sur la BBC.
Sortie des combustibles fossiles/élimination progressive/réduction progressive. Alors que la COP28 entre dans sa deuxième semaine, l’attention se tourne lentement vers de nouvelles négociations. La principale préoccupation concerne l’adoption ou non d’une formulation visant à sortir des combustibles fossiles, à les éliminer progressivement ou simplement à les réduire progressivement, ainsi que l’adoption d’une mesure similaire pour le charbon.
Selon Reuters, un projet de texte ayant circulé à Dubaï mardi (5 décembre) inclut « une élimination progressive, juste et ordonnée des combustibles fossiles » parmi d’autres options.
Mais le ministre saoudien de l’Énergie a déjà montré son jeu en déclarant qu’il refuserait d’approuver un texte mentionnant une « réduction progressive » des combustibles fossiles, même si cette formulation est considérée comme encore plus vague qu’une « élimination progressive ». En Europe, les avis sur la question ne sont pas plus unanimes.
À suivre : le clash Chine-UE. C’est également au cours de cette deuxième semaine que le Parlement européen entrera en scène. Peter Liese, chrétien-démocrate allemand, sera à la tête d’une délégation de 15 députés européens qui s’envoleront pour Dubaï du 8 au 12 décembre afin d’assister à la COP28.
Un objectif : faire connaître la vérité sur la contribution de la Chine au réchauffement climatique. Selon le législateur allemand, Pékin doit cesser de se présenter comme un pays en développement et contribuer au financement de la lutte contre le changement climatique comme une « superpuissance », sous peine d’assumer la responsabilité de l’échec des négociations. Frédéric Simon nous en parle.
Toujours à propos de la Chine, Frederic Simon et Paul Messad ont obtenu un entretien exclusif avec Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), dans lequel le directeur félicite Pékin d’avoir fait baisser le coût des technologies propres, mais exhorte également la Chine à prendre ses responsabilités en matière de financement international de la lutte contre le changement climatique. Lire l’article ici.
[Édité par Paul Messad]
Pour approfondir
- COP28 : 30 pays s’engagent en faveur de l’hydrogène propre — Nikolaus J. Kurmayer
- Les entreprises de recyclage s’inquiètent des projets de l’UE visant à accorder des crédits carbone gratuits aux usines sidérurgiques (en anglais) — Frédéric Simon
- La Commission européenne réfléchit à une éventuelle interdiction des PFAS (en anglais) — Nathan Canas
- Européennes 2024 : le Green Deal, cœur battant d’élections cruciales — Paul Messad
- Mini-réacteurs nucléaires : ce que l’on sait de la future alliance européenne — Paul Messad
- Paris «oublie» les objectifs renouvelables dans son plan énergie-climat 2030 — Paul Messad
Agenda
- 30 NOVEMBRE-12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28), Dubaï.
- 6 DÉCEMBRE. Proposition de la Commission pour la protection des animaux en cours de transport.
- 7 DÉCEMBRE. Trilogue final sur la directive sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB).
- 7-8 DÉCEMBRE. Sommet UE-Chine
- 11 DÉCEMBRE. Vote en plénière du Parlement sur les petits réacteurs modulaires (PRM)
- 14-15 DÉCEMBRE. Conseil européen
- 18 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement »
- 19 DÉCEMBRE. Conseil « Energie »
- 1e JANVIER. La Belgique assume la présidence du Conseil de l’UE
- Q1 2024. Propositions de la Commission:
- Communication sur les technologies de stockage du carbone.
- Communication sur l’objectif climatique 2040.
- Communication sur la résilience de l’eau.
- Communication sur les matériaux avancés pour la primauté industrielle
- 15 JANVIER. Vote en plénière du Parlement :
- Banque européenne de l’hydrogène
- Énergie géothermique
- MARS 2024. Vote du Parlement en séance plénière :
- Directive sur les déchets
- Directive sur les « allégations vertes », protection des consommateurs contre l’écoblanchiment
- 4 MARS. Conseil « Energie »
- 25 MARS. Conseil « Environnement »
- 22-25 AVRIL. Dernière session plénière du Parlement européen avant les élections européennes.
- PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
- 6-9 JUIN. Élections européennes.
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