Le Green Brief : la politique climatique de l’UE de plus en plus impopulaire
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L’année dernière a été la plus chaude jamais enregistrée. Cette réalité alarmante a entraîné un consensus mondial sur la nécessité d’agir, l’Union européenne espérant incarner un modèle à suivre en matière de politique climatique. Cependant, un obstacle se dresse devant elle : ses citoyens.
En effet, les politiques climatiques de l’Union n’ont pas vraiment la cote auprès des citoyens, et les responsables politiques commencent à s’en rendre compte.
Parallèlement à cela, la campagne électorale a commencé, et dans 90 jours, un nouveau Parlement européen sera élu et, dans la foulée, une nouvelle Commission européenne sera désignée. Sous la prochaine législature, l’Union pourrait effectuer un virage politique et se concentrer davantage sur la compétitivité des entreprises et sur l’industrie de la défense du bloc que sur la politique environnementale.
Cependant, le changement climatique ne s’arrêtera pas sous prétexte que l’UE a cessé de s’en préoccuper. Pour l’heure, l’adoption d’un objectif climatique pour 2040 reste à l’ordre du jour à Bruxelles, et les institutions continuent d’adopter des législations environnementales clés.
Du côté des citoyens, certaines de ces mesures sont pourtant plutôt impopulaires. Il ressort notamment d’une étude du Centre Jacques Delors portant sur 5 000 personnes en France, en Allemagne et en Pologne que les politiques climatiques phares de l’UE que sont la tarification du carbone et l’élimination des voitures à essence/diesel ont été les mesures de l’UE perçues le moins favorablement par les citoyens.
Les politiques moins efficaces qui impliquent pourtant des dépenses plus importantes, comme les investissements supplémentaires dans les transports publics et les investissements publics dans le réseau électrique, ont quant à elles été jugées plus positivement.
Pour la Commission européenne sortante — et pour Frans Timmermans, l’architecte du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) qui a quitté ses fonctions de commissaire à l’Action pour le climat avant la fin de son mandat — l’étude constitue un véritable revers. Jonathan Packroff vous en dit plus ici.
En prenant tout cela en compte, il n’est donc pas étonnant que le plus grand parti politique de l’UE, le Parti populaire européen (PPE), se soit récemment engagé dans une croisade contre certains éléments du Green Deal. Le parti a toutefois choisi celle qui l’a mis en place, Ursula von der Leyen, comme tête de liste — et donc candidate à la présidence de la Commission — pour les élections de juin.
L’interdiction en 2035 de la vente de nouvelles voitures à moteur thermique, mesure la moins populaire auprès de l’ensemble des personnes interrogées, est en train de devenir un enjeu électoral majeur. Il est intéressant de souligner que cette mesure aura un impact très concret et visible pour les citoyens, contrairement à des actions sur des idées plus abstraites que sont la charge administrative excessive ou encore la compétitivité.
Les conservateurs allemands, qui prendront à nouveau les rênes de l’Europe, en sont conscients. « L’Allemagne est un pays de voitures », a souligné Manfred Weber, président du PPE, lundi (11 mars) à Berlin — à ses côtés, Ursula von der Leyen, en lice pour un second mandat à la tête de l’exécutif de l’UE, ne l’a pas contredit. Jonathan Packroff en parle ici.
Course contre la montre pour faire adopter un maximum de législations du Green Deal. Le Parlement européen a donné son feu vert à quelques lois environnementales lors de son avant-dernière plénière à Strasbourg. Parmi elles, la révision de la directive sur l’efficacité énergétique des bâtiments (EPBD), fortement édulcorée durant les négociations, qui a bénéficié d’une majorité étonnamment large. Mais la directive pourrait ne pas être tirée d’affaire pour autant, le Conseil de l’UE (où se réunissent les ministres des États membres) devant encore donner son approbation finale au texte.
À Berlin, le Parti libéral-démocrate allemand (FDP) ne porte pas le texte dans son cœur. D’autres pays de l’UE sont également réticents à son approbation, en particulier l’Italie. Cependant, aucun blocage n’a été annoncé jusqu’à présent. La loi pourrait donc tout de même faire son entrée au Journal officiel de l’UE. L’article sur le vote au Parlement est disponible ici.
Autre texte récemment adopté au Parlement européen : la directive révisée sur les émissions industrielles, également fortement édulcorée par rapport à la proposition initiale de la Commission européenne.
La législation était à sept votes de voir son destin chamboulé, puisque 293 eurodéputés ont voté pour une réouverture de l’accord de compromis conclu par les négociateurs de l’UE en novembre, contre 306 qui s’y sont opposés. Cette tentative d’apporter de nouveaux amendements au texte au stade final, où l’approbation du Parlement et du Conseil relève généralement de la formalité, a donc échoué, mais de justesse. Sofia Sanchez Manzanaro nous donne les détails.
Une Zeitenwende environnementale. Peter Liese, eurodéputé PPE originaire d’Allemagne (CDU), a déclaré que les évènements de la semaine passée au Parlement constituaient un changement d’approche important.
« La Zeitenwende [mot allemand pouvant être traduit par “tournant”] de la politique environnementale européenne se poursuit », a-t-il souligné, puisque son groupe parlementaire a obtenu gain de cause sur trois votes clés : les émissions industrielles, les normes Euro 7 pour les voitures et le cadre pour les absorptions de CO2, qui est désormais plus favorable aux sylviculteurs et aux agriculteurs.
Le terme Zeitenwende avait été utilisé pour la première fois par le chancelier allemand Olaf Scholz après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 pour illustrer la nécessité de changement dans la stratégie de défense du pays.
Peter Liese a peut-être raison d’utiliser un tel terme : compte tenu de ce que les citoyens pensent des politiques climatiques actuelles de l’UE, une réflexion approfondie s’impose peut-être.
Après tout, comme l’a souligné l’Agence européenne de l’environnement, l’Europe est loin d’être préparée aux conséquences de la détérioration rapide du climat. Nathan Canas fait d’ailleurs le point ici.
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- Nucléaire : à Prague, Emmanuel Macron défend EDF face à la concurrence non-européenne — Paul messad
- La commission de l’Environnement demande un calendrier pour protéger la santé des sols — Maria Simon Arboleas
- L’abandon du charbon : la nouvelle feuille de route énergétique de la Pologne (en anglais) — Nathan Canas
- Le déficit d’investissement dans les réseaux électriques en Europe est pire que prévu, selon une étude — Nikolaus J. Kurmayer
- Le ministre tchèque de l’Environnement veut étendre la taxe carbone aux frontières à davantage de produits — Aneta Zachová
- Devoir de vigilance des entreprises : les négociateurs de l’UE se préparent au vote final — Anna Brunetti
Agenda
- 15 MARS. Conseil de l’Énergie UE-États-Unis présidé par la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson.
- 21-22 MARS. Conseil européen.
- 25 MARS. Conseil « Environnement ».
- 10 AVRIL. Bilan des dialogues sur la transition écologique.
- 10-11 AVRIL. Mini-séance plénière du Parlement (Bruxelles).
- 15-16 AVRIL. Conseil « Énergie » informel.
- 22-25 AVRIL. Dernière session plénière du Parlement européen avant les élections européennes.
- Exigences de circularité pour la conception des véhicules et pour la gestion des véhicules hors d’usage.
- 30 MAI. Conseil « Énergie ».
- PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
- 6-9 JUIN. Élections européennes.
- 17 JUIN. Conseil « Environnement » (Luxembourg).
- 27-28 JUIN. Conseil européen.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]