Le Green Brief : l'hydrogrène, exhausteur d'incompatibilités entre la France et l'Allemagne

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Un désaccord entre la France et l’Allemagne sur l’hydrogène vert sème la zizanie au cœur de l’Union européenne, au point qu’il risque, à terme, de faire dérailler le Pacte vert pour l’Europe.

À la mi-octobre, la France et l’Allemagne ont annulé une réunion conjointe de leurs cabinets à la veille d’un sommet européen où la crise énergétique était à l’ordre du jour.

Paris et Berlin ont tous deux reconnu que les deux parties avaient besoin de « plus de temps » pour parvenir à des accords sur les questions abordées, qui allaient de la politique énergétique à la coopération en matière de défense dans le cadre de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Dans le domaine de la politique énergétique, les divergences sur l’hydrogène semblent être le point de friction.

Les principes des deux camps sont clairement exposés dans leurs lettres respectives adressées à Bruxelles sur leurs positions : la première a été rédigée en décembre dernier par le tout nouveau gouvernement allemand, tandis que la deuxième a été envoyée par les Français en septembre de cette année.

Leurs positions sont opposées sur presque tous les points.

En ce qui concerne les importations, l’Allemagne préconise un assouplissement des règles européennes afin que l’hydrogène produit en Afrique, au Canada ou au Moyen-Orient soit considéré comme « renouvelable », même s’il n’est pas entièrement issu de sources renouvelables.

La France, en revanche, estime que les producteurs européens et étrangers doivent respecter les mêmes règles, la priorité devant revenir à l’hydrogène local produit à partir de sources d’électricité « faible en carbone », et pas seulement à partir d’énergies renouvelables.

Le mot d’ordre est « faible en carbone ». Pour la France, faible en carbone signifie énergie nucléaire, une source d’énergie qui est produite localement, n’émet presque pas de gaz à effet de serre et devrait être reconnue comme telle dans la lutte de l’Europe contre le changement climatique.

Jusqu’ici, tout va bien. Mais les Français ont mal choisi leur champ de bataille en insistant pour que cela soit inscrit dans la directive européenne sur les énergies renouvelables, actuellement en cours de révision. « L’hydrogène à faible teneur en carbone produit à partir d’électricité décarbonée, et pas seulement d’énergies renouvelables, doit contribuer aux objectifs de la directive », indique la lettre française.

Pour les Allemands et pour beaucoup d’autres dans l’UE, opposés au nucléaire, ceci est inacceptable. Si le nucléaire est considéré comme une énergie renouvelable, pourquoi ne pas y ajouter des gaz à faible teneur en carbone, affirment-ils — une référence à l’hydrogène « bleu » fabriqué à partir de gaz fossiles avec une technologie de capture du carbone.

Les Allemands n’ont pas tort.

« Le problème fondamental vient du fait que les Français tentent de placer l’énergie nucléaire là où elle n’a pas sa place, à savoir dans la directive européenne sur les énergies renouvelables », explique Mikaa Mered, un chercheur français qui enseigne à l’université de Sciences Po.

Pour M. Mered, la position française est « idéologique » et « tirée par les cheveux ». Il est « tout à fait normal que les Allemands, les Autrichiens, les Luxembourgeois et la Commission refusent d’aller aussi loin », a-t-il déclaré à EURACTIV.

Une position plus rationnelle serait de faire reconnaître l’hydrogène à faible teneur en carbone dans le cadre de la révision de la directive et du règlement sur les marchés du gaz, qui a été déposée en décembre 2021, a-t-il soutenu.

Cependant, la lettre française ne fait aucune mention de cela. Au contraire, Paris creuse davantage l’écart en dénonçant le fait que la directive sur les énergies renouvelables fixe des objectifs sur…. les énergies renouvelables, « ce qui oriente indûment les choix technologiques, voire les choix de politique énergétique ».

L’absurdité de la position de la France sur l’hydrogène serait amusante si elle n’était pas aussi toxique pour l’Union européenne. Depuis près d’un an maintenant, l’UE retarde l’adoption de règles indispensables sur l’hydrogène vert, qui étaient censées donner à l’industrie européenne un avantage sur la concurrence.

Au lieu de prendre la tête de cette course, l’Europe est maintenant dépassée par les États-Unis, dont la loi sur la réduction de l’inflation offre des conditions plus intéressantes aux producteurs d’hydrogène.

La demande française de reconnaissance de la contribution de l’énergie nucléaire à la politique climatique est légitime. La directive sur les énergies renouvelables n’est tout simplement pas le lieu pour le faire.

À l’approche du jour de l’Armistice, Paris devrait enterrer la hache de guerre et passer à autre chose.

Frédéric Simon

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Les principales actualités de la semaine

Pour approfondir

L’actualité en bref

Selon une analyse, les émissions de CO2 provenant du secteur de l’énergie ont diminué au cours des trois derniers mois. Les émissions de CO2 du secteur de l’énergie dans l’UE ont diminué en glissement annuel de juillet à octobre, après avoir augmenté pendant les 16 mois précédents en raison de l’effet de rebond de la pandémie de Covid-19.

Ces données ont été publiées jeudi (3 novembre) par le Centre de recherche sur l’énergie et l’air propre (CREA) et recueillies grâce à un système de suivi en temps quasi réel des émissions de CO2 de l’UE.

Le rapport montre qu’au lendemain des confinements, de février 2021 à juin 2022, les émissions liées à l’énergie ont augmenté chaque mois à mesure que l’économie se remettait de la pandémie. La contre-performance du nucléaire et de l’hydroélectricité ainsi qu’une importante vague de chaleur en été ont accru la demande d’énergie provenant des combustibles fossiles.

La tendance actuelle à la baisse des émissions est principalement due aux prix élevés des combustibles fossiles, qui ont influencé la demande de gaz et de pétrole, notamment dans les ménages et les industries. Parallèlement, la croissance de la capacité de production d’énergie solaire et l’arrêt du déclin de la production d’énergie hydroélectrique et nucléaire ont également contribué à la réduction des émissions.

La réaction des marchés de l’UE à la crise énergétique s’est traduite par une forte augmentation des investissements dans les énergies vertes, la vente généralisée de pompes à chaleur et de véhicules électriques. Comme le souligne le rapport, les effets de la crise énergétique vont accélérer la tendance à la réduction des émissions de l’UE.

(Valentina Romano | EURACTIV.com)

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COP27 : neuf nouveaux pays adhèrent à l’alliance pour l’éolien offshore. Neuf nouveaux pays ont rejoint l’Alliance mondiale pour l’éolien en mer lors de la conférence sur le changement climatique qui s’est tenue à Sharm-El-Sheikh mardi (8 novembre). Parmi ces neuf nouveaux pays figurent l’Allemagne, la Belgique, la Colombie, l’Irlande, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et les États-Unis, qui se sont engagés à accélérer l’essor de l’éolien offshore afin de faire face aux crises climatique et énergétique.

« La mer du Nord va se transformer en une grande centrale électrique durable », a déclaré la ministre belge de l’Énergie, Tinne Van der Straeten. « Grâce à cette accélération verte, nous pouvons remplacer plus rapidement le gaz et le pétrole par l’éolien offshore et l’hydrogène vert. « De cette façon, nous renforcerons l’indépendance énergétique, nous réduirons les factures des ménages et de l’industrie et nous diminuerons les émissions de CO2 », a-t-elle ajouté.

L’Alliance mondiale pour l’éolien en mer a été initialement lancée en septembre 2022 à New York par le gouvernement danois, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) et le Conseil mondial de l’énergie éolienne (GWEC) dans le but d’augmenter de 670 % la capacité éolienne en mer dans le monde — de 57 GW en 2021 à 380 GW en 2030.

(Valentina Romano | EURACTIV.com)

Agenda 

NOVEMBRE

  • 6—18 NOVEMBRE. Conférence sur le changement climatique de Sharm el-Sheikh (COP27).
  • 9 NOVEMBRE. Développement de normes d’émission post-Euro 6/VI pour les voitures, les camionnettes, les camions et les bus.
  • 9 NOVEMBRE. Deuxième cycle de négociations du trilogue sur la législation européenne relative à la déforestation.
  • 14—25 NOVEMBRE. Conférence des Parties — CITES, Panama (COP19).
  • 15—16 NOVEMBRE. Réunion du G20.
  • 24 NOVEMBRE. Conseil de l’Énergie
  • 30 NOVEMBRE. Paquet économie circulaire 2 :
    • Proposition de règlement relatif à la justification des allégations environnementales au moyen des méthodes d’empreinte environnementale de produit/organisation (allégations vertes)
    • Cadre politique pour les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables
    • Révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pour renforcer les exigences essentielles en matière d’emballages et établir des mesures et des objectifs de prévention des déchets d’emballages au niveau de l’UE
    • Certification liée au retrait du carbone

DÉCEMBRE

  • 5—17 DÉCEMBRE. Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP15) à Montréal, Canada.
  • 15—16 DÉCEMBRE. Conseil européen.
  • 19 DÉCEMBRE. Conseil «  Transports, Télécommunications et Énergie  » (Énergie).
  • 20 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement ».

2023

  • 1ER JANVIER. La Suède prend la présidence du Conseil de l’UE.
  • Q1 2023. La Commission européenne présentera une proposition de réforme du marché européen de l’électricité.
  • 23—24 MARS.Conseil européen.
  • Q3 2023. La Commission européenne présentera une proposition de banque de l’hydrogène.
  • Q3 2023. La Commission européenne présentera une proposition sur l’écologisation des flottes d’entreprises.
  • 29—30 JUIN. Conseil européen.