Le Green Brief : retour du « heat shaming »
Face aux inquiétudes qui règnent à nouveau sur les marchés du gaz, vaut-il la peine de rétablir le climat de culpabilisation vis-à-vis du chauffage, le « heat shaming », qui a dominé les conversations de l’hiver dernier ?
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Début octobre l’année dernière, nous avions demandé à nos lecteurs s’ils avaient déjà commencé à se chauffer. La saison hivernale arrivant à grands pas, il est donc temps de réitérer cet exercice.
Dès lors, face aux inquiétudes qui règnent à nouveau sur les marchés du gaz, vaut-il la peine de rétablir la culpabilisation vis-à-vis du chauffage, ou « heat shaming » selon l’expression consacrée en anglais ?
Pour le public, la crise énergétique est terminée, car selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), le gaz a été consommé avec parcimonie l’année dernière, si bien que nous avons réussi à économiser sept milliards de mètres cubes de gaz, un chiffre impressionnant.
Cela représente environ l’économie de 70 méthaniers transportant du naturel liquéfié (GNL). Une économie réalisée grâce aux efforts des Européens, qu’il s’agisse d’un choix ou de contraintes financières.
Cette année, il y a bien d’autres raisons de maintenir l’effort nécessaire pour contenir les difficultés que connaît l’Europe depuis fin 2021.
Si les changements de comportement des citoyens ont permis de réaliser d’importantes économies de gaz, l’hiver exceptionnellement chaud a également joué un rôle non négligeable. Par rapport à 2021, l’année 2022 a compté 12 % de « degrés-jours de chauffage » (qui permettent d’évaluer la rigueur de la saison de chauffe) en moins, ce qui a entraîné de facto une réduction de la consommation de gaz de 18 milliards de mètres cubes, soit 180 tankers de GNL.
L’hiver de cette année pourrait-il être aussi doux ? Personne ne le sait, mais le changement climatique donne des raisons de le penser, comme le souligne le service météorologique de l’UE, Copernicus.
La bonne nouvelle, c’est que l’hydroélectricité est de nouveau en mesure de fournir de l’électricité en grande quantité. La faible production d’hydroélectricité a coûté à l’Europe environ 12 milliards de mètres cubes de gaz l’année dernière.
Il en va de même pour le parc nucléaire français en difficulté, qui revient à présent à des niveaux de production plus habituels. Cela représente potentiellement 22 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires que nous pouvons économiser.
De plus, nos réserves de gaz sont pleines.
Pourtant, les négociants en gaz restent frileux : les prix au comptant Title Transfer Facility (TTF) néerlandais — un mécanisme d’échange de gaz — ont bondi de 50 % en l’espace d’une semaine.
Qu’est-ce qui les rend si inquiets ? Tout récemment, le groupe de réflexion Bruegel, basé à Bruxelles, a mis en garde sur le risque de tensions sur les marchés mondiaux du GNL en raison de l’attaque du Hamas contre Israël et de la fermeture des marchés du gaz qui s’en est suivi. Si Israël n’est pas un exportateur de gaz important pour l’Europe, il fournit quelque 6 milliards de mètres cubes de gaz à l’Égypte, qui a expédié 7 milliards de mètres cubes de GNL dans le monde entier.
En outre, la baisse des prix et la reprise économique de la Chine font que le plus grand importateur mondial de GNL a de nouveau besoin de gaz — les recherches de la Société nationale chinoise de pétrole offshore (CNOOC) prévoient une augmentation de 8 % de la demande.
À cela s’ajoute les dommages au gazoduc reliant les pays baltes à la Finlande ont rappelé aux négociants en gaz que l’infrastructure est exposée à des risques de sabotage.
Si une partie importante des gazoducs reliant la Norvège à l’Europe continentale subit des dommages similaires, les prix du gaz pourraient à nouveau grimper jusqu’à 300 euros par MWh, comme ce fut le cas en août 2022.
Après tout, 122 milliards de mètres cubes de gaz norvégien ont été acheminés par des gazoducs tels qu’Europipes I et II vers le réseau gazier du continent.
Les négociants en gaz savent mieux que quiconque que toute l’Europe n’a pas la chance de l’Autriche, où le stockage peut couvrir une année entière de demande. Si la consommation dépasse l’afflux de gaz, les stocks se videront en quelques mois seulement.
Dès lors, ils ne suffiront pas, tandis que la saison de chauffe commence et ne se terminera probablement qu’en avril.
Les journées froides pourraient être synonymes de problèmes, en particulier pour l’industrie allemande. Sans terminaux GNL supplémentaires, « seuls des efforts de consommation supplémentaires permettront probablement d’éviter une pénurie de gaz par des températures glaciales », déclare l’association allemande de stockage d’énergie INES.
Dans le cas d’un hiver très froid, comme en 2010, l’Allemagne manquerait de 4 milliards de mètres cubes. Cela entraînerait une hausse des prix du gaz et des arrêts de production dans l’industrie.
La culpabilisation vis-à-vis du chauffage pèse donc dans les foyers. Mais qui croire et que faire ? Deux considérations essentielles devraient guider la décision de tout lecteur.
D’abord, la « sobriété » énergétique, comme dit-on en français, bonne pour l’esprit et le climat.
Mais il y a lieu d’être sceptique quant à l’alarmisme ambiant de l’industrie. Pour parvenir à ses résultats, l’INES a dû s’appuyer sur un scénario plutôt extrême.
Comme l’ont constaté les économistes du fonds Ben Moll, de la LSE, les entreprises du secteur gazier ont tout intérêt à influencer la politique gazière. Elles ont également la capacité de le faire : l’année dernière, cela s’est traduit par des achats de gaz excédentaires qui ont coûté plus de 7 milliards d’euros aux contribuables allemands.
Cette année, l’industrie pourrait être incitée à encourager les consommateurs à réduire leurs dépenses afin de maintenir les prix du gaz aussi bas que possible — et d’obtenir des terminaux GNL supplémentaires financés par l’État.
Par conséquent, si vous aimez l’industrie de votre pays et les actions visant à lutter contre le changement climatique, le « heat shaming » est sans aucun doute la voie à suivre.
– Nikolaus J. Kurmayer
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- Les États membres demandent à l’UE davantage de soutien aux énergies vertes – Kira Taylor
- Véhicules lourds : la commission Environnement soutient les objectifs de réduction des émissions de l’exécutif européen – Sean Goulding Caroll
- Règlement sur les emballages : les eurodéputés italiens font pression pour assouplir la législation – Kira Taylor
- Lukoil est prêt à payer plus d’impôts à la Bulgarie pour continuer à importer du pétrole russe – Krassen Nikolov
- Stockages stratégiques de métaux critiques : l’impensé européen – Théo Bourgery-Gonse
- Le BarMar, cet hydrogénoduc aux allures de serpent de mer – Paul Messad
Agenda
- OCTOBRE (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Déclaration européenne sur le vélo
- Mesures pour limiter les microplastiques ajoutés
- 25 OCTOBRE. Vote de la commission ITRE du Parlement sur le règlement pour une
- industrie « zéro net »
- 26-27 OCTOBRE. Conseil européen
- NOVEMBRE (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Paquet mobilité : communications sur l’espace européen commun de données sur la mobilité, révision des voyages forfaitaires, révision du cadre des droits des passagers
- Révision de la directive sur les transports combinés
- Plan d’action pour faciliter le déploiement de réseaux
- 20 NOVEMBRE. Règlement sur les emballages et les déchets d’emballages voté en plénière cette semaine
- 20 NOVEMBRE. Le règlement pour une industrie «zéro net » en plénière cette semaine
- 21 NOVEMBRE. Cadre de l’Union européenne pour la surveillance des forêts et plans stratégiques
- 30 NOVEMBRE-12 DÉCEMBRE. Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 28), Dubaï
- DÉCEMBRE (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Protection des animaux en cours de transport
- 14-15 DÉCEMBRE. Conseil Européen
- 18 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement »
- 19 DÉCEMBRE. Conseil « Energie »
- Q1 2024 (à confirmer selon la lettre au Parlement du vice-président de la Commission Maroš Šefčovič)
- Communication sur les technologies de stockage du carbone.
- Communication sur l’objectif climatique 2040
- Communication sur la résilience de l’eau
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[Édité par Paul Messad]