Le Green Brief : un avant-goût des débats à venir sur la politique climatique de l’UE
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Aperçu des élections. Les partis d’extrême droite et les partis nationalistes devraient connaître une forte croissance aux dépens des Verts, des libéraux et des partis de gauche lors des élections européennes de juin.
Ceci n’est pas nouveau. Mais quelles pourraient en être les conséquences pour les politiques climatiques de l’Union européenne ?
L’UE en a eu un avant-goût la semaine dernière, lorsque les eurodéputés ont débattu à propos de l’objectif climatique recommandé par la Commission européenne pour 2040, à savoir une réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990. Notre journaliste Fred Simon fait le point sur ce qu’ont dit les différents partis.
Les conservateurs se rebellent. Prenant la parole lors de la session plénière du Parlement à Strasbourg, les groupes conservateurs et d’extrême droite ont mis en garde contre les conséquences sociales et le risque de désindustrialisation associés à des objectifs climatiques plus ambitieux de la part de l’UE.
« Avez-vous dit aux agriculteurs et à la population que l’énergie, le transport, le logement, la viande et d’autres denrées alimentaires de base seront plus chers ? », a déclaré l’eurodéputé tchèque Alexandr Vondra, s’exprimant au nom du groupe nationaliste des Conservateurs et réformistes européens (CRE).
« Je pense qu’il est très risqué de faire une telle proposition avant les élections, sans connaître l’impact socio-économique réel », a-t-il averti.
Insurrection de l’extrême droite. Selon l’extrême droite, la voie à suivre doit être radicale : abolir le Pacte vert (Green Deal). La semaine dernière, les eurodéputés ont reçu un courriel de leur homologue belge Tom Vandendriessche, du parti flamand Vlaams Belang (Identité et démocratie, ID), les invitant à signer sa résolution réclamant l’« abolition » du Pacte vert.
L’objectif est de faire comprendre «au lieu d’étendre le Green Deal avec encore plus de réglementation comme proposé, [il] devrait être renégocié afin d’abolir le cadre tel qu’il existe actuellement », a déclaré Tom Vandendriessche à Euractiv France. Paul Messad nous en parle.
C’est tout bêtement une question économique. Les Socialistes et Démocrates (S&D), quant à eux, ont plaidé en faveur de la poursuite des réductions d’émissions de carbone. « C’est ce que le monde des affaires demande », a déclaré Mohammed Chahim, un eurodéputé néerlandais, qui a mis en garde contre le risque d’être à la traîne par rapport à la Chine et aux États-Unis dans la course aux technologies vertes.
Son point de vue a été repris par le groupe centriste Renew de l’eurodéputé français Pascal Canfin, qui a appelé l’UE à prendre exemple sur la loi américaine sur la réduction de l’inflation et les subventions vertes qui y sont associées, estimées à 1 200 milliards de dollars sur dix ans.
« Cela devrait nous inspirer », a déclaré M. Canfin, exhortant la nouvelle génération de responsables politiques qui sera élue en juin à « discuter sérieusement de notre capacité collective à financer la transition verte en Europe ».
Bouleversement chez les Verts. Les Verts, quant à eux, sont concurrencés à leur gauche par des partis radicaux qui se présentent aux élections européennes. En Allemagne, le mouvement climatique « Dernière génération » (Letzte Generation, en allemand) a annoncé son intention de se présenter aux élections de juin, affirmant vouloir « secouer » le système politique.
Le mouvement a attiré l’attention des médias au cours des dernières années, ses militants s’agrippant au bitume avec de la colle forte et taguant des devantures de magasins de luxe en orange. Le groupe prévoit maintenant de continuer à protester sous une forme différente.
« Nous voulons faire entendre la voix de la rue, la voix du mouvement au Parlement », a déclaré la porte-parole Carla Hinrichs. « C’est la raison pour laquelle nous voulons vraiment secouer le Parlement de l’UE cette année. » Reportage de Kjeld Neubert.
Adaptation climatique. Le débat sur le climat à l’horizon 2040 ne porte pas seulement sur l’atténuation des émissions, mais aussi sur l’adaptation aux changements inévitables induits par le réchauffement climatique. La Belgique est bien placée pour en témoigner, avec les inondations meurtrières qui ont frappé la Wallonie au cours de l’été 2021 et qui ont coûté la vie à 39 personnes.
La semaine dernière, la présidence belge du Conseil de l’UE a organisé à Liège un sommet spécial sur le sujet, qui a donné lieu à l’adoption de la « Déclaration de Liège » en faveur d’une adaptation commune au changement climatique.
Signée par 70 organisations, dont des autorités locales et des organisations environnementales, cette déclaration invite tous les décideurs européens à faire de l’adaptation « une priorité essentielle dans l’élaboration des politiques futures » en matière de changement climatique. Notre journaliste Nathan Canas nous en dit plus.
L’industrie en ligne de mire. Parallèlement, les demandes se font de plus en plus pressantes pour que la prochaine Commission européenne, qui sera constituée après les élections européennes de juin, se concentre davantage sur la politique industrielle et moins sur la formulation d’objectifs.
Équilibre des énergies (EdEn), un think tank français spécialisé en politiques industrielles, a exhorté la prochaine génération de décideurs européens à concilier les objectifs de l’industrie et de la politique climatique afin d’atteindre les objectifs de l’UE à l’horizon 2030.
Le communiqué de la Commission concernant un objectif climatique pour 2040 souligne également l’importance d’un « accord de décarbonation industrielle » pour remplacer le Pacte vert, faisant écho aux appels de la présidente Ursula von der Leyen lors de son dernier discours sur l’état de l’Union en septembre.
Le think tank attire également l’attention sur l’aspect financier de la transition, affirmant que la mise en œuvre des objectifs climatiques de l’UE est susceptible de coûter un montant considérable de 1 000 milliards d’euros par an. Paul Messad nous en dit plus.
L’argent ne pousse pas aux arbres… Toutefois, l’UE a du mal à trouver ces milliards d’euros.
La semaine dernière, les législateurs européens sont parvenus à un accord sur une version réduite de ce que Mme von der Leyen avait initialement présenté comme un fonds de souveraineté de l’UE destiné à soutenir les technologies vertes en réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA), cette dernière représentant plusieurs milliards d’euros de fonds.
Mais le résultat final a été décevant pour les observateurs, qui ont noté une absence de nouveaux fonds alloués à l’initiative, appelée plateforme « Technologies stratégiques pour l’Europe » (STEP).
« Nous nous attendions à obtenir un fonds européen pour investir stratégiquement dans les technologies propres après l’IRA, et ce que nous obtenons, essentiellement, c’est un site Internet », a déclaré Simone Tagliapietra, membre du think tank économique Bruegel basé à Bruxelles.
En l’absence de nouveaux financements, les États membres de l’UE devront financer la transition de leur propre poche, a averti M. Tagliapietra, ce qui signifie que la transition verte pourrait devenir inabordable pour de nombreux pays de l’UE qui ne disposent pas de la marge de manœuvre fiscale nécessaire — à l’exception peut-être de l’Allemagne et de la France.
« Cette question devra être remise sur la table et placée au cœur de l’agenda après les élections », a déclaré M. Tagliapietra à Euractiv. Fred Simon nous en dit plus.
… et peu d’espace fiscal supplémentaire. Les États membres de l’UE ne seront pas beaucoup aidés par les règles révisées de l’UE en matière de dépenses publiques, approuvées le week-end dernier.
Même si le pacte de stabilité et de croissance révisé permettra aux États membres de l’UE de disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour financer la transition verte et numérique, les règles révisées confirment largement les limites précédentes imposées à la dette publique et aux déficits budgétaires, qui sont respectivement plafonnées à 60 % et à 3 % du PIB.
L’Allemagne et ses alliés « frugaux » ont même réussi à renforcer les règles en imposant un effort minimum quantifiable de réduction de la dette et des déficits pour tous les pays de l’UE, malgré les réticences de la France et de l’Italie. Lisez les réactions dans cet article de Thomas Moller-Nielsen.
Les principales actualités de la semaine
Pour approfondir
- NZIA : l’UE adopte sa loi pour stimuler une industrie européenne propre – Jonathan Packroff et Paul Messad
- L’accord UE-Mercosur ne devrait pas être conclu avant les élections européennes — Paul Messad
- L’UE adopte des règles plus strictes pour protéger les enfants des substances chimiques dans les jouets — Marta Iraola
- L’Allemagne cède sur les règles de l’UE en matière de CO2 pour les camions — Jonathan Packroff et Nikolaus J. Kurmayer
- L’Allemagne courtise l’hydrogène algérien pour décarboner son industrie — Nikolaus J. Kurmayer
- L’UE retarde l’adoption de règles de transparence pour les entreprises minières, pétrolières et gazières — Frédéric Simon
- La Commission vise la construction d’un premier petit réacteur nucléaire en Europe «d’ici 2030» — Nathan Canas et Paul Messad
- Ursula von der Leyen : Vladimir Poutine a « poussé la transition verte » européenne — Paul Messad
Agenda
- Q1 2024. Propositions de la Commission européenne :
- Communication sur la résilience de l’eau
- Communication sur les matériaux avancés pour la primauté industrielle
- 19 FÉVRIER. Trilogue final (à confirmer) sur le système de certificat d’absorption du carbone
- 26-29 FÉVRIER. Séance plénière du Parlement (Strasbourg)
- 4 MARS.
- Trilogue sur le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages
- Conseil Énergie
- 11-14 MARS. Vote du Parlement en séance plénière
- Séance plénière du Parlement (Strasbourg)
- Directive sur les « allégations écologiques », protection des consommateurs contre le greenwashing
- 12 MARS 2024. Paquet sur la résilience et l’adaptation au changement climatique
- 20-21 MARS. Conseil européen
- 25 MARS. Conseil « Environnement »
- 10 AVRIL. Bilan des dialogues sur la transition écologique
- 10-11 AVRIL. Mini-séance plénière du Parlement (Bruxelles)
- 15-16 AVRIL. Conseil « Énergie » informel
- 22-25 AVRIL. Dernière session plénière du Parlement européen avant les élections européennes.
- Exigences de circularité pour la conception des véhicules et pour la gestion des véhicules hors d’usage
- 30 MAI. Conseil « Énergie »
- PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
- 6-9 JUIN. Élections européennes.
- 17 JUIN. Conseil « Environnement » (Luxembourg)
- 27-28 JUIN. Conseil européen
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