Le « J’accuse ! » de Yannick Jadot contre TotalEnergies

Indigné par l’activité des entreprises françaises sur le sol russe, Yannick Jadot (EELV) passe à l’offensive contre le géant pétrolier français, TotalEnergies, qui annonce une action en justice contre le candidat.

Euractiv France
Green party?s French presidential candidate presents program in Paris
Le candidat écologiste Yannick Jadot passe à l’offensive contre le géant pétrolier français, TotalEnergies, qu'il accuse d'être « complice de crimes de guerre » [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Indigné par l’activité des entreprises françaises sur le sol russe, Yannick Jadot (EELV) passe à l’offensive contre le géant pétrolier français, TotalEnergies, qui annonce une action en justice contre le candidat.

Dès les premiers jours de la guerre en Ukraine, début mars, le candidat écologiste à l’élection présidentielle, Yannick Jadot, accusait TotalEnergies d’être « complice de Poutine et des bombardements de la population civile ».

Quelques semaines plus tard, il a durci le ton et a reproché au géant pétrolier français d’être « complice de crimes de guerre ». Une position qu’il a maintenue lors d’une conférence de presse sur les sanctions à tenir à l’égard contre la Russie, mercredi 23 mars.

Mais la riposte du groupe ne s’est pas fait attendre longtemps : une déclaration à l’AFP annonce que le candidat écologiste sera poursuivi en justice pour « diffamation », et le PDG Patrick Pouyanné est dépêché dans les médias pour défendre l’action du groupe.

Delphine Batho, porte-parole de la campagne de l’écologiste, a assuré qu’ « aucune procédure ne fera taire les écologistes ».

Lors d’un entretien sur la radio RTL mercredi matin, le patron de l’entreprise s’est indigné de l’« insulte » que M. Jadot aurait adressée, par ces allégations, aux « 100 000 salariés de Total ».

Alors que d’autres géants pétroliers ont cessé leurs activités en Russie, Shell et ENI par exemple, TotalEnergies a communiqué sur la cessation de ses achats de produits pétroliers sur le sol russe « au plus tard à la fin de l’année 2022 ».

Les activités qui sont poursuivies, les gazières notamment, le sont « dans le strict respect de la politique de l’Union européenne » et des sanctions prononcées à l’égard du régime de Vladimir Poutine, a précisé le groupe.

Plus tard dans la journée, M. Jadot a persisté dans son propos, en considérant que TotalEnergies a « parfaitement connaissance des atrocités qui sont menées en Ukraine » et « [travaille] avec des groupes économiques proches du pouvoir de Poutine ». Et de renchérir : « Total […] porte le discrédit complet sur la France ».

Règlement de comptes politiques

Les écologistes ont saisi l’occasion pour s’en prendre également à leurs opposants politiques, et en particulier au président sortant.

Yannick Jadot se désole de la « complaisance et [du] cynisme » d’Emmanuel Macron, qui devrait, selon lui « imposer le retrait de Total de la Russie ». Il a aussi réitéré, jeudi matin sur France Info, la proposition des écologistes de prononcer purement et simplement « un embargo sur le gaz et le pétrole russes ». Ce serait, selon lui, « la seule façon d’aider les Ukrainiennes et les Ukrainiens ».

Mercredi (23 mars), en amont du sommet OTAN qui se tient jeudi à Bruxelles, l’Élysée précisait que s’ « il y a une volonté » sur la question de l’embargo, le sujet était à traiter « de manière plus lourde et à long terme » en redessinant les contours du mix énergétique français et européen.

Mais les autres candidats en prennent aussi pour leur grade, et Jean-Luc Mélenchon en particulier, qui s’est dit opposé à la cessation des activités de TotalEnergies en Russie.

C’est l’eurodéputé David Cormand qui accable notamment le candidat La France insoumise : il se désole des « errances en matière de vision géopolitique » de M. Mélenchon et de son « manque d’ambition et de cohérence sur la question écologique », a-t-il confié à EURACTIV France.

« Pourquoi, si on veut impulser une ‘règle verte’ et une ‘planification écologique’, ne pas commencer par la Russie ? », s’interroge M. Cormand, en soulignant les contradictions qui, selon lui, existent entre les propositions du candidat insoumis sur l’écologie et ses prises de position sur le conflit en Ukraine.