Le Kazakhstan appelle à une action collective pour atténuer la crise de l’eau en Asie centrale
Plus de deux milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, tandis que plus de quatre milliards sont confrontées à une grave pénurie d’eau. Pour relever les défis mondiaux en matière de sécurité hydrique, une intervention collective immédiate est nécessaire.
Plus de deux milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, tandis que plus de quatre milliards sont confrontées à une grave pénurie d’eau. Pour relever les défis mondiaux en matière de sécurité hydrique, une intervention collective immédiate est nécessaire.
Tel est le message clé du discours prononcé par le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev lors du sommet One Water qui s’est tenu à Riyad le 3 décembre dernier et qui était organisé conjointement avec la France, l’Arabie saoudite et la Banque mondiale.
Soulignant que l’eau est essentielle au développement durable, au progrès économique et à la préservation de l’environnement, le président du Kazakhstan a appelé à une action collective pour garantir l’accès universel à l’eau potable, protéger les ressources hydriques, renforcer la résilience aux catastrophes et favoriser la coopération internationale.
Kassym-Jomart Tokaïev a souligné l’importance des investissements dans des infrastructures résilientes, des systèmes d’irrigation innovants et des avancées technologiques pour lutter contre la pollution et stabiliser la disponibilité de l’eau.
Partenariats de recherche mondiaux
Le président kazakh a proposé d’établir un partenariat mondial pour la recherche afin de protéger les glaciers, qui sont essentiels à la survie de milliards de personnes dans le monde. Il a également mentionné la nécessité impérieuse de renforcer les systèmes d’alerte précoce afin d’atténuer les catastrophes liées à l’eau, qui touchent chaque année plus d’un milliard et demi de personnes.
Kassym-Jomart Tokaïev a souligné que la sécurité de l’eau était un impératif moral et un pilier central de l’Agenda 2030 pour le développement durable. Il a plaidé en faveur d’une agriculture économe en eau et des énergies renouvelables en tant que mesures stratégiques pour renforcer la résilience économique.
Le Kazakhstan accueillera une conférence régionale sur le climat en 2026 en partenariat avec les Nations unies, visant à faire progresser les initiatives mondiales en matière d’eau.
Préserver le lac Balkhach
Parmi les initiatives clés présentées lors du sommet pour relever les défis cruciaux en matière de ressources en eau figure la préservation du lac Balkhach dans le sud-est du Kazakhstan, l’un des plus grands lacs d’Asie et le quinzième plus grand au monde.
Le ministère kazakh des Ressources en eau et de l’Irrigation a signé un accord trilatéral avec l’Agence française de développement (AFD) et le Bureau français de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) afin de renforcer la coopération entre les deux pays.
L’accord prévoit une subvention de 1,35 million d’euros au ministère kazakh pour l’élaboration d’un plan de gestion durable de l’eau pour le lac, avec une étude complète du bassin du lac menée par la partie française.
Cette étude servira de base à un plan directeur à long terme pour la gestion des ressources en eau du lac jusqu’en 2040. Le projet vise à stabiliser les niveaux d’eau du lac en optimisant le fonctionnement du lac artificiel de Kapchagaï.
D’autres mesures comprendront le nettoyage des rivières, la prévention de la pollution des sols et de l’eau, le soutien de la pêche, la promotion de l’écotourisme et la mise en place de cadres juridiques pour protéger le lac.
Parallèlement, les efforts visant à faire revivre le nord de la mer d’Aral se poursuivent également, avec la préparation de la deuxième phase d’un projet visant à améliorer l’hydrologie de la région et à soutenir le développement durable dans la zone de Kyzylorda.
Résoudre la crise de l’eau en Asie centrale
La crise de l’eau le long de la mer Caspienne et dans l’ensemble de la région d’Asie centrale menace les moyens de subsistance de plus de 82 millions de personnes dans les pays du C5, un sommet diplomatique qui regroupe le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan.
Cette crise, marquée par la diminution des étendues d’eau, est due au changement climatique, à la croissance démographique, à la vétusté des infrastructures hydrauliques datant de l’ère soviétique et à une mauvaise gestion.
Jusqu’à 40 % de l’eau d’irrigation et 55 % de l’eau potable sont perdus pendant le transport en raison de la vétusté des systèmes, tandis que la hausse des températures et la fonte des glaciers mettent en péril la disponibilité future de l’eau.
Selon une publication du think tank américain Atlantic Council, l’Occident a un rôle important à jouer dans la résolution de la crise de l’eau en Asie centrale, notamment par le biais d’une stratégie de collaboration régionale et internationale visant à résoudre la crise sans nécessiter de nouveaux investissements massifs.
Le rapport met l’accent sur l’amélioration des infrastructures hydrauliques, le renforcement de l’efficacité de l’irrigation et la promotion de la coopération interétatique afin de gagner du temps pour développer des solutions durables.
Le désastre de la mer d’Aral illustre les conséquences désastreuses d’une mauvaise gestion, avec plus de 90 % de ses eaux perdues depuis les années 1960 en raison du détournement des cours d’eau à des fins d’irrigation, indique le rapport.
Restauration du barrage de Kokaral
Si le projet de barrage de Kokaral au Kazakhstan a permis une restauration partielle, l’utilisation continue de l’eau par l’Ouzbékistan pour la culture du coton entrave la poursuite du processus. De même, la mer Caspienne est menacée par la réduction des apports d’eau, les projets de dessalement et la demande industrielle.
La baisse du niveau des eaux menace les routes maritimes régionales, telles que la route internationale de transport transcaspienne, également connue sous le nom de corridor du milieu, essentielle pour le commerce entre l’Asie centrale, la Chine et l’Europe.
Le rapport suggère que les États-Unis et les pays occidentaux s’engagent à atténuer la crise tout en renforçant les liens avec la région. Les initiatives pourraient inclure des partenariats public-privé, des instruments dans les technologies d’économie d’eau et la modernisation de l’infrastructure de l’eau.
L’Atlantic Council estime que les États-Unis peuvent s’appuyer sur des plateformes telles que le cadre diplomatique C5+1 (États-Unis, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan) pour promouvoir l’implication du secteur privé en Asie centrale, afin de relever les défis tout en réduisant la dépendance de la région à l’égard de la Russie et de la Chine.
L’engagement de l’Occident dans ces efforts pourrait contribuer à stabiliser la région, à prévenir les conflits potentiels liés aux ressources en eau et à garantir un avenir plus durable, conclut le rapport.