Le lanceur d'alerte des Uber Files menace d'annuler son audition au Parlement européen

Le lanceur d’alerte des Uber Files doit s’exprimer lors d’une audition du Parlement européen aux côtés de la directrice des politiques publiques européennes d’Uber, Zuzana Púčiková, ce qui le laisserait « sans protection », selon une lettre obtenue par EURACTIV.

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« Le format suggéré par la commission obligerait M. MacGann à partager une plateforme publique avec l’organisation [Uber] qui se trouve au cœur de ses révélations », peut-on lire dans la lettre. [MikeDotta/Shutterstock]

Le lanceur d’alerte des Uber Files doit s’exprimer lors d’une audition du Parlement européen aux côtés de la directrice des politiques publiques européennes d’Uber, Zuzana Púčiková, ce qui le laisserait « sans protection », selon une lettre obtenue par EURACTIV.

La lettre est signée Jennifer Gibson, directrice juridique du Signals Network, une ONG spécialisée dans le soutien aux lanceurs d’alerte. Elle est adressée au président de la commission de l’emploi du Parlement européen, Dragos Pîslaru.

« Le format suggéré par la commission obligerait M. MacGann à partager un espace public avec l’entreprise [Uber] qui se trouve au cœur de ses révélations », peut-on lire dans la lettre.

Elle ajoute que cela « l’exposerait à un traumatisme supplémentaire et inutile et enverrait un signal troublant : le Parlement européen ne valorise ni ne protège les lanceurs d’alerte ».

L’audition, prévue pour le 25 octobre, s’inscrit dans le cadre de plus larges négociations européennes sur la directive sur les travailleurs de plateforme, qui entend fournir une clarté juridique sur la qualification salariale de ces travailleurs.

M. MacGann y participerait pour « s’assurer que les décideurs politiques disposent des informations dont ils ont besoin pour mieux comprendre le fonctionnement des plateformes, sur la base de son expérience significative du secteur », explique la lettre.

Selon des responsables du Parlement européen avec lesquels EURACTIV s’est entretenu, il a été demandé à M. MacGann de participer à un débat aux côtés de Mme Púčiková d’Uber, de Brahim Ben Ali, ancien chauffeur pour Uber, et du professeur adjoint Andreea Nastase.

Tous les intervenants disposeraient de sept minutes de temps de parole, un grand changement par rapport au programme initial, qui laissait à Mark MacGann le discours principal.

« Le panel tel qu’il se présente est complètement contraire à l’éthique », a déclaré à EURACTIV l’eurodéputée verte Kim van Sparrentak, qui a entamé des conversations avec M. MacGann.

« Nos collègues de Renew Europe ont insisté pour avoir un “débat équilibré” parce qu’ils étaient inquiets à l’idée d’inviter M. MacGann », a-t-elle ajouté, fustigeant le nouvel ordre du jour comme étant inacceptable.

« Nous faisons tout ce que nous pouvons pour répondre aux demandes de Mark MacGann, et respectons pleinement les droits des lanceurs d’alerte », a déclaré à EURACTIV Bodgan Deleanu, le chef de cabinet de M. Pîslaru.

« Aucune décision n’a encore été prise, et il appartient aux coordinateurs de la commission de l’emploi de convenir d’une marche à suivre, conformément aux procédures parlementaires. »

Une source proche des discussions a ajouté que cela faisait partie d’un jeu politique de la part d’eurodéputés de gauche pour faire pression sur les négociations de la directive sur les travailleurs des plateformes, alors que le programme du panel « n’est pas encore finalisé ».

Cependant, « lorsque j’ai soulevé ces questions auprès du secrétariat de l’EMPL [commission de l’emploi], on m’a informé qu’il n’y avait rien à faire », a ajouté M. Gibson. Si un autre format de panel n’est pas trouvé, « M. MacGann n’aura pas d’autre choix que de revenir sur sa décision de comparaître devant votre comité ».

Uber a annoncé dans une déclaration publique que la société « se réjouit de l’occasion qui lui est donnée de participer à la discussion », soulignant que « nous demandons au public de nous juger sur ce que nous ferons dans les années à venir ».

Une réunion des coordinateurs du Parlement européen doit se tenir lundi prochain (17 octobre) pour finaliser le programme de l’audition.

Le scandale des « Uber Files », au cœur duquel se trouve Mark MacGann, a révélé en juillet 2022 que le président français Emmanuel Macron avait activement soutenu l’implantation de la société américaine de transport par covoiturage Uber en France lorsqu’il était ministre de l’Économie entre 2014 et 2016 — en allant à l’encontre de décisions prises par son propre gouvernement.