Le lobby français du vin juge "périlleux" l’étiquetage des bouteilles en Irlande
L’Irlande a reçu en janvier dernier le feu vert de la Commission européenne pour doter ses bouteilles d’alcool d’une étiquette sanitaire. Une décision vivement critiquée par les exportateurs de vins français qui craignent pour le marché unique.
L’Irlande a reçu en janvier dernier le feu vert de la Commission européenne pour doter ses bouteilles d’alcool d’une étiquette sanitaire. Une décision vivement critiquée par les exportateurs de vins français qui disent craindre pour le marché unique.
D’ici au 22 mai 2026, les vins et spiritueux vendus en Irlande auront l’obligation d’afficher des messages de prévention, à l’image de ceux inscrits sur les paquets de cigarettes. Parmi les messages de prévention « consommer de l’alcool provoque des maladies du foie » et « il y a un lien direct entre l’alcool et les cancers mortels ».
Les valeurs nutritionnelles du vin, comme le nombre de calories ou le volume d’alcool, devront également être visibles pour le consommateur. « Je me réjouis que d’autres pays suivent notre exemple », a déclaré le ministre irlandais de la Santé, Stephen Donnelly, à la suite de la décision de la Commission.
L’Irlande est l’un des plus gros consommateurs d’alcool en Europe. Chaque année, 1 000 nouveaux cas de cancers liés à l’alcool se déclarent, selon les chiffres d’Action Alcohol Ireland.
Ce n’est pas tout. Un bébé sur dix naît avec des troubles liés à l’alcoolisation fœtale durant la grossesse. « La plupart du temps c’est parce que les gens ne sont pas sensibilisés. Donc c’est le droit de base des consommateurs », selon Sheila Gilheany, d’Action Alcohol Ireland.
Mais la future loi irlandaise ne fait pas l’unanimité, surtout auprès des exportateurs de vins français et européens.
« Ce dispositif est en rupture brutale avec le cadre du marché unique », estime Nicolas Ozanam, délégué général de la Fédération des Exportateurs de Vins & Spiritueux de France (FEVS).
Les règles sur l’étiquetage des produits alimentaires sont généralement approuvées au niveau européen, et non national, car elles risqueraient de fragmenter le marché unique en créant différentes exigences de commercialisation.
« La décision de la Commission européenne est un coup de canif. Cela crée un précédent extrêmement périlleux », analyse M. Ozanam, lors d’un entretien avec Euractiv France.
Même son de cloche pour l’eurodéputée française Irène Tolleret (Renew), co-présidente de l’Intergroupe « Vins, spiritueux et produits alimentaires » au Parlement européen.
« Je déplore la décision de la Commission d’autoriser l’Irlande de mettre les étiquettes « l’alcool tue » sur le vin comme pour le tabac. Une décision qui entrave le marché unique et pénalise les viticulteurs», a-t-elle déclaré dans un message posté sur son compte Twitter.
Coalition entre la France, l’Italie et l’Espagne
Sans surprise, la France peut largement compter sur le soutien de l’Italie et de l’Espagne dans la bataille contre l’Irlande.
Les trois pays, qui produisent à eux seuls 47 % de l’ensemble des bouteilles de vin vendues dans le monde, collaborent à l’élaboration d’un document commun pour s’opposer à la législation irlandaise.
« Nous considérons que l’action de l’Irlande est incorrecte, car c’est une chose d’informer et d’inviter à la modération, ce que nous estimons juste ; c’en est une autre de dire qu’un produit, quelle qu’en soit la quantité consommée, est mauvais pour la santé », a déclaré le ministre italien de l’Agriculture.
Le texte représente un « risque de compromettre l’harmonisation cohérente de la législation de l’Union européenne. Les États membres ne devraient pas adopter de législation sur des questions déjà harmonisées par la législation communautaire », selon la Conferencia Española de Consejos Reguladores Vitivinícolas (CECRV).
De son côté, la Commission européenne estime que la future réglementation sanitaire ne portera pas atteinte au marché intérieur, contrairement au Comité européen des entreprises du vin.
« Les dispositions incluses dans la réglementation irlandaise en matière d’étiquetage sont incompatibles avec le droit communautaire en vigueur et constituent une entrave injustifiée et disproportionnée aux échanges dans le cadre de la législation communautaire », a déclaré Mauricio González-Gordon, le président du Comité européen des entreprises vins.
Alors que la future loi irlandaise devrait s’appliquer d’ici trois ans, le délégué général de la FEVS espère voir le cadre législatif reconsidéré d’ici 2026, soit par l’Irlande, soit par la Commission européenne.