Le manque de batteries fabriquées dans l’UE pourrait retarder l’interdiction des véhicules à carburants fossiles

Selon un nouveau rapport de la Cour des comptes européenne, l’UE risque de dépendre à long terme de pays tiers pour son approvisionnement en batteries, ce qui ralentirait le passage aux véhicules à émission nulle.

Euractiv.com
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Malgré les efforts déployés pour stimuler l’industrie naissante des batteries, l’UE reste loin derrière ses concurrents internationaux, comme les États-Unis et la Chine, qui possèdent une longueur d’avance dans la course aux batteries. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/electric-car-lithium-battery-pack-wiring-2288932075" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/asharkyu</a>]

Selon un nouveau rapport de la Cour des comptes européenne, l’Union européenne risque de dépendre à long terme de pays tiers pour son approvisionnement en batteries, ce qui ralentirait le passage aux véhicules à émission nulle et réduirait à néant son ambition de devenir une puissance mondiale dans le domaine des batteries.

Malgré les efforts déployés pour stimuler l’industrie naissante des batteries, l’UE reste loin derrière ses concurrents internationaux, comme les États-Unis et la Chine, qui possèdent une longueur d’avance dans la course aux batteries. La Chine assure aujourd’hui 76 % de la capacité de production mondiale de batteries.

L’UE est confrontée à un certain nombre d’obstacles qui l’empêchent de faire décoller son industrie des batteries, notamment le manque d’accès à des matières premières critiques, l’augmentation des coûts de l’énergie et une concurrence mondiale féroce, peut-on lire dans le rapport publié lundi (19 juin).

Les auditeurs de la Cour ont décidé de se pencher sur les ambitions de l’Europe en matière de batteries à la suite de l’adoption d’une législation interdisant la vente de nouvelles voitures à essence et diesel dans l’ensemble de l’Union à partir de 2035. Cette décision poussera les constructeurs automobiles à se tourner principalement vers la production de modèles électriques.

Cependant, le manque de batteries fabriquées en Europe observé actuellement empêcherait l’industrie automobile du continent de trouver des batteries produites sur le marché intérieur pour répondre à la demande croissante de véhicules électriques, affirment les auditeurs.

« Si vous misez autant sur les voitures électriques et que vous savez que vous manquez de matières premières dans le sol, vous finirez soit par ne pas atteindre l’objectif de 2035, soit par dépendre de pays tiers », a expliqué aux journalistes Annemie Turtelboom, la membre de la Cour des comptes européenne chargée de diriger l’audit.

Cette situation pourrait à son tour faire grimper les prix des véhicules électriques fabriqués en Europe, car les constructeurs automobiles sont soumis aux prix pratiqués par les pays tiers, selon Mme Turtelbloom.

« Nous avons averti [dans le rapport] que les voitures électriques pourraient devenir inabordables pour les citoyens européens, étant donné que vous ne maîtrisez pas complètement la tarification », a-t-elle déclaré.

Les auditeurs ont particulièrement critiqué les plans de l’UE visant à éliminer progressivement les moteurs à combustion, qui n’ont pas débouché sur des objectifs d’augmentation de la production de batteries en Europe.

Le rapport cherche à savoir pourquoi la stratégie de l’UE ne quantifie pas la capacité de son industrie des batteries à répondre à la demande accrue résultant de l’obligation de produire des véhicules à émission nulle.

On s’attend à ce que 30 millions de véhicules électriques circulent sur les routes européennes d’ici 2030 et que ce nombre augmente rapidement après la date butoir de 2035 d’interdiction de production de nouvelles voitures à combustible fossile.

Les obstacles

Malgré les progrès considérables réalisés dans l’augmentation de la production de batteries dans l’UE, en grande partie grâce aux subventions publiques, les auditeurs ont recensé des facteurs susceptibles de compromettre ces progrès, notamment le départ de l’UE des fabricants de batteries au profit de régions où les mesures d’incitation économique sont plus attractives.

Les États-Unis, par exemple, subventionnent directement la production de batteries, ce qui en fait une destination attrayante pour les fabricants.

L’Europe est également en retard sur ses concurrents en ce qui concerne l’accès aux matières premières nécessaires à la production de batteries, telles que le cobalt, le nickel et le lithium. L’approvisionnement en matières premières provenant de l’UE est limité, et cette dernière est donc tributaire d’importations.

Selon le rapport, 87 % des importations de lithium brut proviennent d’Australie, 80 % du manganèse d’Afrique du Sud et du Gabon, 68 % du cobalt brut de la République démocratique du Congo et 40 % du graphite naturel brut de Chine.

Les auditeurs ont critiqué les longs « délais de mise en route des projets miniers » européens, notant qu’il faut entre 12 et 16 ans entre la découverte des réserves minières et la production.

La hausse des prix de l’énergie et l’explosion des coûts des matières premières risquent également de nuire à la compétitivité de l’UE, avertit le rapport. Au cours des deux dernières années, le prix du lithium a augmenté de 870 % et celui du nickel de plus de 70 %.

Règlementation des batteries

Pour remédier en partie au manque de matières premières critiques en Europe, l’UE a fixé des objectifs de recyclage stricts pour les batteries, dans le but de maintenir les matières premières importées dans le circuit de la chaîne d’approvisionnement européenne.

Le règlement de l’UE relatif aux batteries, officiellement adopté le 14 juin par le Parlement européen, vise à faire des batteries européennes les plus durables au monde.

En vertu de ce règlement, les nouvelles batteries doivent contenir un pourcentage déterminé de matériaux recyclés : 16 % de cobalt, 85 % de plomb, 6 % de lithium et 6 % de nickel. Le taux de collecte des batteries de véhicules électriques est par ailleurs fixé à 100 %.

Les décideurs politiques espèrent que les nouvelles règles réduiront le besoin d’importer des matières premières vierges.

Interrogé par EURACTIV sur la capacité de cette stratégie de recyclage à diminuer la dépendance à l’égard des pays tiers, Mme Turtelboom a déclaré qu’elle ne deviendrait effective que « peut-être d’ici 20 ou 30 ans », bien après la date limite de 2035 fixée pour le passage aux véhicules à émission nulle.

« Ce n’est pas encore une solution miracle. Elle pourrait le devenir. Mais avant de commencer à recycler, il faut disposer de suffisamment de matériaux à recycler », a-t-elle déclaré.

« Si l’on considère le nombre total de voitures électriques dans les rues, il est encore très limité, ce qui signifie que le recyclage n’est pas encore une solution », selon elle.

Si l’Union européenne ne parvient pas à augmenter sa capacité de production intérieure de batteries pour répondre à ses besoins, elle répétera les erreurs désastreuses du passé, a averti Mme Turtelboom.

« L’UE ne doit pas se retrouver dans la même situation de dépendance vis-à-vis des batteries qu’à l’égard du gaz naturel, car c’est sa souveraineté économique qui est en jeu », a-t-elle conclu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]