Le « miracle Tsípras » ne se reproduira pas : la gauche grecque au bord de l'effondrement

Le principal parti d’opposition de gauche, Syriza, est au bord de l’effondrement alors que les élections internes pour remplacer l’ancien Premier ministre Aléxis Tsípras à la tête du parti se sont transformées en une guerre civile toxique sans précédent.

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Main opposition SYRIZA-Progressive Alliance party leader Alexis Tsipras resigns
L'ancien Premier ministre et dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, a démissionné en juillet dernier à la suite d'une lourde défaite face au parti Nouvelle Démocratie. [EPA-EFE/ORESTIS PANAGIOTOU]

Le principal parti d’opposition de gauche, Syriza, est au bord de l’effondrement alors que les élections internes pour remplacer l’ancien Premier ministre Aléxis Tsípras à la tête du parti se sont transformées en une guerre civile toxique sans précédent.

La Gauche européenne n’exclut pas un scénario de scission du parti, tandis que l’eurodéputé Stelios Kouloglou a déclaré à Euractiv que le « miracle Tsípras s’est produit une fois », ce qui signifie que le succès de M. Tsípras, qui a mené un petit parti de gauche au pouvoir, ne se reproduira pas facilement.

Le 24 septembre, le second tour des élections de Syriza aura lieu au milieu de ce que les médias grecs décrivent comme une escalade de la guerre civile entre les deux candidats : Stefanos Kasselakis et Effie Achtsióglou.

Au premier tour, M. Kasselakis est arrivé en tête avec 45 % des voix, suivi par Mme Achtsióglou, qui a obtenu 36,2 % des voix.

Un choc entre deux mondes différents

Peu après le premier tour de dimanche dernier (17 septembre), les couteaux sont sortis dans le parti avec des attaques verbales peu heureuses.

Les attaques ont pris une telle ampleur que les secrétaires généraux Rania Svigou et George Vasiliadis sont intervenus pour appeler les candidats à revenir à un débat civilisé, loin des « fake news » et des insultes, tout en leur rappelant que « l’ennemi » demeurait le parti conservateur au pouvoir, Nouvelle Démocratie (PPE).

L’ancien Premier ministre et dirigeant de Syriza, Alexis Tsípras, a démissionné en juillet dernier à la suite d’une lourde défaite face au parti Nouvelle Démocratie.

Depuis lors, Syriza s’efforce de se remettre sur pied et d’élire un nouveau président dans un contexte de tensions croissantes sur l’orientation idéologique du parti, qui s’aligne sur le parti européen La Gauche – auquel participent les Français de La France insoumise.

De nombreux analystes estiment que Stefanos Kasselakis, un homme d’affaires de 35 ans ayant fait ses études aux États-Unis et vivant à Miami, le dernier arrivé dans la course à la direction de Syriza, représente l’élément « nouveau » dont Syriza a besoin pour se réinventer.

Au premier tour, on estime qu’il a attiré des milliers de nouveaux membres n’appartenant pas nécessairement à la gauche traditionnelle.

Pourtant, son profil libéral n’est pas passé inaperçu auprès du gouvernement, étant donné que seul le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis s’est emparé de l’espace « libéral » de l’échiquier politique grec.

Au second tour, M. Kasselakis bénéficie également du soutien de Nikos Pappas, une figure éminente de Syriza.

Pour sa part, l’ancienne ministre Effie Achtsióglou appartient à la gauche traditionnelle et ne cesse de rappeler à l’électorat sa riche expérience politique par rapport à celle de son concurrent, qui n’en a pratiquement pas.

M. Kasselakis s’est simplement porté volontaire dans l’équipe de Joe Biden, alors sénateur, pour l’élection présidentielle de 2008.

Mme Achtsióglou bénéficie du soutien de l’aile de gauche radicale du parti et des médias traditionnels de gauche. Elle a déclaré qu’elle souhaitait devenir la première femme Première ministre du pays.

Une scission est possible

Plusieurs médias grecs ont rapporté que le débat préélectoral a été tellement toxique que l’unité du parti est gravement menacée après le second tour.

En début de semaine, un cadre du parti de La Gauche européenne, qui a souhaité rester anonyme, a appelé à l’unité après les élections.

« Nous avons besoin d’une Syriza unie pour faire tomber Mitsotakis », a déclaré le responsable à Euractiv.

Sira Rego, vice-présidente (La Gauche) au Parlement européen, considère quant à elle qu’une scission de Syriza est possible.

« Je ne sais pas ce qui se passera dans le processus pour le moment. Il y a un processus interne qui, nous l’espérons, sera mené avec succès et qui permettra à un Syriza renforcé d’émerger », a-t-elle déclaré.

Mme Rego a souligné qu’elle ne voulait pas faire de « fictions politiques futures », mais a expliqué qu’il y a déjà des pays, comme l’Espagne et le Portugal, qui ont pas un mais plusieurs partis de gauche représentés au sein du groupe de la Gauche de l’UE.

« En d’autres termes, c’est possible » qu’il y ait une scission, a-t-elle fait remarquer.

Elle n’a pas voulu commenter les démarches internes de Syriza, mais en se référant à son parti Izquierda Unida, qui est actuellement en négociation pour former un gouvernement progressiste en Espagne, elle a souligné que les programmes politiques importent davantage que les personnes.

« Nous plaçons toujours le projet politique avant les personnes qui le représenteront. Par conséquent, le renouvellement a plus à voir avec un renouvellement programmatique, avec un renouvellement du projet stratégique […] Elle a dit qu’il ne fallait pas tant regarder le passé pour apprendre, mais se projeter vers l’avenir. »

« Le miracle Tsípras ne s’est produit une fois »

Contacté par Euractiv, l’eurodéputé de Syriza, Stelios Kouloglou, a déclaré que la crise actuelle de Syriza exposait les vrais problèmes du parti, comme le fait de ne pas avoir de base dans les politiques locales ou les syndicats.

« Un parti qui s’est appuyé sur M. Tsípras qui a créé la culture du miracle […] mais les miracles n’arrivent qu’une fois », a déclaré M. Kouloglou.

M. Kouloglou a décrit M. Kasselakis comme un « parachutiste en territoire ennemi » qui ne connaît pas la gauche, et la gauche ne sait pas quelles sont ses opinions politiques.

Toutefois, M. Kasselakis « a été le seul à dire aux électeurs qu’il allait faire tomber Mitsotakis », a déclaré M. Kouloglou, ajoutant qu’un tel message était nécessaire pour les électeurs de gauche.

« Trois mois après les élections nationales, M. Mitsotakis traverse une crise politique sans précédent au sein du gouvernement […] Deux ministres ont déjà démissionné, la moitié de la Grèce a brûlé et des vies humaines ont été perdues dans les inondations », a noté M. Kouloglou.

En ce qui concerne Mme Achtsióglou, il a déclaré qu’elle écoutait certaines personnes de son équipe qui, comme elles l’ont fait avec Aléxis Tsípras, la conduisent à commettre des erreurs.

« Ils pensent qu’ils savent tout, mais en pratique, ils la conduisent à un désastre », a-t-il déclaré, ajoutant que certains membres de son équipe « ont considérablement sous-estimé M. Kasselakis ».

Alors que M. Kasselakis fait campagne dans tous les coins de la Grèce, Mme Achtsióglou s’est limitée à des critiques sur les réseaux sociaux.

« De plus, avant les élections, Mme Achtsióglou n’a pas encouragé la tenue d’un débat, mais l’a demandé lorsqu’elle a perdu le premier tour. Elle a perdu sa chance de s’imposer face à M. Kasselakis au niveau politique et de révéler que son adversaire n’avait pas de positions politiques. Aujourd’hui, M. Kasselakis n’a plus aucune raison de participer à un débat », a-t-il déclaré.

M. Kouloglou a également souligné que Mme Achtsióglou avait commis une erreur dans sa déclaration après le premier tour en se retournant essentiellement contre les électeurs de M. Kasselakis.

« C’était une grosse erreur, qui montre qu’une partie de son équipe est déconnectée des principes de base de la politique », a-t-il noté.

Une crise générale du parti La Gauche ?

Syriza est considéré comme une force politique de premier plan dans le camp du parti La Gauche. Cependant, après le départ de Aléxis Tsípras, il s’agira peut-être d’une « tour de papier », a déclaré M. Kouloglou.

La fragmentation et la crise des partis de gauche européens se reflètent également dans la politique française.

Le parti de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise (LFI/la gauche), pousse pour que la gauche se présente aux européennes avec une liste unitaire, comme elle l’a fait aux élections législatives de 2022 avec la NUPES, coalition qui réunit les quatre principaux partis de gauche.

Cependant, ses partenaires de la NUPES ont opposé une fin de non-recevoir. D’une part, ils expliquent que les différences entre eux sur les sujets européens sont trop importantes : défense européenne, soutien à l’Ukraine, fédéralisme ou dénonciation des traités, relation au libéralisme économique, attachement à l’alliance atlantique, etc.

D’autre part, les projections actuelles montrent que la gauche séparée en quatre listes indépendantes (Verts, socialistes, gauche radicale, communistes) obtiendrait plus de voix et d’eurodéputés qu’en cas de liste unitaire. Enfin, la figure de Jean-Luc Mélenchon devient de plus en plus clivante au sein de la NUPES comme au sein de LFI.

À l’heure actuelle, il est peu probable qu’une liste unique voie vraiment le jour avant les européennes de juin 2024, bien que plusieurs cadres de la NUPES, notamment socialistes, commencent à laisser entendre qu’il faudrait y réfléchir.

Cependant, les récentes tensions entre le parti de Jean-Luc Mélenchon et les communistes risquent d’achever tout espoir d’unité. Dernier épisode en date, la députée LFI Sophia Chikirou, amie proche de M. Mélenchon, a comparé mercredi (20 septembre) le leader communiste Fabien Roussel à Jacques Doriot, dirigeant communiste devenu l’un des principaux collaborationnistes du régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ces propos sont « un appel à la haine » selon M. Roussel.