Le nouveau gouvernement serbe plongé dans des difficultés économiques
Le gouvernement serbe élu il y a trois semaines est déjà empêtré dans les difficultés économiques du pays. Son initiative visant à limiter l’indépendance de la Banque Nationale soulève l’inquiétude de la communauté internationale. Un reportage d’EURACTIV Serbie.
Le gouvernement serbe élu il y a trois semaines est déjà empêtré dans les difficultés économiques du pays. Son initiative visant à limiter l’indépendance de la Banque Nationale soulève l’inquiétude de la communauté internationale. Un reportage d’EURACTIV Serbie.
La Serbie était déjà plongée dans la récession lorsque le gouvernement mené par le socialiste Ivica Da?i? est entré en fonction le 27 juillet (voir « Contexte »). Le PIB du pays a chuté de 1,3 % au premier trimestre de l'année et de 0,6 % au second, une baisse globale de 1 % étant prévue pour l'année 2012.
La dette publique représente actuellement 55 % du PIB, bien qu'elle ne soit pas autorisée à dépasser les 45 % selon la loi. Le déficit budgétaire du pays dépasse quant à lui les 7 %. Le taux de chômage du pays s'élève aujourd'hui à 25,5 % et continue de grimper. Par ailleurs, le taux de prêts non productifs a dépassé les 20 %.
Ces mauvaises nouvelles ont été renforcées le 7 août, lorsque Standard & Poor's a abaissé d'un cran la note de la Serbie à BB- avec des perspectives négatives, ce qui enfonce un peu plus le pays dans la catégorie spéculative.
Le gouvernement vise la Banque nationale
Le rapport de l'agence de notation a également soulevé des inquiétudes quant à l'initiative du gouvernement de modifier la loi régissant la Banque nationale. Les détracteurs de cette initiative estiment que ces modifications pourraient mener à la politisation de la politique monétaire du pays et menacer les taux de change des devises étrangères et les réserves de change.
Ces amendements accordent un rôle plus important au parlement en matière de nomination des vices gouverneurs de la Banque centrale et d'approbation des statuts de la Banque.
Cette annonce a entraîné la démission du gouverneur de la banque, Dejan Šoški?, ainsi que d'autres hauts représentants.
Le successeur de M. Šoški?, Jorgovanka Tabakovi?, est membre du Parti progressiste serbe au pouvoir. Mme Tabakovi? a annoncé qu'elle suspendrait ses fonctions au parti afin de respecter la règle établissant que le gouverneur ne peut être un responsable politique.
Cette situation a suscité des réactions au sein de l’Union européenne et des organisations internationales.
Freek Janmaat, le dirigeant de la section Intégration européenne de la délégation de l'UE auprès de la Serbie, a déclaré à EURACTIV Serbie que la rapidité à laquelle ces amendements ont été déposés remettait en cause leur transparence et leur validité, dans la mesure où le temps consacré au débat public était insuffisant.
« La Commission est très inquiète quant à la proposition du nouveau gouvernement de modifier la loi régissant la Banque nationale de Serbie en abrogeant certaines dispositions relatives à l'indépendance du gouverneur et des organes de direction de la Banque nationale de Serbie », a déclaré M. Janmaat.
Le directeur du département Europe du FMI, Reza Moghadam, a quant à lui prévenu que ces modifications entraîneraient de l'insécurité, terniraient la crédibilité de la Serbie et soulèveraient des doutes quant à la capacité du pays à mener à bien sa politique macroéconomique.
Réformes
Les analystes de S&P ont également remis en cause la gestion des finances publiques et des accords financiers passés avec le FMI, gelés en février dernier à cause du refus du gouvernement précédent de limiter ses dépenses en amont des élections.
« Cette dégradation reflète notre opinion : le nouveau gouvernement serbe n'a pas réussi à adopter rapidement des politiques encourageant la confiance dans son régime monétaire et restaurant la stabilité budgétaire de la période préélectorale », a expliqué S&P dans un communiqué.
« En outre, nous sommes de plus en plus inquiets quant au fait que ce nouveau gouvernement ne soit pas prêt, au vu de la récession et du taux de chômage très élevé qui frappent le pays, à donner priorité à des finances publiques durables et une croissance économique équilibrée », ont ajouté les analystes de l'agence.
Les politiques du nouveau gouvernement pourraient repousser les négociations avec le FMI, qui souhaite fournir des conseils au pays en matière de finance et d'économie et lui apporter une aide financière, selon ce rapport.
Vers plus d'austérité
Au vu du remaniement des finances publiques, le conseil budgétaire national a recommandé des mesures visant à économiser 1 milliard d'euros en 2012 et 2013, ainsi que des économies supplémentaires en 2014 et 2015 afin d'éviter une crise de la dette.
Le conseil a notamment proposé de geler les salaires et les retraites et de faire passer la TVA de 18 à 22 %. Les experts de la Banque mondiale ont approuvé ces propositions et souligné que ces mesures devraient être mises en oeuvre dès que possible.
Le ministre serbe de l'économie et des finances, Mladjan Dinki?, a annoncé le 8 août des mesures d'austérité qui verraient la TVA passée à 20 % au maximum, avec un taux qui resterait à 8 % dans le secteur alimentaire.
M. Dinki? a exclu l'éventualité de geler les salaires et les retraites du secteur public avant les élections. Ce mois-ci, il a également annoncé que les retraités touchant moins de 15 000 dinars serbes (127 euros) par mois recevront en septembre une première tranche de paiements supplémentaires.
Le ministre a également refusé toute réduction dans le secteur public en ces temps de crise économique. M. Dinki? n'a toutefois pas exclu la possibilité de limiter les salaires des dirigeants du secteur public.