Le paquet énergie-climat 2030 déçoit les écologistes
La Commission européenne vient de présenter ses objectifs climat pour 2030: réduire de 40 % ses émissions de dioxyde de carbone et porter à 27 % la part d'énergie provenant des renouvelables.
La Commission européenne vient de présenter ses objectifs climat pour 2030: réduire de 40 % ses émissions de dioxyde de carbone et porter à 27 % la part d'énergie provenant des renouvelables.
L'exécutif européen a exercé l'art du compromis sur son nouveau parquet énergie-climat à l'horizon 2030 dévoilé le 22 janvier. La Commission propose un objectif ambitieux 27 % d'énergie renouvelable au sein de l'UE. Mais si ce dernier est contraignant à l'échelle européenne, il sera seulement volontaire au sein des États membres.
Le 22 janvier, la commissaire en charge de l'action pour le climat, Connie Hedegaard, a déclaré lors d'une conférence de presse à Bruxelles qu'une réduction de 40 % des émissions de CO2 à l'horizon 2030 ne pourrait être atteinte que grâce à de « réelles » réductions d'émissions. Contrairement à l'objectif de réduction de 20 % pour 2020.
Le président de la Commission, José Manuel Barroso estime que le passage de 20 % en 2020 à 40 % en 2030 est un objectif « très ambitieux ». « Espérons que les États membres l'accepteront », a-t-il déclaré lors de la même conférence de presse.
Les groupes industriels ont salué cette mesure pour sa simplicité, mais les défenseurs de l'environnement la considèrent comme une trahison par rapport aux ambitions européennes sur le climat.
Les écologistes estiment quant à eux que ces ambitions mettent de côté les avancées à portée de main dans le domaine de l'efficacité énergétique.
Le président de l'exécutif européen estime que cette tâche herculéenne permettrait de ne pas réchauffer la planète de deux degrés au cours de ce siècle.
Points de vue scientifiques
Les scientifiques ont différentes analyses quant aux chances de réussite de cette stratégie.
Kevin Anderson, le vice-directeur de Centre pour la recherche sur le changement climatique Tyndall, explique que l'objectif de 40 % à l'horizon 2030 ne sera pas suffisant pour éviter un réchauffement de la planète de deux degrés. Il déplore le manque d’ambition étant donné que l’Union se vante de montrer l’exemple à la communauté internationale en matière de règles environnementales.
Selon Kevin Trenberth, auteur du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat, l'UE manque d'ambition.
Connie Hedegaard a laissé penser que l'UE pourrait proposer à la communauté internationale de réduire les émissions de CO2 sous la forme de crédits carbone lors de la conférence de l'ONU sur le climat à Paris l'année prochaine.
Elle a également déclaré que la directive sur la qualité des carburants arriverait à terme en 2020. Cette décision pourrait stimuler l'industrie des sables bitumineux et serait de mauvais augure pour les biocarburants.
Comme EURACTIV l'a mentionné précédemment, même si l'exploration et l'exploitation de gaz feront l'objet de recommandations, aucune directive en la matière ne verra le jour avant juillet 2015.
Efficacité énergétique
Selon une communication de l'UE, une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % nécessitera « une hausse des économies d'énergie d'environ 25 % en 2030 ».
La Commission ne prévoit cependant aucun objectif contraignant avant l'examen des avancées par rapport à la directive sur l'efficacité énergétique. Une feuille de route stratégique publiée le même jour confirme assez ironiquement que les États membres sont seulement en passe d'atteindre 17 % d'ici 2020 et non 20 % comme prévu dans l'objectif volontaire.
Délocalisation des entreprises spécialisées dans les énergies propres
Tony Hobson, le PDG de Knauf Insulation avait annoncé qu'il avait décidé de fermer l'une de ses entreprises en Europe, car l'Union européenne a réduit ses engagements en matière d’efficacité énergétique.
La Commission a proposé des mesures qui augmenteront les coûts tout en ignorant l'efficacité énergétique, alors qu’il s’agit de « la seule manière neutre de stimuler la compétitivité grâce à la réduction des coûts de l'énergie », déplore le PDG.
José Manuel Barroso, a par exemple déclaré que ce document prévoyait des dispenses pour les entreprises vulnérables à la fuite de carbone, c’est-à-dire la délocalisation des entreprises vers des régions où les règles environnementales sont moins contraignantes.
« J'ai plaidé en faveur d'un objectif moins ambitieux de 35 % [de réduction des gaz à effet de serre], mais je suis un démocrate », a précisé Günther Oettinger.
Connie Hedegaard, la commissaire en charge de l'action pour le climat, a affirmé de son côté qu'il était impossible d'obtenir un accord sur ce paquet énergie-climat sans avoir introduit des concessions.
Ce train de mesures devra être discuté par le Parlement et les États membres. Une décision définitive sur les objectifs à l'horizon 2030 ne devrait pas tomber avant le mois de juin.