Le Parlement divisé au sujet des expulsions de Roms
La polarisation des débats politiques qui ont fait suite aux expulsions de Roms en France a produit deux résolutions séparées au sein du Parlement européen, qui seront soumises à un vote aujourd’hui (9 septembre). L’une des deux condamne Paris, mais n’entraînera aucune sanction.
La polarisation des débats politiques qui ont fait suite aux expulsions de Roms en France a produit deux résolutions séparées au sein du Parlement européen, qui seront soumises à un vote aujourd’hui (9 septembre). L’une des deux condamne Paris, mais n’entraînera aucune sanction.
Un projet de résolution, sponsorisé par le Groupe des Socialistes et Démocrates de centre-gauche, le GUE/NGL de gauche, les Verts et le groupe libéral ADLE, exprime une inquiétude profonde face aux mesures prises par les autorités françaises qui organisent les expulsions de Roms n’ayant pas de statut légal.
La résolution, nommée « Sur l’expulsion des Roms en France », exhorte Paris à suspendre immédiatement les expulsions de Roms, tout en pressant la Commission européenne et les autres Etats membres à intervenir. La résolution fait également référence à d’autres pays, comme l’Italie, au sein desquels les Roms sont confrontés à des difficultés.
Cependant, une résolution rivale, présentée par le Groupe du Parti populaire européen de centre-droit et par des membres du Groupe Conservateurs et réformistes européens souligne que les Roms sont soumis à un ensemble de droits et d’obligations.
Intitulée plus diplomatiquement « Sur la situation du peuple Rom en Europe et la violation de la loi sur la liberté de circulation », le projet de résolution présente les conditions nécessaires à un citoyen européen pour rester dans un autre pays de l’UE plus de trois mois.
Les deux résolutions font appel à ce que les gouvernements nationaux et les institutions européennes fassent des efforts plus vigoureux pour intégrer les Roms.
L’eurodéputée Marielle de Sarnez (ALDE, France) a confié à EurAcriv dans un entretien exclusif qu’il existe une possibilité que les deux résolutions soient fusionnées, bien qu’elle considère que le Parti populaire européen n’y est pas disposé.
En l’absence d’un tel accord, les deux résolutions seront en compétition, divisant le Parlement en deux et laissant le dénouement difficile à prédire.
Mme De Sarnez a déclaré que la Commission européenne avait changé sa position initiale vis-à-vis de la France (EURACTIV 26/08/10) suite à une rencontre entre le président français Nicolas Sarkozy et le président de la Commission José Manuel Barroso qui a eu lieu le 5 septembre à l’Elysée.
Le jour suivant, la Commission a cherché à gagner du temps en disant que plus d’informations seraient nécessaires pour pouvoir prendre une décision (EURACTIV 07/09/10).
Le message issu de cette rencontre semble être « ne faisons pas de vagues », a dit Mme De Sarnez.
Interrogé par EURACTIV pour savoir si la lutte sans merci entre les deux résolutions n’était pas trop risquée, le leader du groupe PPE Jospeh Daul a dit en souriant qu’on pouvait se permettre de perdre une résolution de temps en temps.
Répondant à une question d’EURACTIV sur l’issue possible du vote, l’eurodéputée Marie-Christine Vergiat (France, GUE/NGL) a dit que les quatre groupes avaient une petite majorité, bien qu’elle ait admis que le vote serait en effet très serré.
Mme Vergiat affirme que la France compte quelques 15 à 30 000 Roms, comparé à 850 000 en Espagne et 650 000 en Italie, selon les ONG. Sur cette base, elle a déclaré que la politisation de la question des Roms en France par M. Sarkozy semblait encore plus injustifiée.
Les Roms n'étaient pas impliqués dans le pillage d’un commissariat de police à Saint Aignan en juillet dernier, l’incident qui semble avoir déclenché les expulsions, a soutenu Mme Vergiat (EURACTIV 29/07/10). C’était une diversion, a-t-elle dit.