Le Parlement européen adopte un objectif de 45% d'énergies renouvelables pour 2030

Le Parlement européen a voté mercredi 14 septembre en faveur d'un objectif de 45% pour les énergies renouvelables dans le mix énergétique de l'UE d'ici 2030, ouvrant ainsi la voie aux négociations avec les 27 Etats membres pour finaliser le texte avant la fin de l'année.

Euractiv France
Vote at European Parliament on law to limit deforestation
Le Parlement européen vient d'adopter la 2ème révision de la directive sur les énergies renouvelables (RED III) avec un objectif de 45% de renouvelables dans la consommation finale de l'UE d'ici 2030, la fin des subventions aux biomasses et la facilitation du recours à l'hydrogène bas-carbone.  [CHRISTOPHE PETIT TESSON / EPA - EFE]

Le Parlement européen a voté mercredi 14 septembre en faveur d’un objectif de 45% pour les énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’UE d’ici 2030, ouvrant ainsi la voie aux négociations avec les 27 États membres pour finaliser le texte avant la fin de l’année.

Au sortir du discours sur l’État de l’Union mercredi (14 septembre) devant l’assemblée, les europarlementaires ont pris acte des mots prononcés par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen : la guerre en Ukraine est « une guerre contre notre énergie, une guerre contre notre économie, une guerre contre nos valeurs et une guerre contre notre avenir, » avait-elle affirmé.

Ainsi, par 418 voix contre 109 et 111 abstentions, le Parlement adopte une énième révision de la directive sur les énergies renouvelables (lien texte d’origine) intégrée au paquet climat « Fit for 55 » qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030.

Si cet objectif est confirmé par les 27 lors de négociations triparties prévues avant la fin de l’année (trilogue), l’UE devra atteindre une part de 45% d’énergies renouvelables (EnR) dans sa consommation d’énergie d’ici à 2030.

C’est plus que les 40% votés par les États membres au mois de juin –  décision qui ne prenait toutefois pas en compte les conséquences de la guerre en Ukraine et le plan REPowerEU présenté en mai dernier qui revoyait cet objectif à la hausse.

« C’est une bonne journée pour le changement énergétique en Europe », s’est ainsi réjoui Markus Pieper, député du Parti populaire européen (PPE) et rapporteur du texte.

Pour atteindre les 45%, chaque État membre devra fixer un objectif indicatif d’au moins 5% de la nouvelle capacité installée sous forme de technologie « innovante » en matière d’EnR.

Les parlementaires ont également voté le doublement des projets transfrontaliers d’échange d’électricité verte, soit deux projets supplémentaires par État membre, voire trois pour les pays dont la consommation annuelle d’électricité est supérieure à 100 térawattheures (TWh).

L’alliance entre le PPE (libéraux-conservateurs), Renew (centre) et les socialistes et démocrate (centre-gauche – S&D) a donc eu raison des craintes des écologistes, qui ont tout de même voté massivement le texte, à l’inverse des membres de la Gauche unie.

La co-présidente du groupe de la Gauche unie, Manon Aubry, explique ainsi à EURACTIV France que son abstention tient au fait que le texte n’est « pas assez ambitieux » et ne propose « pas d’objectifs nationaux d’énergies renouvelables contraignants ».

Objectif insuffisant selon la gauche et les écologistes

Sur l’objectif principal d’abord, puisque le groupe des Verts/ALE et celui de la Gauche unie ont demandé qu’il soit encore plus élevé, de l’ordre de 55 à 56% d’ici à 2030, pour atteindre 100% en 2040.

Si le rapporteur pour le groupe des Verts, Niinisto Ville, s’est finalement félicité du compromis, il a toutefois demandé lors des débats sur le texte mardi (13 septembre) que les objectifs soient contraignants. Même son de cloche pour l’eurodéputée espagnole et vice-présidente du groupe de la Gauche unie, Sira Rego, qui a proposé une série d’amendements en ce sens.

La gauche radicale s’opposait également au maintien de la biomasse dans la définition des EnR. Les parlementaires ont finalement soutenu la présence de la biomasse au sein des EnR, mais à un niveau qui ne doit pas dépasser la moyenne enregistrée dans le mix énergétique entre 2017 et 2022, en sachant que les bioénergies (qui regroupent, entre autres, la biomasse) représentent près de 60 % des sources d’énergie renouvelables de l’UE.

Une réduction progressive de son utilisation est programmée, mais sans date butoir de fin d’utilisation, ce qui ne convient pas aux écologistes et à la gauche qui demandaient une fin pour 2030.

« Ce que nombre d’entre vous proposez, c’est de continuer à brûler des forêts pour le climat » a ainsi déclaré Marie Toussaint, eurodéputée française Les Verts/ALE lors des débats.

En revanche le texte soutient la fin des subventions pour la biomasse utilisée dans les centrales électriques, ainsi que l’exclusion de l’huile de palme et du soja des biocarburants.

Un amendement du député socialiste (S&D) français, Éric Andrieu, qui n’a pas été adopté, proposait également de réserver toutes les cultures pour des fins alimentaires lorsque le prix des denrées était trop élevé, comme en ce moment.

« La droite préfère nourrir les voitures que les gens ! » s’étonne-t-il sur Twitter.

Nouvelle stratégie hydrogène

Sur le volet hydrogène issu d’énergies renouvelables, les parlementaires estiment que le niveau de développement technologique actuel est trop peu suffisant pour répondre à certains objectifs comme leur utilisation massive dans l’industrie (50% contraignant) et les bâtiments (49% indicatif).

Par conséquent, ces objectifs pourront être ajustés sur la base d’analyse de disponibilité.

En outre, Ursula von der Leyen a d’ailleurs annoncé mercredi la création d’une banque de l’hydrogène, financée à hauteur de €3 milliards qui proviendront du Fonds européen pour l’innovation financé par le système communautaire d’échange de quotas d’émission. 

Quant à la définition même de l’hydrogène dit « vert », les parlementaires en donnent le soin à un autre texte qui définira également l’hydrogène dit bas-carbone, issu du nucléaire par exemple.

Le texte prévoit aussi que l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le domaine des transports passe de 13 à 16%, ainsi qu’une part de 5,7% des carburants renouvelables d’origine non-biologique (RFNBO) sur le marché des carburants d’ici à 2030, comme le prévoit le programme REPowerEU de la Commission européenne.

Néanmoins, un certain nombre d’aspects du programme de la Commission n’ont pas été repris dans cette version de la directive, que ce soit en matière de définition de « zones propices » au développement des énergies renouvelables, ou la simplification de l’octroi de permis pour développer les EnR.

Une révision RED IV à venir rapidement

Le rapporteur Markus Pieper, avait tenté de fusionner ces objectifs dans son texte. Mais pour des raisons juridiques, l’eurodéputé faisait savoir en juillet que ce n’était pas possible.

Il faudra donc attendre une troisième révision du texte (RED IV) pour discuter ces objectifs, adoptés après le début de la guerre en Ukraine.

Un «  retard inutile  », avait-t-il déploré, en annonçant qu’il présenterait une nouvelle révision de la directive fin septembre. L’idée étant de fusionner les deux procédures lors des négociations finales avant la fin de l’année.

Les parlementaires et la Commission iront ainsi main dans la main négocier un accord final en trilogue avec le Conseil de l’UE réunissant les ministres de l’Énergie des 27 États membres.

En parallèle, les parlementaires ont également adopté une proposition de révision de la directive efficacité énergétique, visant une baisse de la consommation d’énergie de 14.5% d’ici 2030 par rapport à 2005.

[Édité par Frédéric Simon]