Le Parlement européen place la Hongrie sous surveillance

Le Parlement européen a décidé de rédiger un rapport sur le respect des lois et des valeurs de l'UE en Hongrie suite à l'adoption par Budapest d'une série de réformes controversées et qualifiées de non démocratiques par beaucoup. Les eurodéputés décideront ensuite d'avoir recours ou non à l'article 7 du traité européen qui est utilisé pour empêcher des violations sérieuses des valeurs européennes.

/ EURACTIV.fr
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Le Parlement européen a décidé de rédiger un rapport sur le respect des lois et des valeurs de l'UE en Hongrie suite à l'adoption par Budapest d'une série de réformes controversées et qualifiées de non démocratiques par beaucoup. Les eurodéputés décideront ensuite d'avoir recours ou non à l'article 7 du traité européen qui est utilisé pour empêcher des violations sérieuses des valeurs européennes.

Cette résolution, présentée par les groupes politiques de gauche et de centre-gauche, a été approuvée à raison de 315 voix pour, 263 contre et 49 abstentions.

Elle a entraîné de vives critiques de la part du Parti populaire européen de centre-droit auquel le Fidesz, le parti hongrois du premier ministre Viktor Orbán, est affilié.

Cette résolution de quatre pages appelle la Commission européenne à surveiller de près les modifications apportées à certaines des lois fondamentales hongroises, ainsi que la manière dont elles sont mises en oeuvre.

Les eurodéputés ont demandé à la conférence des présidents (les dirigeants du Parlement et des groupes politiques) d'envisager le recours à l'article 7 du traité de Lisbonne, utilisé lorsque les valeurs communes de l'UE sont en danger.

L'eurodéputé belge Guy Verhofstadt, qui dirige l'Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe, a été le premier à réclamer le recours à l'article 7 dans le cas de la Hongrie [plus d'infos sur le contenu de la résolution].

La résolution a été soutenue par l'ADLE, ainsi que par les Socialistes et Démocrates, les Verts/Alliance libre européenne et la Gauche unitaire européenne.

Date butoir

Le 17 janvier, la Commission européenne a entamé des procédures d'infraction contre la Hongrie, en raison d'inquiétudes à propos de l'indépendance de sa banque centrale et de son autorité de protection des données, ainsi que sur l'abaissement de l'âge légal de la retraite de 70 à 62 ans pour les juges.

La Commission a également demandé à la Hongrie de lui fournir plus d'informations sur son système judiciaire et si les récentes modifications de la loi compromettaient son indépendance.

Le gouvernement hongrois avait un mois pour donner sa réponse et ce délai expire aujourd'hui (17 février). Récemment, des représentants hongrois ont affirmé que le pays accepterait la plupart des révisions exigées par la Commission, même s'ils estimaient que l'exécutif avait tort.

Une attaque prématurée

Le groupe PPE a fustigé les partisans de cette résolution, les accusant de « prononcer un jugement avant la fin de la procédure ».

« C'est une méthode autoritaire. C'est une méthode qui va à l'encontre des valeurs européennes », a déclaré l'eurodéputée Kinga Gál (Hongrie).

L’eurodéputé maltais Simon Busuttil a affirmé que cette résolution minait la confiance qu'avait le peuple hongrois dans l'UE, ainsi que la crédibilité du Parlement européen.

« Ces actions alimentent l'émergence de l'extrémisme politique et de l'euroscepticisme. Ce n'est pas dans l'intérêt de l'UE dans son ensemble », a-t-il ajouté.

Neelie Kroes sous le feu des critiques

Le débat et le vote ont eu lieu suite à une déclaration controversée de la vice-présidente de la Commission Neelie Kroes lors d'une récente audience au Parlement sur la situation en Hongrie.

La commissaire à la stratégie numérique a cité un collègue (dont elle n'a pas révélé le nom) qui aurait affirmé que la discrimination à l'encontre des minorités ethniques était monnaie courante en Hongrie et que la situation ne faisait qu'empirer. Des minorités sont victimes de discrimination lors qu'elles cherchent un emploi, la police a reçu pour ordre de les surveiller et le racisme dans les écoles est de plus en plus fréquent et accepté, a expliqué Mme Kroes, ajoutant que certains groupes ethniques vivaient dans la peur d'attaques violentes.

L'eurodéputée hongroise Lívia Járóka (PPE) s'est dite choquée d'entendre des « allusions aussi pernicieuses de la part de la fonctionnaire numéro deux dans l'UE sans même qu'elle ne tente d'étayer ses déclarations avec des faits et des données fiables ».