Le parti de Matteo Renzi claque la porte de l’exécutif et plonge l’Italie dans une crise politique
L'ancien Premier ministre et leader d'Italia Viva, Matteo Renzi, a annoncé que son parti quittait le gouvernement de coalition de Giuseppe Conte, ouvrant officiellement une crise politique. Alors même que la pandémie fait rage dans le pays. Un article d’Euroefe.
L’ancien Premier ministre et leader d’Italia Viva, Matteo Renzi, a annoncé que son parti quittait le gouvernement de coalition de Giuseppe Conte, ouvrant officiellement une crise politique. Alors même que la pandémie fait rage dans le pays. Un article d’Euroefe.
Matteo Renzi a mis à exécution la menace qu’il avait brandie pendant toute la période de Noël : lors d’une conférence de presse, mercredi 13 janvier, il a annoncé la démission des deux ministres d’Italia Viva, alléguant des divergences sur la gestion des fonds européens du plan de relance destinés à faire face aux conséquences de la pandémie.
« La crise n’a pas été provoquée par Italia Viva, la crise est ouverte depuis des mois », a déclaré le social-démocrate, pour qui « il faut beaucoup de courage et de liberté intérieure pour démissionner, ainsi que le sens des responsabilités ».
Les deux ministres qui quittent le gouvernement sont Teresa Bellanova, à la tête de l’Agriculture, et Elena Bonetti, chargée du dicastère de la Famille et de l’Égalité. Elles se sont abstenues mardi soir lors du Conseil des ministres qui a approuvé le plan de relance étoffé par les contributions de divers partis de la coalition.
Le départ d’Italia Viva (IV), bien qu’il s’agisse d’un petit partenaire, prive de majorité l’exécutif formé par le Mouvement Cinq étoiles (M5E), le Parti démocratique (PD) et le parti Libres et égaux (LeI), qui est également une petite formation de gauche.
Au Congrès, Italia Viva soutient la majorité gouvernementale avec 26 députés et au Sénat avec 18 sénateurs, et c’est précisément au sein de cette chambre haute que le départ du parti laisse l’exécutif en minorité.
Énième crise gouvernementale en Italie
Cette énième crise gouvernementale, un classique de la politique italienne, survient un peu plus d’un an après la formation de l’actuel exécutif, en septembre 2019, après l’éclatement du précédent, qui était également dirigé par l’avocat indépendant Giuseppe Conte et était composé du M5E et de la Ligue de Matteo Salvini.
Lors de la conférence de presse, Matteo Renzi a tenté de justifier une décision incompréhensible aux yeux de nombreux citoyens et acteurs politiques en cette période, en critiquant Giuseppe Conte pour sa gestion de la pandémie, en évoquant les divergences sur l’utilisation des 220 milliards d’euros d’aide européenne ou encore la réticence du Premier ministre à recourir au MES, le mécanisme européen de stabilité, pour obtenir 37 milliards d’euros supplémentaires.
Cependant, le reste des membres du gouvernement italien estime depuis le début qu’il s’agit seulement d’un prétexte de Matteo Renzi pour exiger plus de poids dans l’exécutif.
« Nous sommes prêts à discuter de tout, dans ce périmètre de majorité ou en dehors, s’il y a un gouvernement institutionnel nous sommes prêts à le soutenir, s’il y a un gouvernement avec la même coalition nous sommes prêts à le soutenir, si nous devons aller dans l’opposition nous sommes prêts à le faire », a déclaré l’ancien Premier ministre.
Concernant un nouveau gouvernement Conte, il a assuré que « nous ne mettons pas de veto sur qui que ce soit, ni n’avons de préjugés contre qui que ce soit. Aller au parlement n’est pas une concession mais un élément fondamental. S’il veut venir, il nous trouvera au parlement. Le choix lui appartient ».
Il a cependant ajouté « que ce soit pour cette majorité ou pour une autre formation, il n’y a pas qu’un seul nom [sur la table] ».
Giuseppe conte pourrait chercher d’autres soutiens
Selon les médias italiens, Giuseppe Conte n’aurait cependant aucune intention de négocier avec Matteo Renzi à propos d’un nouvel exécutif après le départ d’Italia Viva de la majorité. D’après eux, il chercherait un soutien extérieur parmi les centristes.
Ce pourrait être avec Clemente Mastella, l’ancien chef du parti centriste Udeur (Union des démocrates pour l’Europe), qui pourrait réunir un certain nombre de parlementaires partageant les mêmes idées et qui soutiendraient Conte de l’extérieur.
Quelles sont les options à ce stade ? Giuseppe Conte peut démissionner, il pourrait y avoir un nouveau gouvernement dirigé par lui, ou simplement un remaniement. En dernier recours, il pourrait y avoir des élections anticipées, une option qui favorise uniquement l’opposition de droite.
Personne n’ignore que dans le cas d’une éventuelle élection anticipée, le bloc de droite constitué de la Lega de Matteo Salvini, Forza Italia de Silvio Berlusconi et des Frères d’Italie (Fdl) l’emporterait, selon les sondages.
Le parti Italia Viva est né d’une scission du Parti démocratique (PD) – dont Matteo Renzi a été le leader – en septembre 2019, quelques jours après la formation du gouvernement actuel. Il n’a jamais pris part à des élections législatives et les sondages le créditent à peine de 3 % des voix, il ne devrait donc pas non plus être intéressé par des élections.
Peu avant l’annonce de Matteo Renzi, le président du Conseil Giuseppe Conte avait espéré que la crise gouvernementale n’éclaterait pas. Il avait souligné que cela ne serait pas compris par le pays en un tel moment et avait promis d’œuvrer jusqu’au dernier moment pour maintenir la cohésion au sein de l’exécutif.
Giuseppe Conte avait fait ces déclarations à la presse devant le Palais du Quirinal, à l’issue d’une réunion avec le président de la République, Sergio Mattarella.
Après la manœuvre de Matteo Renzi, Giuseppe Conte doit décider s’il convient de démissionner et d’en informer Sergio Mattarella, qui pourrait le charger de former un troisième gouvernement, différent de l’exécutif actuel, mais toujours dirigé par lui. Ou encore s’il est préférable de s’adresser directement aux Chambres pour demander la confiance et tenter d’obtenir une majorité, afin d’éviter des élections.