Le parti libéral allemand exclut tout endettement supplémentaire pour les investissements

Les trois partis constituant le prochain gouvernement allemand ont clairement indiqué qu’ils souhaitent faire des années à venir une décennie d’investissements pour le futur. Cependant, l’origine des ressources pour de tels investissements demeure encore incertaine.

/ EURACTIV Allemagne
German SPD, FDP and Green parties about to present coalition contract
Pour le FDP, dont le leader Christian Lindner prendra en charge le ministère des Finances, l’essentiel des investissements ne viendra pas du secteur public mais du secteur privé. [ CLEMENS BILAN/EPA]

Les trois partis constituant le prochain gouvernement allemand ont clairement indiqué qu’ils souhaitent faire des années à venir une décennie d’investissements pour le futur. Cependant, l’origine des ressources pour de tels investissements demeure encore incertaine.

Dans son accord de coalition, le nouveau gouvernement fédéral composé des sociaux-démocrates (SPD), des Verts et des libéraux (FDP) a convenu de la nécessité de disposer d’une «  quantité sans précédent  » de ressources financières. Pour la protection du climat, il entend créer un Fonds pour le climat et la transformation (KTF), qui doit financer la transformation verte de l’économie allemande.

Mais pour que le gouvernement puisse atteindre ses autres objectifs ambitieux visant à remettre l’Allemagne sur les rails, notamment en ce qui concerne la numérisation, l’éducation et la recherche — les trois autres pierres angulaires de la politique d’investissement prévue — des ressources importantes seront nécessaires.

Emprunts ponctuels

L’ambition d’une «  décennie d’investissements  » est déjà remise en question par de nombreux experts, qui se demandent comment la concilier avec l’ambition du nouveau gouvernement d’éviter les hausses d’impôts.

Une possibilité serait de s’endetter, tant que le «  frein à l’endettement  » qui limite les emprunts annuels du gouvernement fédéral est encore inactif.

«  En 2022, les exigences du frein à l’endettement resteront suspendues  », a expliqué Max Krahé, directeur de recherche au groupe de réflexion Dezernat Zukunft, à EURACTIV. «  La coalition veut en profiter pour s’endetter à grande échelle. L’argent ainsi levé, le gouvernement a l’intention de le placer dans un fonds qui pourrait être utilisé pour des investissements tout au long de la législature restante  », a-t-il ajouté.

L’idée de cet emprunt ponctuel est venue de l’économiste Clemens Fuest, de l’Institut Ifo.

Selon M. Krahé, il n’y a pas de limite quantitative à la quantité d’argent que le gouvernement peut lever de cette manière, mais il y a une limite qualitative. La suspension du «  frein à l’endettement  » était prévue dans le cadre de la pandémie, ce qui signifie que l’argent emprunté par le gouvernement ne pourra être dépensé que dans le cadre de la relance post-crise.

Peu d’enthousiasme au sein du FDP

Le FDP a cependant déjà rejeté ce point de vue. Le parti veut maintenir l’emprunt net pour l’année à venir même en dessous du niveau prévu par le gouvernement précédent.

«  Pour créer le KTF, nous n’utiliserons que des crédits qui ont déjà été mis à disposition par le gouvernement Merkel pour 2021 mais qui ne seront pas nécessaires d’ici la fin de l’année. La coalition ne contractera pas de crédits supplémentaires au-delà  », a expliqué Otto Fricke, porte-parole du FDP pour la politique budgétaire.

Pour le FDP, dont le leader Christian Lindner prendra en charge le ministère des Finances, l’essentiel des investissements ne viendra pas du secteur public mais du secteur privé — ce qui est d’ailleurs explicitement indiqué dans l’accord de coalition.

«  L’État est un investisseur nécessaire pour les infrastructures dans de nombreux domaines, mais il est essentiel d’encourager les investissements privés  », a déclaré M. Fricke, du FDP.

Inciter le secteur privé

Pour attirer les investissements privés, il est possible de recourir à des subventions. Celles-ci seront utilisées dans certains cas, mais uniquement comme «  investissement de démarrage  », qui est «  limité dans le temps et rendu aussi dégressif que possible  », comme l’a souligné M. Fricke.

La plus grande partie des investissements, cependant, doit provenir du secteur privé, avec l’aide d’incitations économiques. Ici, les «  super  amortissements » sont un moyen de choix , a déclaré M. Fricke.

En termes simples, ces super amortissements sont la possibilité d’amortir les investissements dans les domaines de la numérisation et de la durabilité à des conditions plus favorables, de sorte que les investisseurs privés aient moins d’impôts à payer.

Les experts sont toutefois sceptiques quant à l’approche consistant à ne pas contracter de dette publique supplémentaire pour financer les investissements prévus. «  Si le gouvernement ne contracte pas d’emprunts supplémentaires pour le KTF en 2022, les chiffres ne s’additionneront pas  », souligne M. Krahé, du Dezernat Zukunft.

Des composantes cycliques recalculées

Un autre facteur qui permettrait au gouvernement de dépenser davantage est la composante dite cyclique.

En fonction de l’évolution de l’économie, le gouvernement est autorisé à planifier un déficit plus élevé. Le facteur décisif est l’importance de l’écart entre les performances économiques réelles et potentielles. Plus la performance économique actuelle est éloignée de son potentiel, plus le déficit peut être élevé. Selon l’accord de coalition, le mode de calcul de la performance économique potentielle devrait bientôt changer.

Pour M. Krahé, il est concevable que pour estimer la performance potentielle à l’avenir, les chiffres ne seront pas simplement extrapolés à partir du passé, comme c’était le cas jusqu’à présent, mais qu’ils seront plutôt comparés aux autres objectifs politiques de la coalition.

«  Si, par exemple, l’objectif est d’augmenter l’emploi des femmes, cela pourrait aussi se traduire par une augmentation du potentiel de production  », explique M. Krahé.

M. Fricke convient qu’il y a «  un petite marge de correction  » dans le calcul de la composante de relance, ce qui rendrait le frein à l’endettement un peu plus flexible. «  Il y a un ajustement, mais il ne peut pas être tel que nous partons d’un rêve fictif de plein emploi des années 1970  », a-t-il déclaré à EURACTIV. «  Il ne s’agira pas de sommes à deux chiffres en milliards  ».