Le Parti socialiste se fracture face à l'hypothèse Cazeneuve

Ce lundi 2 septembre, le président Emmanuel Macron rencontre l’ancien socialiste Bernard Cazeneuve, dans le cadre de négociations sur la nomination du prochain Premier ministre. L'information, confirmée auprès d'Euractiv, sème la panique au sein du Parti socialiste (PS).

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French left-wing parties ally themselves in the New Popular Front
Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure (de face) s'exprime lors d'une conférence de presse pour annoncer le programme du pacte nouvellement élu Nouveau Front Populaire. [EPA-EFE/MOHAMMED BADRA]

Ce lundi 2 septembre, le président Emmanuel Macron rencontre l’ancien socialiste Bernard Cazeneuve, dans le cadre de négociations sur la nomination du prochain Premier ministre. L’information, confirmée auprès d’Euractiv, sème la panique au sein du Parti socialiste (PS).

Au cours du week-end, des rumeurs persistantes ont circulé selon lesquelles Bernard Cazeneuve pourrait être le premier choix d’Emmanuel Macron pour assumer le rôle de Premier ministre. Alors que la France est dans l’impasse politique et sans gouvernement depuis plus de cinquante jours, la rumeur a été fraîchement accueillie au sein du PS.

L’hypothèse Cazeneuve à Matignon a même ébranlé le front uni du parti lors de son université d’été qui s’est tenu à proximité de Blois du 29 au 31 août, et auquel Euractiv a assisté. Ce rassemblement annuel qui marque la rentrée politique du mouvement a révélé de sérieuses divisions internes sur la manière de gérer la possibilité qu’un des leurs, Bernard Cazeneuve, bien qu’il ait renoncé à son adhésion au parti en 2022, puisse accéder (à nouveau) au poste de Premier ministre.

Bernard Cazeneuve, l’ennemi juré

Cette nomination mettrait officiellement fin à la possibilité — toujours aussi mince — de nommer Lucie Castets, la candidate du Nouveau Front populaire (NFP) de gauche depuis le mois de juillet. En début de semaine dernière, Emmanuel Macron a exclu la possibilité d’un gouvernement de coalition avec Lucie Castets, évoquant le risque que ce dernier ne survive pas à une motion de censure.

Bernard Cazeneuve, quant à lui, est désormais un adversaire pour une grande partie de la direction du parti.

Ancien Premier ministre au crépuscule du mandat de François Hollande, Bernard Cazeneuve a occupé une série de postes ministériels sous l’administration socialiste (2012-2017), dont l’Intérieur, le Budget et les Affaires européennes.

Plus important encore, il a été un critique virulent de l’alliance de la gauche, la NUPES, formée en 2022, mais aussi du NFP. Cette dernière coalition, qui réunit le PS, le Parti communiste (PC), les Verts et La France Insoumise (LFI) de Jean-Luc-Mélenchon, est arrivée en tête au second tour des élections législatives de juillet, mais à 100 sièges d’obtenir la majorité absolue. Bernard Cazeneuve reproche aux socialistes d’être inféodés à LFI, jugée trop radicale.

De fait, l’ancien Premier ministre socialiste est devenu persona non grata pour les dirigeants du parti qui ont créé et mis en place le NFP, mais aussi pour de larges pans de leur électorat.

Beaucoup de militants de gauche considèrent ainsi Bernard Cazeneuve comme l’homme à l’origine du virage à droite du PS sous François Hollande, un virage qui a finalement conduit à la défaite du parti aux élections législatives de 2017.

Une source proche du dossier a expliqué à Euractiv que Bernard Cazeneuve rencontrera Emmanuel Macron lundi 2 septembre, confirmant ce qu’ont rapporté d’autres médias.

Cette situation place les socialistes à la croisée des chemins : doivent-ils apporter leur soutien à un gouvernement Cazeneuve, en espérant influencer ses priorités politiques, et rompre leurs liens avec le NFP ? Ou doivent-ils rester dans l’opposition quoi qu’il arrive, au risque de paraître dogmatiques et irresponsables ?

La question n’est pas de savoir qui, mais quoi

La ligne officielle du parti a toujours été de protéger l’alliance de gauche, mais cette ligne est plus que jamais remise en question. Certains dirigeants socialistes se disent ainsi prêts à donner une chance à Bernard Cazeneuve, à condition que leurs principales revendications soient prises en compte, à savoir le retrait de la loi sur les retraites de 2023 et l’augmentation du SMIC.

« Il ne s’agit pas de savoir qui devient Premier ministre, mais plutôt quelles sont ses priorités », a expliqué l’eurodéputée Aurore Lalucq à Euractiv la semaine dernière. Cette dernière n’est pas membre du parti socialiste, mais appartient à la même famille européenne S&D.

Aurore Lalucq se dit ouverte à des discussions avec d’autres partis, à l’exception de l’extrême droite : « Nous pouvons entamer des négociations, même si elles n’aboutissent pas ».

Pour l’eurodéputé S&D François Kalfon, le choix de Bernard Cazeneuve est une bonne nouvelle, rejoignant ainsi plusieurs dizaines de dirigeants du parti qui se sont prononcés en faveur d’une coalition avec le centre.

« Il ne mettra peut-être pas en œuvre 100 % du programme du NFP [dans le cadre d’un gouvernement de coalition], mais nous pouvons nous mettre d’accord sur des éléments clés », a-t-il déclaré.

« Ce sera un véritable gouvernement de cohabitation et un gouvernement de gauche », a de son côté indiqué Bernard Cazeneuve dans Le Monde à propos de la perspective de redevenir Premier ministre.

La source d’Euractiv confirme que la nomination de Cazeneuve est envisagée, et que « certains députés du Parti socialiste et du [centre droit] la soutiennent ». « Mais c’est encore loin d’être fait », ajoute-t-elle.

François Kalfon appelle sa famille politique à s’inspirer de ce qui se passe au Parlement européen, où la recherche du consensus est la norme, et à adapter son mode de pensée au niveau national.

« On peut établir un parallèle entre le fonctionnement du Parlement vis-à-vis de la Commission européenne et la situation politique en France après les élections législatives anticipées », explique-t-il.

L’objectif d’Emmanuel Macron : « Faire imploser les partis politiques »

Les dirigeants du PS s’inquiètent des retombées. Selon eux, soutenir Bernard Cazeneuve ferait imploser le NFP, frustrerait la base électorale des socialistes et risquerait de les associer à Emmanuel Macron et à la droite.

« Si vous voulez gouverner sans le NFP et avec la droite, vous deviendrez la droite », a déclaré Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, à Blois, niant toute « division » interne.

L’arithmétique parlementaire actuelle suggère qu’un gouvernement de coalition ne resterait en place que si l’extrême droite s’abstenait lors d’une motion de censure, à moins que la gauche ne vote aussi la censure : « Nous ne voulons pas gouverner avec la bienveillance de l’extrême droite, ni être les otages d’Emmanuel Macron », a ajouté Olivier Faure.

« Le seul objectif d’Emmanuel Macron est de faire imploser les partis politiques », confie à Euractiv l’entourage d’Olivier Faure.

« Il l’a fait avec la droite. Il veut le faire avec la gauche — c’est toute la logique derrière les rumeurs autour de Bernard Cazeneuve », a-t-il ajouté.