Le portefeuille du commissaire hongrois interroge
L’actuel ministre hongrois des Affaires étrangères, Tibor Navracsics, sera en charge de l’Éducation, de la culture et de la citoyenneté au sein de la prochaine Commission. Proche de Viktor Orbán, il est à l’origine des réformes judiciaires très controversées en Hongrie.
L’actuel ministre hongrois des Affaires étrangères, Tibor Navracsics, sera en charge de l’Éducation, de la culture et de la citoyenneté au sein de la prochaine Commission. Proche de Viktor Orbán, il est à l’origine des réformes judiciaires très controversées en Hongrie.
La distribution des portefeuilles au sein du prochain collège des commissaires relève de choix parfois surprenants. Celui de remplacer la Chypriote Androulla Vassiliou par le candidat hongrois, Tibor Navracsics au poste de l’Éducation et de la Culture en fait partie.
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Le nouveau commissaire Hongrois a salué sur son compte Twitter sa nomination par un sobre : « Ca me plait. Allez essayons ! »
I like it. Let’s have a try!
— Tibor Navracsics (@TiborNavracsics) September 10, 2014
Actuellement ministre des Affaires étrangères, il avait été un temps pressenti à la succession de László Andor, commissaire en charge de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion ou encore à l’Élargissement occupé pour l’instant par le Tchèque Štefan Füle.
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Une action politique controversée
Membre du Fidesz, le parti hongrois au pouvoir, M. Navracsics est également connu pour faire partie du cercle rapproché du très controversé premier ministre, Viktor Orbán. En outre, avant d’avoir été ministre des Affaires étrangères, ce juriste et spécialiste de l’ex-Yougoslavie fut responsable de l’administration publique et de la justice de 2010 à 2014. Il est l’architecte de réformes judiciaires contestées jusque dans les murs de la Commission, du Parlement ou encore du Conseil de l’Europe.
Deux points avaient alors particulièrement inquiété la communauté internationale : d’une part, l’abaissement de l’âge de la retraite des juges de 70 à 62 ans, qui envoya plus de deux cents juges en retraite anticipée, d’autre part, la concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains du seul président de l’Office national de la justice. Un pouvoir exorbitant dont l’objet était d’encadrer les magistrats du pays, en rognant sérieusement l’indépendance du pouvoir judiciaire. Un dispositif à l’opposé des principes fondamentaux de l’UE.
La commission de Venise, l’organe consultatif sur les questions constitutionnelles du Conseil de l’Europe, avait à l’époque dénoncé ces réformes : « de tels pouvoirs, incluant celui de sélectionner les juges et les hauts fonctionnaires, ne sont confiés à une seule et unique personne dans aucun autre pays membre du Conseil de l’Europe ».
Un commissaire réprimandé par sa prédécesseur
De son côté, la commissaire européenne aux droits fondamentaux, Viviane Reding, avait demandé dès décembre 2011 à Tibor Navracsics de rendre des comptes. Celui-ci avait alors pris note des observations de la Commission et apporté des amendements à la marge au projet de réforme du système judiciaire hongrois.
Le Hongrois avait également défrayé la chronique en 2012 lorsque, sous son autorité, un lieutenant azeri coupable du meurtre à la hache d’un Arménien avait été extradé pour purger sa peine en Azerbaïdjan. Or, une fois dans son pays, le soldat fut accueilli comme « héros national » et aussitôt gracié par le président azerbaïdjanais. En contrepartie, Bakou s’était engagé à acheter des obligations hongroises à hauteur de 2 à 3 milliards d’euros et aussi à fournir Budapest en gaz à prix des plus compétitifs…
Et pourtant un modéré…
Pour autant, le Hongrois est considéré comme un modéré du Fidesz. Au printemps dernier, il avait ainsi dénoncé la participation de son pays à la Shoah, rompant avec les discours ambiants et les dérapages antisémites du gouvernement, ainsi que les récusations de l’implication hongroise dans la solution finale. Il s’était aussi opposé publiquement aux propos racistes tenus par un journaliste à l’encontre des roms, même s’il a été contraint de se rétracter par la suite. Dernièrement, il s’était abstenu de participer à l’élection d’un ancien skinhead membre du Jobbik à la vice-présidence du Parlement hongrois.
En tant que commissaire de l’Éducation et de la Culture, il sera sous la houlette du vice-président finlandais Jyrki Katainen responsable de l’emploi, de l’investissement et de la compétitivité et du vice-président letton, Valdis Dombrovskis, en charge de l’euro et du dialogue social. Ses tâches principales seront entre autres de contribuer à la modernisation des systèmes éducatifs et du réseau universitaire européen et de promouvoir la culture comme moteur de l’innovation.
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