Le PPE s’allie à l’extrême droite pour enquêter sur le financement des ONG
Grâce au soutien des groupes d’extrême droite, le Parti populaire européen (PPE), conduit par l’Allemand Manfred Weber, a obtenu le feu vert pour la création d’un groupe informel chargé de passer au crible le financement des ONG.
Grâce au soutien de groupes d’extrême droite, le Parti populaire européen (PPE), conduit par l’Allemand Manfred Weber, a obtenu le feu vert pour la création d’un groupe informel chargé de passer au crible le financement des ONG.
Nouvel épisode du virage à droite du Parlement européen : lors d’une réunion à huis clos jeudi 19 juin, le PPE a obtenu le soutien des groupes d’extrême droite Patriots pour l’Europe et Conservateurs et Réformistes européens (CRE) pour sa proposition de charger un groupe d’eurodéputés de poursuivre l’enquête sur le financement des ONG avec le budget de l’UE.
Les Socialistes et Démocrates européens (S&D), le groupe libéral Renew et les Verts ont été mis en minorité lors de ce vote.
Le plan proposé prévoit que plus d’une douzaine de députés européens membres de la commission du Contrôle budgétaire (CONT) seront chargés, au sein d’un « groupe de travail », de mener un examen « minutieux » des accords de subvention conclus entre la Commission européenne et des ONG.
À droite, les responsables politiques réclament depuis longtemps des enquêtes afin de déterminer si certains groupes de la société civile ont reçu des fonds européens pour faire pression sur les députés européens en faveur de lois environnementales. La Commission a déclaré plus tôt cette année qu’il était « inapproprié » de conclure des contrats avec des groupes pour faire directement pression sur les élus.
Les ONG rejettent ces accusations, affirmant que les fonds européens leur permettent de mener leurs missions en toute indépendance. Pour elles, cette enquête s’apparente à une campagne de dénigrement visant à écarter les voix progressistes du processus décisionnel.
« Ce groupe de travail n’est rien d’autre qu’un moyen pour le PPE et l’extrême droite de poursuivre leurs attaques contre les ONG et la société civile. Les groupes progressistes au Parlement devraient boycotter cet organe inspiré par [le Premier ministre hongrois Viktor] Orbán », fustige Nick Aiossa, directeur de Transparency International EU.
Même tonalité chez les eurodéputés S&D, qui dénoncent une alliance « honteuse » entre le PPE et l’extrême droite. « L’objectif est clair : attaquer et faire taire la société civile », a déclaré la présidente du groupe, Iratxe García Pérez.
La coprésidente des Verts, Terry Reintke, estime que « grâce au leader du PPE, Manfred Weber, l’extrême droite a aujourd’hui pu institutionnaliser sa campagne politique contre la société civile au Parlement européen ».
Mais de leur côté, les responsables politiques de droite se réjouissent de cette initiative.
« Personne n’est mieux placé que les membres de la commission du Contrôle budgétaire pour enquêter sur le financement opaque de certaines ONG », explique l’élu PPE Siegfried Mureșan dans un communiqué.
Le groupe CRE avait plaidé en faveur d’une commission d’enquête plus influente sur le plan politique, mais a finalement soutenu le compromis de Manfred Weber.
Le montant exact des fonds versés aux ONG via les différentes structures de financement existantes reste flou, la Commission européenne ayant jusqu’à présent refusé de rendre ces informations publiques. La Cour des comptes européenne suggère qu’elle ne le sait pas non plus, mais que cela se chiffre probablement en milliards.
La proposition de Manfred Weber intervient après la révélation que les groupes environnementaux reçoivent 15 millions d’euros par an pour leurs activités de lobbying à Bruxelles.
Selon la proposition du PPE, les accords de subvention qui feront l’objet d’une enquête ne se limiteront pas aux ONG, mais concerneront « tous les programmes de financement de l’UE et tous les bénéficiaires ». Renew et les socialistes soutiennent que la commission, si elle était créée, ne doit pas uniquement se concentrer sur les ONG.
Un député européen du PPE et un autre du groupe CRE présenteront un rapport final. Au moins deux fonctionnaires du Parlement seront également détachés pour travailler au sein de ce groupe.
Bárbara Machado a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]