Le Premier ministre espagnol se bat pour éviter une disparition « totale » de la gauche
Face à la perspective d’une victoire écrasante des forces de droite et d’extrême droite, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a convoqué des élections anticipées afin de reconstruire la gauche et d’éviter un effondrement total, selon le partenaire d’EURACTIV, l’agence EFE.
Face à la perspective d’une victoire écrasante des forces de droite et d’extrême droite, à la suite des élections municipales de dimanche (28 mai), le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a convoqué des élections anticipées afin de reconstruire la gauche et d’éviter un effondrement total, selon le partenaire d’EURACTIV, l’agence EFE.
En prenant cette décision, il a également forcé les partis progressistes, qui ont connu des divisions ces derniers mois, à travailler de concert afin de parvenir à un accord en dix jours et forger une coalition avant les élections de juillet.
La date choisie est inadéquate : les élections se tiendront quelques jours après que l’Espagne aura pris les reines de la présidence semestrielle du Conseil de l’UE, le 1er juillet, ce qui risque d’entraver le travail quotidien de Madrid à l’échelon de l’UE.
« Notre pays s’apprête à assumer l’importante responsabilité de la présidence tournante du Conseil de l’UE. Tout cela exige que les Espagnols clarifient les forces politiques qui doivent diriger cette phase et les politiques à appliquer. Il n’y a qu’une seule méthode infaillible, c’est la démocratie », a déclaré M. Sánchez dans un communiqué de presse lundi (29 mai).
Alors que les élections étaient initialement prévues pour décembre, le Premier ministre socialiste a décidé de prendre un risque et d’essayer d’éviter un futur gouvernement du parti de centre droite PP et son nouvel allié d’extrême droite VOX, qui démantèlerait toutes les politiques mises en œuvre par la coalition progressiste entre le PSOE et le parti de gauche Unidas Podemos.
VOX, l’oiseau phénix
Les élections municipales et régionales de dimanche dernier ont constitué un sérieux coup de semonce pour le Parti socialiste : la formation progressiste a perdu huit gouvernements régionaux au profit du PP ainsi que de nombreuses mairies.
D’autre part, VOX, actuellement la troisième force politique d’Espagne, a joué un rôle déterminant dans la formation d’un gouvernement avec le PP dans plusieurs communautés autonomes espagnoles, notamment dans les îles Baléares, à Valence, en Aragon et en Estrémadure.
Les faits ont montré que les alliances entre le Partido Popular et VOX, qui ont débuté en Castille-et-León, n’étaient pas une mince « expérience ». Bien que le président du Partido Popular, Alberto Núñez Feijóo, ait déclaré il y a quelque temps qu’il préférait gouverner seul, les événements ont tourné en sa défaveur.
Le tremblement de terre politique que l’Espagne a subi dimanche peut être résumé par un exercice chromatique : le pays est presque entièrement bleu (la couleur du PP) et il reste à peine une légère teinte de rouge (la couleur du PSOE) dans deux régions.
M. Sánchez savait que s’il ne convoquait pas d’élections, la victoire d’une alliance de droite pourrait effacer toute trace de « sanchisme », l’héritage politique du Premier ministre et de son gouvernement progressiste.
Le PP sur la voie du Palais de la Moncloa
« J’appelle à une majorité claire maintenant. Nous devons laisser derrière nous cinq années […]. Nous devons répondre à ceux qui proposent une législature de continuité aux élections. Hier, nous avons fait le premier pas, mais le sanchisme n’a pas encore été révoqué », a déclaré M. Núñez Feijóo lundi (29 mai).
Toutefois, la route vers le Palais de la Moncloa, le siège du gouvernement, qui semble désormais plus facile pour une alliance entre le PP et VOX, n’est pas sans obstacle.
Le premier d’entre eux concerne la décision annoncée lundi (29 mai) par la secrétaire générale de Unidas Podemos également ministre des Droits sociaux, Ione Belarra, de parvenir le plus rapidement possible à un accord avec sa collègue de Unidas Podemos également ministre du Travail, Yolanda Díaz, cheffe de file de la nouvelle plateforme de gauche Sumar.
Les derniers sondages donnent à Sumar 10 % des voix, ce qui pourrait servir à renforcer Unidas Podemos qui se retrouve affaibli et a perdu 70 % de son pouvoir régional dimanche.
À bord de ce nouveau navire de gauche se trouvent également de petites forces progressistes telles que Los Comunes, Compromís, Más Madrid et Izquierda Unida, sévèrement battues lors des élections de dimanche, qui uniront leurs forces à celles de Sumar pour tenter de faire barrage à la droite.