Le premier ministre tchèque condamne la réintroduction en Suisse des permis de travail pour les travailleurs de l'Est
En évitant des termes comme « discrimination », le premier ministre tchèque, Petr Ne?as, a déclaré à EURACTIV République tchèque hier (19 avril) qu'il déplorait la décision de la Suisse de réintroduire un régime de permis de travail pour les travailleurs originaires des huit pays d'Europe de l'Est ayant rejoint l'UE en 2004. Le réseau EURACTIV en Europe centrale a contribué à cet article.
En évitant des termes comme « discrimination », le premier ministre tchèque, Petr Ne?as, a déclaré à EURACTIV République tchèque hier (19 avril) qu'il déplorait la décision de la Suisse de réintroduire un régime de permis de travail pour les travailleurs originaires des huit pays d'Europe de l'Est ayant rejoint l'UE en 2004. Le réseau EURACTIV en Europe centrale a contribué à cet article.
Lors d'un entretien exclusif accordé à EURACTIV République tchèque, M. Ne?as a fait référence aux avantages de la liberté de circulation et a rejeté les affirmations selon lesquelles la crise économique pouvait être utilisée comme un argument en faveur de la réintroduction des restrictions en matière d'emploi.
« Cela fait longtemps que la République tchèque défend le marché unique européen », a affirmé M. Ne?as.
« Même si nous comprenons que l'ouverture du marché du travail aux travailleurs étrangers en Suisse est une question sensible, des analyses économiques ont prouvé que les avantages d'un marché libre et de la libre circulation de la main-d'œuvre étaient indiscutables », a déclaré le premier ministre.
« Il est nécessaire d'ouvrir les marchés, surtout en temps de crise. L'expérience de nombreux autres pays en la matière, ainsi que des rapports d'experts montrent que la libre circulation des travailleurs n'a pas d'impact tangible sur l'emploi des citoyens locaux. »
Viktorie Plivova, la porte-parole du ministre tchèque du travail et des affaires sociales, Jaromír Drábek, a laissé entendre que la décision des Suisses avait probablement un lien avec l'électorat helvétique connu pour sa sensibilité sur les questions liées à l'immigration.
« La décision du gouvernement suisse d'introduire des quotas sélectifs sur la libre circulation des citoyens en provenance de certains pays de l'UE est fâcheuse. En comparaison avec le nombre de citoyens originaires d'autres pays de l'UE, le nombre de personnes qui se rendent dans ce pays européen […] est négligeable »
Une mesure qui vise un public national ?
Les suppositions de Mme Plivova quant au fait que cette mesure ait pour but d'apaiser l'opinion publique en Suisse sont largement partagées par les médias.
Judith Mayencourt a écrit dans la Tribune de Genève que le recours à cette clause de sauvegarde tenait de la « gesticulation » et qu'elle n'atteindrait certainement pas sa cible. Le quotidien germanophone Blick a lui aussi fait preuve de scepticisme. Selon lui, les opportunités de travail refusées aux Polonais et aux Slovaques seront reprises par des Portugais et des Espagnols.
Le Quotidien Jurassien a rapporté que la clause de sauvegarde suisse ferait passer de 6000 à 2000 le nombre de permis de long séjour de type B accordés aux Européens de l'Est. Le journal a qualifié cette mesure de cosmétique en référence aux 60 000 permis B émis par les autorités suisses chaque année.
Le quotidien a expliqué que les autorités cherchaient à apaiser l'opinion publique suisse en amont du vote national de ratification des grands traités internationaux qui se tiendra le 17 juin prochain sur demande de la droite nationaliste.
Le journal Le Temps a lui aussi qualifié cette mesure de cosmétique, mais il a ajouté que le gouvernement n'avait pas d'autre choix que de montrer à la population qu'il prend en compte ses inquiétudes et son exaspération.
La Suisse est l'un des pays d'Europe où vivent le plus d'étrangers : 22,4 % selon l'Office fédéral de la statistique suisse. Ces chiffres révèlent également que plus de 55 % des étrangers vivant en Suisse sont originaires de l'Union des Quinze, les membres présents dans l'Union avant l'élargissement de 2004.
Quelque 85,2 % des résidents permanents du pays sont d'origine européenne et plus de deux tiers d'entre eux sont des citoyens originaires d'un Etat membre de l'UE ou de l'AELE. Les Italiens sont les plus nombreux (16,3 %), suivis par les Allemands (14,9 %) et les Portugais (12 %). Le nombre de ressortissants des Etats membres d'Europe de l'Est n'est pas indiqué. Les Serbes représentent quant à eux 6,9 % de la population née à l'étranger.
Les agriculteurs suisses mécontents
Les agriculteurs suisses, qui dépendent des travailleurs saisonniers immigrés, sont particulièrement déçus de la décision du gouvernement, a rapporté La Tribune de Genève.
« Cette mesure va entraîner des coûts supplémentaires et l'agriculture suisse n'avait pas besoin de cela », a déploré le directeur de l'Union suisse des paysans. Les domaines spécialisés, à production intensive, comme le secteur maraîcher, seront les plus touchés, a renchéri le quotidien.
Maja Kocijan?i?, la porte-parole de la haute responsable de l'UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, a déclaré que l'exécutif européen aborderait cette question avec les autorités suisses en juin prochain, lors d'une réunion qui a déjà été programmée.
Dans un communiqué datant du 18 avril, Mme Ashton avait déjà condamné la décision de la Suisse de réintroduire ces restrictions. « Je considère que cette mesure constitue une violation de l'Accord sur la libre circulation des personnes tel qu'amendé par le Protocole de 2004 », avait-elle alors affirmé.
La décision des autorités suisses n'affectera pas tous les citoyens de l'UE à court terme, dans la mesure où ceux-ci peuvent rester sur le territoire sans visa pendant 90 jours.