Le président catalan appelle à un « front démocratique » uni contre la droite et l’extrême droite
Un front uni des partis indépendantistes catalans constitue le seul moyen d’arrêter la progression de la droite et de l’extrême droite et d’éviter une alliance des forces opposées à une Catalogne indépendante, a averti le président de la Généralité de Catalogne.
Un front démocratique uni de tous les partis indépendantistes catalans constitue le seul moyen d’arrêter la progression de la droite et de l’extrême droite et d’éviter une alliance de toutes les forces réactionnaires opposées à une Catalogne indépendante, a averti mardi (30 mai) le président de la Généralité de Catalogne, Pere Aragonès.
« L’heure est grave et la Catalogne doit être défendue », a souligné M. Aragonès.
Après la défaite du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, Socialistes & Démocrates) aux élections régionales et municipales de dimanche (28 mai), les partis indépendantistes catalans sont en « alerte rouge » : ils craignent un futur gouvernement du Partido Popular (PP, Parti populaire européen) de centre droit et du parti d’extrême droite VOX, farouchement opposés à toute tentative sécessionniste de cette communauté prospère de l’Espagne.
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez (PSOE), a ouvert la voie à une nouvelle ère de dialogue avec le gouvernement catalan présidé par M. Aragonès.
Il a proposé une « approche conciliante », à des années-lumière de la politique de son prédécesseur au sein de l’exécutif espagnol, l’ancien Premier ministre Mariano Rajoy (PP).
Après une très sérieuse crise politique en 2017, M. Rajoy avait même menacé de suspendre le gouvernement régional catalan et de prendre le contrôle total de la communauté autonome.
La Catalogne tombe de Charybde en Scylla
Conscient que la Catalogne doit commencer à se préparer à un gouvernement « réactionnaire » de coalition entre le Partido Popular et VOX, et présumant que le PSOE perdra les élections législatives du 23 juillet, M. Aragonès a admis que sa stratégie de négociation et de dialogue avec Madrid était pour l’instant « mise de côté ».
« Nous sommes dans un nouveau scénario. Nous avons progressé ces derniers temps [avec le PSOE] dans un contexte très difficile. Cependant, si les conditions pour avancer, dans cette tentative de résolution du “conflit politique”, étaient déjà difficiles auparavant, aujourd’hui, face à un gouvernement [dirigé par] le PP et VOX, c’est impossible », a admis M. Aragonès.
Le président de la Généralité de Catalogne — dont le parti de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) a jusqu’à présent apporté son soutien parlementaire à la coalition progressiste au pouvoir du PSOE et du parti de gauche Unidas Podemos (Gauche européenne) — a semblé, mardi, tenir pour acquis qu’une victoire du PP et une coalition entre le PP et VOX porteraient un coup politique sérieux à la volonté indépendantiste de la Catalogne à l’avenir.
Pour éviter ce scénario, M. Aragonès a appelé tous les partis indépendantistes à mettre de côté leurs différences et à former un « front démocratique » uni.
Défendre la Catalogne contre les attaques de l’extrême droite
Parallèlement à l’appel à l’unité lancé par M. Aragonès, la ministre espagnole du Travail, Yolanda Díaz (Unidas Podemos), a officiellement enregistré la nouvelle plateforme progressiste Sumar. En avril, Mme Díaz a annoncé qu’elle se présenterait comme candidate au poste de Première ministre lors des élections législatives sous la bannière de la nouvelle formation de gauche Sumar, probablement aussi dans le cadre d’un « front uni » avec Unidas Podemos et d’autres partis progressistes de petite taille.
Pour faire barrage à la droite, M. Aragonès a exhorté les indépendantistes d’Ensemble pour la Catalogne, de la Candidature d’unité populaire (CUP) et de la coalition de gauche En Comú Podem (« En commun, nous pouvons ») à « trouver les mécanismes » pour agir avec « unité » face à ce qui sera une « attaque frontale contre les piliers fondamentaux » de la gouvernance autonome catalane et des valeurs de la société catalane.
Le parti Ensemble pour la Catalogne a présenté lundi (29 mai) à l’ERC une proposition de candidature commune aux élections générales du 23 juillet. Cependant, M. Aragonès a refusé d’expliquer ce qu’il entendait réellement par la création d’un « front démocratique », un sujet dont, selon lui, les partis devront discuter plus tard.
Il a toutefois laissé entendre que ce front devrait servir à garantir la stabilité de la « gouvernance » en Catalogne — l’ERC dirige actuellement le gouvernement sans partenaires et se trouve en minorité parlementaire — ainsi qu’à former des alliances en faveur de l’indépendance et de la souveraineté dans les conseils locaux de Catalogne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]