Le président irlandais mentionne Gaza à la Journée de commémoration de l’Holocauste et provoque un tollé

En mentionnant Gaza dans son discours, dimanche, à l’occasion de la Journée de commémoration de l’Holocauste, le président irlandais Michael D. Higgins a déclenché une vive polémique dans le pays.

EURACTIV.com
Irish President Michael Higgins visits Lebanon
Le mois dernier, Israël a annoncé la fermeture de son ambassade à Dublin, accusant l’Irlande de « rhétorique antisémite » et de « deux poids, deux mesures » concernant son attitude à l’égard du seul État juif du monde. [EPA-EFE/WAEL HAMZEH]

En mentionnant Gaza dans son discours, dimanche, à l’occasion de la Journée de commémoration de l’Holocauste, le président irlandais Michael D. Higgins a déclenché une vive polémique dans le pays.

Le personnel de sécurité a fait sortir de force au moins une femme qui s’opposait aux remarques du président. Selon le Irish Times, d’autres personnes ayant tourné le dos à Michael D. Higgins ont également été priées de partir.

Cette nouvelle polémique ne pouvait pas tomber à un pire moment pour le gouvernement irlandais. Le mois dernier, Israël a annoncé la fermeture de son ambassade à Dublin, accusant l’Irlande de « rhétorique antisémite » et de « deux poids, deux mesures » concernant son attitude à l’égard du seul État juif du monde.

L’Irlande a appuyé la plainte déposée par l’Afrique du Sud auprès de la Cour internationale de justice, qui accuse Israël de génocide à Gaza, et son parlement a adopté en novembre une résolution formulant la même allégation.

Cette année, la Journée de commémoration de l’Holocauste, qui a eu lieu lundi, marque le 80e anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau.

« Les décombres de Gaza »

Alors que les tensions sont fortes, évoquer la guerre de Gaza dans un discours commémorant l’Holocauste, face à un écran géant affichant une image d’Auschwitz, a heurté une corde sensible.

D’autant plus que les présidents irlandais gardent traditionnellement leurs opinions politiques pour eux.

Le président a déclaré qu’il espérait que les Israéliens qui pleurent leurs proches, ceux qui attendent que le Hamas libère des otages, « ou les milliers de personnes qui cherchent des parents dans les décombres de Gaza, accueilleront favorablement ce cessez-le-feu qui n’a que trop tardé ».

Dans de nombreux contextes, la reconnaissance des souffrances israéliennes et palestiniennes ne serait pas controversée.

Mais le faire à l’occasion d’une commémoration de l’Holocauste a donné l’impression de lier la guerre à Gaza au pire crime de l’histoire, celui qui a poussé de nombreux juifs européens qui ont survécu à chercher refuge en Israël.

Doutes antérieurs

Avant même que le président irlandais ne prenne la parole, il y avait déjà des doutes quant à sa participation à l’événement. Plusieurs représentants de la communauté juive irlandaise lui ont demandé de ne pas prononcer le discours en raison de ses commentaires antérieurs sur Israël, selon The Irish Times.

En décembre, le responsable politique a qualifié de « diffamation grossière » et de « calomnie » l’accusation d’Israël selon laquelle l’Irlande est antisémite.

Néanmoins, l’universitaire israélienne basée à Dublin que le personnel de sécurité a expulsée a déclaré au Irish Times qu’elle était venue prête à accorder à Michael D. Higgins le bénéfice du doute, et qu’elle n’a tourné le dos qu’après qu’il a mentionné Gaza.

« Le début du discours était charmant », a déclaré Lior Tibet au journal. « C’est pourquoi nous ne nous sommes pas levés à ce moment-là. Nous sommes tous de fervents défenseurs des droits humains. Nous avons des problèmes avec ce que fait Israël. »

Lors d’une réunion des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) à Bruxelles lundi, Simon Harris —  à la fois ministre des Affaires étrangères et vice-premier ministre de l’Irlande — a déclaré que l’État membre de l’UE augmenterait son financement de la Fondation Auschwitz-Birkenau, qui préserve le mémorial de l’ancien camp de la mort.

Simon Harris n’a pas précisé si cette décision était liée à l’agitation qui a régné à Dublin dimanche. Il a toutefois déclaré que Michael D. Higgins avait eu raison d’évoquer la situation au Proche-Orient.

« Je suis conscient, cependant, que nous vivons un moment très, très sensible », a ajouté le ministre.

Par ailleurs, l’Irlande a formé jeudi un nouveau gouvernement dirigé par les deux mêmes partenaires de centre droit — Fianna Fáil et Fine Gael — qui forment une coalition depuis 2020.