Le président turc conditionne la candidature de la Suède à l’OTAN à l’adhésion d’Ankara à l’UE
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a créé la surprise en évoquant la possibilité de lier la question de la candidature de la Suède à l’OTAN à celle de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a créé la surprise, ce lundi (10 juillet), en évoquant la possibilité de lier la question de la candidature de la Suède à l’OTAN à celle de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.
« Je lance un appel à ces pays qui font attendre la Turquie à la porte de l’Union européenne depuis plus de 50 ans », a déclaré M. Erdoğan face aux journalistes à l’aéroport Atatürk d’Istanbul, avant son départ pour le sommet de l’OTAN qui débutera mardi (11 juillet) à Vilnius.
« D’abord, ouvrez la voie à la Turquie dans l’Union européenne, puis nous ouvrirons la voie à la Suède, tout comme nous l’avons fait pour la Finlande », a-t-il déclaré.
L’annonce de la Turquie, qui intervient quelques heures seulement avant une nouvelle série de discussions trilatérales en présence du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et du Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, devrait faire de l’ombre aux autres questions qui seront discutées lors du sommet de l’OTAN.
L’adhésion de la Turquie à l’UE
Pays candidat à l’adhésion à l’UE depuis 1999, la Turquie a vu sa candidature gelée pendant des années après le lancement des négociations d’adhésion en 2005, alors que M. Erdoğan effectuait son premier mandant en tant que Premier ministre du pays.
Les relations entre Ankara et les États membres de l’UE se sont détériorées depuis lors, en particulier après la tentative de coup d’État de 2016 en Turquie.
La migration continue d’être un outil de négociation entre Ankara et l’UE, à la suite de l’accord de 2016 selon lequel les migrants entrés en Grèce de manière irrégulière peuvent être renvoyés en Turquie.
Alors que la Commission européenne a qualifié la Turquie de partenaire clé dans son rapport annuel sur l’élargissement l’année dernière, elle a souligné le « comportement non européen » d’Ankara dans ses relations tendues avec la Grèce voisine.
La Commission européenne a rejeté l’idée selon laquelle les processus d’adhésion à l’UE et à l’OTAN étaient liés, insistant sur le fait que les deux étaient « distincts » et se déroulaient « en parallèle ».
« On ne peut pas lier les deux processus », a indiqué Dana Spinant, porte-parole adjointe de la Commission européenne, à la presse à Bruxelles.
La Turquie a, sous la direction de M. Erdoğan, réussi à ouvrir 15 des 35 chapitres qui doivent être complétés dans le cadre du processus d’élargissement, tandis qu’un seul chapitre (consacré à la science et recherche) a été clôturé avec succès.
Le rapport sur l’élargissement de cette année, qui doit être publié en octobre, ne devrait pas faire état d’améliorations significatives concernant la Turquie, en particulier pour ce qui est de l’État de droit, des droits fondamentaux et de l’indépendance du système judiciaire.
En comparaison, si le processus d’élargissement de l’OTAN est essentiellement technique, il se révèle également plus simple.
Adhésion de la Suède à l’OTAN
L’année dernière, en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la Suède et la Finlande ont introduit leur demande d’adhésion à l’OTAN, abandonnant ainsi leur politique de non-alignement militaire, en vigueur depuis la Guerre froide.
Alors que l’adhésion de la Finlande à l’OTAN a reçu le feu vert en avril, la Turquie et la Hongrie doivent encore approuver la candidature de la Suède. Ankara la conditionne à la mise en œuvre d’un accord conclu l’été dernier lors du sommet de l’Alliance à Madrid.
Ankara estime que la Suède n’en a pas fait assez contre les personnes que la Turquie qualifie de terroristes, principalement les membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste par la Turquie, l’Union européenne et les États-Unis.
Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, qui s’est exprimé à Vilnius plus tard dans la journée de lundi, a déclaré qu’il était « encore possible de parvenir à une décision positive sur la Suède à Vilnius » cette semaine.
Interrogé sur le lien établi par la Turquie entre l’adhésion de la Suède à l’OTAN et celle de la Turquie à l’UE, M. Stoltenberg a déclaré qu’il soutenait les aspirations d’Ankara à l’UE, mais qu’en ce qui le concernait, la Suède avait déjà rempli les conditions requises pour adhérer à l’Alliance des 31 membres.
Le chancelier allemand Olaf Scholz a pour sa part rejeté la demande de M. Erdoğan de lier l’adhésion de la Suède à l’OTAN à celle de la Turquie à l’UE.
« C’est un enjeu qui n’est pas lié à l’autre, et je pense donc qu’elle ne devrait pas être considérée comme une question associée », a-t-il déclaré lundi à Berlin avant de s’envoler pour Vilnius.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]