Le retour de Martin Selmayr ?
Aujourd’hui dans Rapporteur : Martin Selmayr, ancien chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, envisage un retour sur le devant de la scène européenne ; Manfred Weber sous pression après que les eurodéputés français du PPE ont soutenu la motion de censure de l’extrême droite contre la Commission ; et les dirigeants de l’UE invités à assister à la signature d’un accord de paix qu’ils n’ont pas négocié pour Gaza.
Bienvenue dans Rapporteur — votre rendez-vous quotidien avec l’Europe. Ici Eddy Wax, avec Nicoletta Ionta, depuis Bruxelles. Nous aimons recevoir les commentaires de nos lecteurs : envoyez-nous vos réactions et vos suggestions d’actualités.
À savoir :
🇪🇺 Bruxelles : Martin Selmayr, ancien chef de cabinet de Jean-Claude Juncker surnommé « la bête du Berlaymont », envisage un retour sur le devant de la scène européenne.
🇪🇺 Parlement européen : Manfred Weber sous pression après que les eurodéputés français du Parti populaire européen (PPE, centre-droit) ont soutenu la motion de censure de l’extrême droite contre la Commission.
🌍 Gaza : les dirigeants de l’UE invités à assister à la signature d’un accord de paix qu’ils n’ont pas négocié pour Gaza.
NB : Les articles d’Euractiv en français sont à lire ici.
Bruxelles en un coup d’œil
À Bruxelles, le bruit court que Martin Selmayr pourrait faire un retour en force sur le devant de la scène politique européenne.
L’ancien chef de cabinet de Jean-Claude Juncker est devenu en 2018 le secrétaire général de la Commission européenne — poste administratif le plus prestigieux au sein de l’exécutif européen — avant de démissionner un an plus tard, suite à des accusations de copinage portées par le Parlement européen et à des critiques de la Médiatrice européenne selon lesquelles sa nomination enfreignait le droit européen.
Aujourd’hui, le bras diplomatique de l’UE, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) dirigé par Kaja Kallas, recherche un successeur au diplomate britannique-irlandais Simon Mordue, l’un des trois secrétaires généraux adjoints de l’organe, qui a récemment rejoint le cabinet d’Ursula von der Leyen en tant que conseiller diplomatique.
Plus précisément, le SEAE recherche un nouveau secrétaire général adjoint chargé des « questions géoéconomiques et interinstitutionnelles » et a publié la semaine dernière une offre d’emploi appelant à pourvoir « immédiatement » ce poste influent.
Suite à une restructuration en juin, le poste couvre toutes les « questions mondiales » et la communication. Il implique de représenter le SEAE lors des réunions du Comité des représentants permanents des gouvernements des États membres de l’UE (Coreper) avec les ambassadeurs des Vingt-Sept, de diriger les travaux sur le prochain budget de l’UE (2028-2034) et les programmes politiques annuels de la Commission, ainsi que de traiter avec le Parlement européen.
Plusieurs sources bien informées nous ont confié ce week-end que l’Allemand Martin Selmayr était effectivement pressenti comme candidat potentiel pour ce poste. Depuis son départ fracassant de la Commission, il a pris du recul et occupe désormais un poste au SEAE à Rome en tant que chargé de liaison diplomatique avec le Vatican et les institutions des Nations unies — loin du poste de haut niveau qu’il occupait auparavant.
Son retour potentiel fait l’objet de rumeurs depuis longtemps, mais ne s’est jamais concrétisé.
La nomination de Martin Selmayr à un tel poste pourrait renforcer son poids politique sur la scène internationale. Mais cela pourrait également créer un conflit interne avec sa plus haute responsable, la secrétaire générale du SEAE, l’Espagnole Belén Martínez Carbonell, qui n’a pris ses fonctions que sous Kaja Kallas, en remplacement de Stefano Sannino.
À ce stade, l’on ne sait pas dans quelle mesure von der Leyen ou Kallas accueilleraient favorablement cette nomination.
Le titulaire provisoire du poste, le diplomate français Olivier Bailly, pourrait aussi se porter candidat, ce qui donnerait lieu à un duel franco-allemand.
Les géants américains de la technologie face au calme finlandais
Washington a récemment accusé l’UE de cibler injustement les géants américains de la technologie.
Lors d’un entretien exclusif accordé à Euractiv, la commissaire européenne chargée des questions numériques, Henna Virkkunen, a déclaré que l’UE n’avait pas besoin d’être « provocatrice » dans sa réponse aux critiques américaines concernant son corpus de règlementations numériques.
Appelant au « calme », Henna Virkkunen a affirmé que Bruxelles restait déterminée à faire respecter ses règles « décidées démocratiquement ».
Ces règles s’appliquent de manière égale quel que soit le lieu d’implantation des entreprises technologiques — elles ne visent pas les entreprises américaines, puisqu’elles sont « les mêmes pour les entreprises européennes et asiatiques », a poursuivi la fonctionnaire.
Le chef du PPE sous pression après une petite rébellion française
Le chef de file des eurodéputés du Parti populaire européen, Manfred Weber, a été critiqué au sein du groupe de centre-droit, après avoir « laissé » la délégation française voter en faveur de la motion de censure déposée par Jordan Bardella (Patriotes) contre la Commission d’Ursula von der Leyen la semaine dernière. François-Xavier Bellamy et trois de ses compatriotes au sein du PPE ont voté en faveur de la motion déposée par l’extrême droite, défiant ainsi la ligne de leur groupe.
« [Manfred] Weber lui faisait confiance pour servir de pont entre le parti et le groupe, mais Bellamy a simplement joué son propre jeu, contre son propre patron », a expliqué un élu du PPE à Euractiv.
« Si [Manfred] Weber ne réagit pas maintenant, cela signifiera simplement que certaines délégations sont plus égales que d’autres », a noté une autre source au sein du groupe.
L’UE invitée à assister à la signature d’un accord de paix qu’elle n’a pas négocié
Le président du Conseil européen, António Costa, « participera » ce lundi 13 octobre à un sommet réunissant plus de 20 dirigeants mondiaux en Égypte pour marquer la fin de la guerre entre Israël et le Hamas, après avoir été invité par le président américain Donald Trump et son homologue égyptien Abdel Fattah el-Sisi (Ursula von der Leyen étant occupée par sa tournée dans les Balkans occidentaux).
La raison exacte de la participation d’António Costa n’est pas claire, car les seuls signataires de l’accord sont les pays qui l’ont négocié, à savoir le Qatar, la Turquie, l’Égypte et les États-Unis.
Le vocabulaire utilisé pour décrire les actions de l’Europe dans le communiqué de presse du président du Conseil en disent long sur le rôle marginal joué par l’Union européenne dans la fin de la guerre : « déploré », « réaffirmé », « rappelé » et « réitéré »… Désormais, les Européens s’« engagent » à contribuer à la reconstruction de Gaza, ce qui signifie en résumé qu’ils sortiront le chéquier, pendant que les décisions politiques seront prises ailleurs.
Le président français Emmanuel Macron et les Premiers ministres espagnol et italien Pedro Sánchez et Giorgia Meloni seront eux aussi présents, bien qu’António Costa les représente déjà. Le Premier ministre britannique Keir Starmer sera également présent.
En parallèle, les otages jusqu’à là encore retenus par le Hamas devraient être libérés aujourd’hui.
Sébastien Lecornu nomme quelques vétérans et de nombreux inconnus dans son nouveau gouvernement
En France, le Premier ministre Sébastien Lecornu, récemment reconduit dans ses fonctions, a annoncé dimanche 12 octobre la composition de son deuxième cabinet, alors que la pression monte pour présenter un budget 2026 et rétablir la stabilité après des semaines de turbulences politiques qui ont déstabilisé les marchés.
Le centriste de 39 ans, qui avait dévoilé son premier gouvernement il y a tout juste une semaine avant de démissionner quelques heures plus tard, a conservé des figures clés telles que Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), Rachida Dati (Culture), Gérald Darmanin (Justice) et Amélie de Montchalin (Comptes publics). Il a également nommé Catherine Vautrin aux Armées et Roland Lescure à la tête des négociations budgétaires.
Ce remaniement a creusé les divisions au sein du parti Les Républicains, dont le chef Bruno Retailleau a exclu six membres qui ont rejoint le gouvernement. Marine Le Pen a déclaré que le Rassemblement national (RN) déposerait une motion de censure dès lundi 13 octobre, tandis que l’Insoumise Manon Aubry a ironisé l’annonce du gouvernement en disant qu’il était « inutile » de retenir les noms des nouveaux ministres, car « le gouvernement ne tiendra pas la semaine ».
Les Capitales
PRAGUE 🇨🇿
Les négociations pour former une coalition en République tchèque ont été plongées dans la tourmente après que Filip Turek, candidat du parti des Motoristes (droite) au poste de ministre des Affaires étrangères, a été accusé d’avoir tenu des propos racistes et antisémites dans d’anciennes publications sur les réseaux sociaux.
Le média Deník N a rapporté que Filp Turek avait fait l’éloge d’Hitler et s’était moqué de l’Holocauste, ce qui a déclenché une enquête policière. L’intéressé qualifie ces accusations de calomnie.
Le leader du parti ANO, Andrej Babiš, qui cherche à former un gouvernement avec le parti des Motoristes et le mouvement d’extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD), a déclaré que ces accusations étaient « graves » et qu’il rencontrerait aujourd’hui les dirigeants du parti à ce sujet.
PARIS 🇫🇷 – BERLIN 🇩🇪 – MADRID 🇪🇸
Le projet de système de combat aérien du futur (SCAF), dont le coût est estimé à 100 milliards d’euros, fait face à de nouvelles turbulences après que le Français Dassault Aviation a menacé de faire cavalier seul et que le gouvernement est tombé à Paris.
L’engagement de la France dans ce projet étant incertain, les deux autres contractants, Airbus (Allemagne) et Indra (Espagne), devraient entamer des discussions informelles afin d’étudier des plans de secours : poursuivre sans la France, rejoindre l’alliance Global Combat Air Programme (GCAP) ou redémarrer avec de nouveaux partenaires tels que la Suède.
PARIS 🇫🇷
L’eurodéputée française Marie-Pierre Vedrenne — poids lourd sur les questions commerciales — quittera le Parlement européen pour occuper le poste de secrétaire d’État chargée des anciens combattants dans le nouveau gouvernement Lecornu II, a annoncé l’Élysée. L’ancien eurodéputé
Jérémy Decerle fait également son retour au Parlement européen.
Les relations entre Marie-Pierre Vedrenne et la présidente du groupe Renew au Parlement européen, Valérie Hayer, auraient été selon certaines sources très compliquées, mais son départ pourrait priver les Français de leur rôle influent au sein de la commission du Commerce international (INTA) du Parlement.
LISBONNE 🇵🇹
Le Parti social-démocrate (PSD) au pouvoir au Portugal, dirigé par Luís Montenegro, a remporté les élections municipales de dimanche 12 octobre dans les cinq plus grandes villes du pays — Lisbonne, Porto, Sintra, Vila Nova de Gaia et Cascais —, selon le Diário de Notícias.
En coalition avec le CDS-Parti populaire et l’Initiative libérale, le PSD gouverne désormais les plus grandes municipalités — une première fois depuis 2005. Le Parti socialiste a quant à lui obtenu un résultat honorable, se remettant quelque peu de ses mauvais résultats aux législatives du début de l’année.
BERLIN 🇩🇪
L’Allemagne est sur le point de conclure un accord avec les talibans afin de reprendre les expulsions régulières des Afghans condamnés pour des crimes, a confié le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt au journal The Pioneer.
Ce projet intervient alors que l’Allemagne ne reconnaît pas les talibans et que Friedrich Merz subit une pression politique croissante pour durcir la politique migratoire dans un contexte de montée de l’extrême droite.
MADRID 🇪🇸
Le Premier ministre Pedro Sánchez et le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares doivent assister à la signature du plan de paix pour Gaza à Charm el-Cheikh, à l’invitation du gouvernement égyptien.
Cette visite souligne la volonté de Madrid de jouer un rôle plus important dans la diplomatie au Moyen-Orient. La semaine dernière, Pedro Sánchez a salué l’accord de paix pour Gaza, exprimant l’espoir qu’il « marque le début d’une paix juste et durable ».
VARSOVIE 🇵🇱
La Pologne a obtenu une exemption de la relocalisation des migrants et des contributions financières associées dans le cadre du Pacte européen sur la migration et l’asile, rapporte le média polonais RMF FM.
Le parti d’opposition Droit et Justice (PiS) a attribué ce résultat au président Karol Nawrocki, citant une lettre qu’il aurait écrite à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à ce sujet.
Mais le gouvernement du Premier ministre Donald Tusk a insisté sur le fait que ce résultat était le fruit de ses propres négociations à Bruxelles, accusant le PiS de mobiliser des protestations contre une question « qui n’existe plus ».
Également sur Euractiv…
L’Allemand Andrés Ritter favori pour devenir le prochain procureur général de l’UE
L’Allemand Andrés Ritter, actuellement procureur adjoint du Parquet européen, est le favori parmi les quatre candidats présélectionnés pour succéder à la Roumaine Laura Codruța Kövesi à la tête de l’organisme de lutte contre la fraude portant atteinte aux finances de l’UE.
L’arrêt des importations chinoises de soja américain pourrait provoquer une arrivée massive de soja bon marché en Europe. Mais ce bénéfice à court terme risque d’enfermer l’Union dans une dépendance structurelle vis-à-vis d’un petit nombre d’exportateurs.
Agenda
📌 La commissaire Henna Virkkunen rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le ministre ukrainien de la Défense Denys Chmyhal à Kiev pour discuter des technologies de défense, des drones et de la cybersécurité.
📌 La commission des Affaires juridiques (JURI) du Parlement européen vote sur la première loi de simplification omnibus à 16 h, suivie d’une conférence de presse à 18 h 15 avec le député européen Jörgen Warborn.
📌 Ursula von der Leyen se rend à Tirana, en Albanie, pour rencontrer le président Bajram Begaj et le Premier ministre Edi Rama, puis ira à Podgorica, au Monténégro, pour s’entretenir avec le président Jakov Milatović et le Premier ministre Milojko Spajić
📌 La commissaire Roxana Mînzatu rencontre le Premier ministre Robert Abela à Malte et s’adresse à l’Union pour la Méditerranée. Elle donne un aperçu du Pacte pour la Méditerranée (qui sera présenté jeudi 16 octobre) et avertit que « trop de jeunes sont encore exclus de l’emploi, de l’éducation ou de la formation ».
📌 Les ministres de la Justice de l’UE se réunissent à Luxembourg.
📌 La présidente du Parlement européen Roberta Metsola et le commissaire européen Raffaele Fitto prennent la parole lors de la Semaine européenne des régions et des villes — on s’attend à beaucoup de mécontentement de la part des maires concernant le prochain budget de l’UE (CFP 2028-2034).
📌 Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, tient une conférence de presse à 15 heures en Slovénie avec le Premier ministre du pays, Robert Golob.
📌 António Costa participe au sommet de Sharm El-Sheikh pour la paix à Gaza.
Correction : une erreur s’est glisée dans la newsletter du vendredi 10 octobre. Nous avons mal interprété le vote du député européen Dariusz Joński sur les motions de censure visant la Commission. Il a voté contre les deux textes.
Éditeurs : Christina Zhao, Sofia Mandilara.
Contributeurs : Elisa Braun, Sarantis Michalopoulos, Anupriya Datta, Jacob Wulff Wold, Inés Fernández-Pontes, Aleksandra Krzysztoszek, Aneta Zachová.
(asg)