Le secteur de la vérification des faits souhaite une lutte contre la désinformation viable financièrement
La prolifération de la désinformation a poussé les vérificateurs de faits à jouer un rôle central dans l’écosystème de l’information, tandis que de nouveaux modèles d’entreprise apparaissent pour répondre à l’éternelle bataille entre viabilité financière et indépendance.
La prolifération de la désinformation a poussé les vérificateurs de faits à jouer un rôle central dans l’écosystème de l’information, tandis que de nouveaux modèles d’entreprise apparaissent pour répondre à l’éternelle bataille entre viabilité financière et indépendance.
La présence de faux contenus sur les grandes plateformes en ligne a fait l’objet de récentes initiatives politiques visant à définir des lignes directrices concernant la manière dont les plateformes appréhendent la désinformation. En début d’année, notamment, la Commission a mis à jour son Code de bonnes pratiques contre la désinformation, un outil d’autorégulation qui prévoit des mesures de lutte contre la désinformation auxquelles les organisations peuvent s’engager.
Quatre ans après son lancement, la liste des signataires du Code, qui ne comprenait initialement qu’un nombre restreint des principaux acteurs en ligne, s’est élargie pour inclure un éventail beaucoup plus complet d’acteurs, notamment des organisations de la société civile, des annonceurs publicitaires, des instituts de recherche et des services de messagerie.
Cependant, les mesures prises par Bruxelles pour lutter contre la désinformation ne se limitent pas aux plateformes en ligne. La Commission a publié mardi (11 octobre) un ensemble de lignes directrices à l’intention des enseignants concernant le développement des compétences numériques et l’éducation des jeunes à la distinction entre réalité et fiction.
La boîte à outils, élaborée par un groupe d’experts composé de représentants des milieux universitaires, de la société civile et des médias, a été produite en raison du besoin ressenti de répondre à la désinformation au niveau individuel, mais aussi systémique, en renforçant la capacité du public à identifier et à réfuter les fausses informations.
Parallèlement, la baisse constante des revenus, conjuguée à la montée des efforts coordonnés en matière de désinformation, s’est avérée un véritable défi pour les médias, en particulier les plus petits disposant de moins de ressources.
Dans ce contexte, les organismes de vérification des faits sont devenus de plus en plus essentiels pour la vérification des sources d’information. Ce secteur émergent est toutefois confronté à la difficulté constante d’obtenir les ressources nécessaires sans pour autant compromettre son indépendance du fait de son affiliation à des financeurs particuliers.
Dans ce contexte, certains organismes se tournent vers l’innovation au niveau organisationnel pour répondre à cette problématique.
La dernière édition du programme Stars4Media NEWS se concentre sur la lutte contre la désinformation, notamment dans le cadre de la guerre contre l’Ukraine, en intégrant cinq projets liés à des participants ukrainiens, biélorusses et russes.
En outre, des travaux sont également menés dans le cadre de projets individuels. Ainsi, un projet du volet « transformation des entreprises » du programme commencera à traiter ces questions interdépendantes en développant un modèle reproductible de vérification des faits via un modèle d’engagement communautaire.
Un partenariat entre les organisations espagnole et italienne de vérification des faits Maldita.es et Facta.news permettra de développer le modèle de vérification des faits basé sur la communauté déjà utilisé par Maldita, qui enquête et publie des démentis documentés de canulars et de désinformation potentiels.
En tant qu’organisation à but non lucratif, l’un des enjeux majeurs est de négocier l’équilibre entre l’obtention d’un financement suffisant tout en veillant à ce que leur travail soit toujours considéré comme indépendant et pris au sérieux, a déclaré à EURACTIV Sam Allan, technicien de projet et d’impact chez Maldita.
Depuis plusieurs années, a-t-il déclaré, l’organisation cherche à développer « des sources de revenus mixtes permettant de contribuer à notre durabilité de manière à ne pas empiéter sur notre indépendance et notre impartialité. »
En s’appuyant sur l’orientation communautaire existante de Maldita, le projet vise également à stimuler l’engagement du public en lui demandant de soumettre du faux contenu. Cela laisse aux médias plus de temps pour travailler sur les processus d’enquête et de démystification tout en améliorant la portée commerciale.
Le projet vise cependant à transformer non seulement les opérations internes et les niveaux d’engagement des utilisateurs de Maldita et Facta au niveau commercial, mais aussi à stimuler un changement plus large dans le secteur en fournissant un modèle à d’autres organisations.
M. Allan a déclaré que l’un des objectifs du projet est de développer « une sorte de produit final, tel qu’un guide, pour avoir une vue d’ensemble de notre modèle communautaire, qui pourrait ensuite être vendu comme un service à d’autres organisations de vérification des faits qui seraient intéressées par le même processus et qui essaieraient d’améliorer la participation de leur public ».
« Cela devient alors notre propre source de revenus », a-t-il ajouté, « qui ne dépend de personne d’autre, ne nous encombre pas et nous permet de conserver notre indépendance. »