Le système des retraites restera dans le rouge, malgré la réforme
Le système des retraites français « resterait durablement en déficit » selon le rapport annuel du COR, publié jeudi, mais qui a été obtenu par l’AFP. La Commission européenne note que la réforme pourrait permettre une légère amélioration des comptes publics français.
Le système des retraites français « resterait durablement en déficit » selon le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR), publié jeudi (22 juin) mais obtenu par l’AFP. La Commission européenne notait dans ses recommandations macroéconomiques pour 2023 que la réforme permettrait une légère amélioration des comptes publics français.
Deux mois après sa promulgation le 15 avril, la très contestée réforme des retraites semble manquer son objectif : malgré des économies estimées par Bercy à 17,7 milliards d’euros à horizon 2030, le rapport annuel du COR, qui sortira jeudi (22 juin), estime que le déficit continuera de fluctuer entre 5 et 8 milliards d’euros par an jusqu’en 2030.
Après cette date, les comptes du système de retraites devraient rester dans le rouge dans trois des quatre scénarios de croissance analysés par le Conseil.
La situation va donc à l’encontre des projections du gouvernement, pour qui la réforme était la pierre angulaire du « sérieux budgétaire », dont le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, se fait le fer de lance. Mais le COR précise que la situation aurait été encore pire sans la réforme.
La Commission européenne voit la réforme d’un bon œil
Dans le « Pacte de stabilité de la France » publié en mai, qui présente la stratégie budgétaire du pays à la Commission européenne pour les années 2023-2027, la réforme est mise en avant comme une condition sine qua non pour garantir la « soutenabilité de nos finances publiques » et atteindre le plein-emploi d’ici 2027.
Après trois ans de crises Covid et énergétique, M. Le Maire s’est engagé à mettre fin au « quoi qu’il en coûte » et à « accélérer » la réduction de la dette publique de quatre points de PIB entre 2021 et 2027.
Le déficit public, qui aujourd’hui frôle les 5 % de PIB, devrait aussi repasser sous la barre des 3 % d’ici la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.
Dès 2022, la Commission alertait sur un système des retraites français « complexe », et coûteux par rapport à ses voisins européens, notamment à cause d’un âge de départ légal largement plus bas que la moyenne européenne. « La simplification du système des retraites, en unifiant tous ses régimes spéciaux […] pourrait renforcer la soutenabilité budgétaire » de l’Hexagone, précisait-elle.
Lors de ses recommandations pour 2023, adoptées par le Conseil de l’UE vendredi (16 juin), la Commission dit voir d’un bon œil la réforme afin de contribuer à la soutenabilité de la dette publique, intimant le gouvernement à assurer son « implémentation effective ».
La réforme des retraites avait électrisé le débat politique dès sa présentation en Conseil des ministres début janvier. Le gouvernement avait dû faire face à l’opposition d’une intersyndicale soudée et à des débats mouvementés à l’Assemblée nationale. Le texte avait finalement été adopté par le biais de l’article 49.3 de la Constitution.
La réforme comprend notamment le recul de l’âge de départ légal à la retraite de 62 à 64 ans, à raison d’un trimestre par année de naissance, et une accélération du calendrier de la réforme « Touraine », qui cale le nombre de trimestres minimums pour avoir droit à une retraite à taux plein.