Les dirigeants européens envisagent d’éliminer progressivement les combustibles fossiles russes

Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE examineront les moyens de «  supprimer progressivement notre dépendance aux importations de gaz, de pétrole et de charbon russes  », lors d’une réunion informelle,  selon un projet qui a fait l'objet d'une fuite.

EURACTIV.com
epa09801712 A Lukoil emblem at a Lukoil petrol station in Moscow, Russia, 04 March 2022. The Russian multinational energy corporation Lukoil is among Russian brands facing backlash of the war in Ukraine, as a campaign was launched to boycott gas stations in the US bearing the name Lukoil. Russian troops entered Ukraine on 24 February prompting the country’s president to declare martial law and triggering a series of severe economic sanctions imposed by Western countries on Russia.  EPA-EFE/YURI KOCHETKOV
Un logo Lukoil dans une station-service Lukoil à Moscou, en Russie, le 4 mars 2022. [<a href="https://webgate.epa.eu/webgate" target="_blank" rel="noopener">Yuri Kochetkov / EPA-EFE</a>]

Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE examineront les moyens de «  supprimer progressivement notre dépendance aux importations de gaz, de pétrole et de charbon russes  » lors d’une réunion informelle qui se tiendra cette semaine, selon un projet de conclusions de cette réunion qui a fait l’objet d’une fuite et qui a été consulté par EURACTIV.

La réunion aura lieu jeudi et vendredi (10-11 mars) à Versailles, en France. Le document réaffirme l’objectif de l’Europe d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

Mais «  alors que l’UE s’efforce d’atteindre cet objectif, la situation actuelle exige une réévaluation approfondie de la manière dont nous assurons la sécurité de nos approvisionnements énergétiques  », indique le projet. «  À cet égard, nous avons convenus de réduire progressivement notre dépendance à l’égard des importations de gaz, de pétrole et de charbon russes  ».

Depuis que la Russie a envahi l’Ukraine à la fin du mois dernier, les décideurs politiques se sont engagés à se détacher le plus rapidement possible de l’énergie russe.

Le projet, qui est encore susceptible d’être modifié avant d’être adopté, met en évidence cinq moyens d’y parvenir.

  • La première consiste à diversifier l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Cela inclut le gaz naturel liquéfié (GNL) importé de pays comme les États-Unis et le Qatar, ainsi que « le développement du biogaz et de l’hydrogène  » .
  • Une autre voie consiste à accélérer le développement des énergies renouvelables «  et la production de leurs composants clés  » ainsi qu’à «  rationaliser les procédures d’autorisation pour les projets énergétiques  » tels que les parcs éoliens .
  • Une troisième voie consiste à améliorer les interconnexions des réseaux européens de gaz et d’électricité, notamment en «  synchronisant totalement nos réseaux électriques  » 
  • Quatrièmement, «  renforcer les plans d’urgence de l’UE pour la sécurité de l’approvisionnement  » .
  • Et cinquièmement, «  améliorer l’efficacité énergétique et la gestion de la consommation d’énergie, et promouvoir une approche plus circulaire des modes de fabrication et de consommation.  »

En outre, le projet de conclusions du sommet indique que les pays de l’UE continueront à œuvrer pour «  garantir des niveaux suffisants de stockage de gaz et mettre en place des opérations coordonnées de remplissage  » avant la saison hivernale.

Les dirigeants de l’UE s’engagent également à renforcer la connectivité avec le «  voisinage immédiat de l’UE  », sans autre précision.

Les énergies éoliennes et solaires sont actuellement les formes d’électricité les moins chères qui pourraient aider l’UE à atteindre ses objectifs climatiques et à devenir plus indépendante sur le plan énergétique.

Toutefois, des procédures d’autorisation longues et complexes ont bloqué le déploiement de nouveaux parcs éoliens et les professionnels de l’industrie ont averti que l’Europe pourrait manquer ses objectifs en matière d’énergies renouvelables pour cette raison.

Parallèlement, le projet souligne la nécessité d’améliorer l’efficacité énergétique. Des projets tels que la rénovation des bâtiments permettraient de réduire la consommation d’énergie de l’Europe et de diminuer la nécessité d’importer de l’énergie. En effet, les bâtiments sont très inefficaces et sont responsables d’environ 40 % de la consommation d’énergie de l’UE. Selon l’Agence internationale de l’énergie, encourager les consommateurs européens à réduire leur thermostat de 1°C permettrait d’économiser 10 milliards de mètres cubes de gaz en un an.

Le projet évoque également la nécessité d’améliorer l’interconnexion des réseaux européens de gaz et d’électricité. Par exemple, des pays comme l’Espagne, qui disposent de nombreux terminaux GNL et d’une grande capacité de stockage de gaz, pourraient partager plus facilement leur approvisionnement avec d’autres pays. Le projet de gazoduc Midi-Catalonia (MidCat) reliant la France et l’Espagne pourrait être relancé dans ce contexte.

Les points mentionnés dans le projet de conclusions font écho aux plans de la Commission européenne visant à se détacher de l’énergie russe. Un projet de communication de la Commission, attendu mardi 8 mars, souligne ces points comme autant de moyens de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie.

Enfin, le projet de conclusions du sommet souligne également la nécessité d’aborder l’impact de l’augmentation des prix de l’énergie sur les consommateurs, en particulier les citoyens vulnérables et les petites entreprises.

Les pays de l’UE ont déjà mis en place des mesures pour protéger les consommateurs de la hausse des prix de l’énergie, mais les gouvernements ne peuvent pas maintenir ces dépenses, a récemment averti l’Espagne à la Commission européenne.