L’écologie selon l’extrême droite : entre souverainisme et conservatisme

EURACTIV s’est penché, avec l’aide de spécialistes des questions écologiques et énergétiques, sur la philosophie qu’inspire l’écologie telle que proposée par l’extrême droite française.

Euractiv France
French President Macron meets Marine Le Pen in Paris
La leader du Rassemblement National (RN) Marine Le Pen, à l'Elysée en juin 2022 après une réunion avec le président Emmanuel Macron. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

EURACTIV s’est penché, avec l’aide de spécialistes des questions écologiques et énergétiques, sur la philosophie qu’inspire l’écologie telle que proposée par l’extrême droite française.

Lors d’un débat en commission des Affaires étrangères mercredi (1er mars) sur les enjeux de la COP 28 à venir, la députée Rassemblement national (RN) Marine Hamelet a déclaré que « le RN se préoccupe beaucoup du réchauffement climatique […] nous proposons une réponse locale à un désordre global ». L’élue ajoute que les COP « ne sont qu’un théâtre d’ombres », avant de louer le mix énergétique français, fondé « sur le nucléaire et l’hydroélectricité, modèle de décarbonation dans le monde entier ».

En aucun cas, explique-t-elle, il ne faut céder, au nom de la protection de l’environnement, « à la construction d’éoliennes qui massacreront nos campagnes et nos littoraux » et la biodiversité, et « la réponse ne peut pas être d’empêcher nos agriculteurs d’utiliser des pesticides, essentiels à leur compétitivité économique et à notre souveraineté alimentaire ».

Autant de positions dans la lignée du programme défendu par Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle de 2022 : « notre projet tourne la page de l’écologie punitive et de la mauvaise conscience », peut-on y lire, pour « rompre avec une écologie dévoyée par un terrorisme climatique qui met en danger la planète, l’indépendance nationale et plus encore, le niveau de vie des Français ».

Le Rassemblement national propose comme « premier levier d’une transition écologique », « la préférence pour les produits français, pour l’emploi des Français, pour l’investissement dans les entreprises françaises ». Sans surprise, il s’agit là d’une déclinaison du principe de priorité nationale — un classique de l’extrême droite, en France comme ailleurs.

Spécialiste du droit de l’environnement et professeur associé à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’avocat Arnaud Gossement ne voit dans cette conception « qu’un moyen de parvenir à une autre fin, qu’est le nationalisme ». Autre exemple, le RN promettait un plan de soutien à l’agriculture biologique, couplé à un « accès au bio dans les cantines scolaires réservé aux produits français ».

Un « programme prétexte » donc, qui aboutit à ce que les députés du groupe Rassemblement national (RN) soient « la plupart du temps taiseux » sur les questions relatives à l’écologie. Sauf, par exemple, quand leur prise de position vise à s’opposer au déploiement des énergies renouvelables, détaille le spécialiste pour EURACTIV.

Des propositions qui visent surtout à « flatter un électorat », poursuit l’avocat, qui voit dans les changements du discours sur l’écologie de l’extrême droite un simple « changement de communication ». Si ses élus n’affichent quasiment plus de positions climatosceptiques, M. Gossement les qualifie de « climato-relatifs ».

Pour lui, il n’existe « aucune analyse du lien entre la consommation des hydrocarbures et le réchauffement climatique » dans les rangs du RN. Autrement, ses parlementaires ne s’opposeraient pas au développement des énergies renouvelables, et ne se battraient pas pour la baisse de la fiscalité sur les carburants.

Avec le fait que le RN se bat « contre l’interdiction de la vente des véhicules thermiques et des chaudières au fioul », Nicolas Goldberg, spécialiste des questions énergétiques à Colombus Consulting et responsable du pôle énergie du think-tank Terra Nova, considère que les plans de l’extrême droite française ne permettraient pas à la France de « s’émanciper des énergies fossiles ».

Ce à quoi le parti de Marine Le Pen rétorque qu’il plaide pour la montée en puissance du parc nucléaire français — après s’y être longtemps opposé. M. Goldberg explique pourtant que, « sans électrification, le nucléaire ne permet pas seul de se passer des énergies fossiles ». Or « une trop grande dépendance aux énergies fossiles est non seulement climaticide, mais en plus nourrit une dépendance géopolitique mortifère », abonde l’expert.

Contrairement aux objectifs de souveraineté nationale promus par le RN, Reconquête ! et les autres personnalités de la droite nationaliste, « se focaliser sur les énergies fossiles pose des problèmes vis-à-vis de la souveraineté nationale et de la sécurité d’approvisionnement ».

M. Gossement comme M. Goldberg pointent d’ailleurs l’immobilisme prôné par Mme Le Pen et ses soutiens quant aux modes de vie. Le parti ne propose aucun plan pour la transformation des secteurs des transports et du logement, qui sont les premières causes des émissions de gaz à effet de serre, pour les réduire et lutter contre le réchauffement climatique.

Cette conception de l’écologie « correspond à une vision conservatrice de la structuration de la société, et refuse de revoir les usages et les infrastructures », selon M. Goldberg.

Mais l’extrême droite française, et le RN notamment, a aussi beaucoup développé l’idée du localisme dans leur discours. Le parti propose par exemple de soutenir l’économie circulaire, ou encore le traitement des déchets au niveau local, aux fins de la production d’énergie par exemple.

Or, explique M. Goldberg, le localisme « a du sens quand il est appliqué de manière globale », sans se cantonner au fait « d’acheter en circuit court ». Combiné avec une « addiction aux énergies fossiles et sans la volonté d’en contraindre la consommation, c’est du localisme de façade », précise M. Golberg.

« La colonne vertébrale du RN est le souverainisme couplé au conservatisme, conclut-il, alors que, en matière énergétique, ça ne marche pas. »