L’EMA établit une liste d’antimicrobiens réservés aux humains pour lutter contre la prolifération des superbactéries

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a créé une liste des antimicrobiens qui devraient être réservés exclusivement à l’homme pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens.

EURACTIV.com
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Une utilisation abusive et excessive des antimicrobiens — une catégorie qui englobe les antibiotiques, les antiviraux, les antifongiques et les antiparasitaires — a conduit au problème croissant de la résistance aux antimicrobiens, qui a été classée comme l’une des dix principales menaces sanitaires pour l’humanité. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/hand-holding-medicine-capsule-pack-pharmacy-1023851305" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK]</a>]

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a créé une liste des antimicrobiens qui devraient être réservés exclusivement à l’homme pour lutter contre le phénomène de résistance aux antimicrobiens. Toutefois, le fait que la colistine, un antimicrobien controversé, n’ait pas été retenue a fait sourciller.

Ces recommandations vont maintenant servir à élaborer les actes d’exécution de la Commission européenne visant à désigner les « antimicrobiens ou groupes d’antimicrobiens à réserver au traitement de certaines infections chez l’homme », comme l’exige le règlement relatif aux médicaments vétérinaires.

Les antimicrobiens englobent les antibiotiques, les antiviraux, les antifongiques et les antiparasitaires utilisés pour traiter les infections chez les humains et les animaux.

Toutefois, une utilisation abusive et excessive de ces antimicrobiens a conduit au problème croissant de la résistance aux antimicrobiens, qui a par ailleurs été classée comme l’une des dix principales menaces sanitaires pour l’humanité.

Dans le cadre des efforts déployés pour lutter contre ce phénomène, l’EMA, en collaboration avec des experts, dont l’Autorité européenne de sécurité des aliments et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), a élaboré cette liste d’antimicrobiens réservés à l’usage humain.

L’inclusion à la liste était basée sur trois critères : l’importance de l’antimicrobien pour la santé humaine, avec une disponibilité limitée ou une absence de traitements alternatifs ; le risque de transmission de la résistance à l’antimicrobien de l’animal à l’homme ; et l’absence de besoin vital de l’antimicrobien pour la santé animale.

Selon l’EMA, les antimicrobiens figurant sur la liste ne peuvent être utilisés comme médicaments vétérinaires autorisés par l’UE, ni être utilisés pour soigner des animaux, ni être utilisés « dans des animaux ou leurs produits importés dans l’UE depuis des pays tiers ».

Dans un premier temps, la réaction à ces recommandations a été mitigée.

Pour sa part, la Commission, qui a demandé l’avis de l’EMA, a accueilli favorablement les recommandations et a déclaré que les discussions avec les États membres sur l’adoption de la liste commenceront bientôt.

Pendant ce temps, la Plateforme européenne pour l’utilisation responsable des médicaments chez les animaux (EPRUMA) a publié une déclaration saluant les recommandations et appelant l’exécutif européen à proposer des actes d’exécution basés sur cet avis.

« Conformément à l’approche “Une seule santé” de l’UE pour relever le défi de la résistance aux antimicrobiens, l’EPRUMA estime que l’approche adoptée pour établir cette recommandation a été fondée sur la situation actuelle concernant les antibiotiques qui sont essentiels pour la santé humaine dans l’UE », peut-on lire dans la déclaration.

La colistine n’a pas été retenue

Cependant, et c’est là le point le plus controversé, cette liste ne comprend la colistine, un antimicrobien, et ce malgré les pressions croissantes en ce sens.

En février dernier, 150 professionnels de la santé ont envoyé une lettre à la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, pour lui demander d’inclure la colistine dans la liste.

Erik Ruiz, chargé de projet Safer Pharma à Health Care Without Harm (HCWH) Europe, qui était l’un des signataires de la lettre, a souligné que ce médicament utilisé en dernier recours devait être réservé à l’usage humain étant donné que « presque toutes les ventes de colistine en Europe sont sous des formes adaptées au traitement de groupe et que cinq pays n’ont pas atteint l’objectif de 2016 fixé par l’EMA concernant la réduction de l’utilisation de la colistine dans la production alimentaire ».

« Les préoccupations des organisations de santé humaine et de bien-être animal doivent être entendues — il existe déjà suffisamment d’antimicrobiens alternatifs et de traitements non thérapeutiques qui peuvent être utilisés dans la production alimentaire à la place de la colistine, lesquels doivent être réservés à l’usage humain », a-t-il ajouté.

Un porte-parole de l’EMA a confié à EURACTIV qu’ils reconnaissent que la colistine est « l’un des rares traitements disponibles pour certaines infections graves résistantes aux médicaments chez l’homme » et que des appels publics ont été lancés pour interdire son utilisation chez les animaux.

La raison en est qu’elle ne répondait pas au troisième critère concernant le caractère non essentiel à la santé animale.

« Nous avons conclu que la colistine reste essentielle pour le traitement d’infections graves menaçant la vie et entraînant une morbidité ou une mortalité importante chez les animaux destinés à l’alimentation lorsqu’il n’existe pas ou peu d’alternatives, en particulier des alternatives considérées comme des traitements de première ou de deuxième intention », a déclaré le porte-parole.

Par exemple, la colibacillose, une infection survenant chez les jeunes veaux, est fréquemment causée par des Escherichia coli (E. coli) multirésistants, a expliqué le porte-parole de l’EMA.

Toutefois, le fonctionnaire a souligné que la colistine ne doit être utilisée que conformément à la notice officielle du produit. Cela signifie que son utilisation doit être basée sur des tests de sensibilité et dans le respect des règles strictes relatives aux prescriptions vétérinaires.

« [Nous] continuerons à suivre l’utilisation de la colistine et d’autres médicaments vétérinaires et nous mettrons à jour nos recommandations sur leur mode d’utilisation chaque fois que cela sera nécessaire », a affirmé le porte-parole, ajoutant que le Comité de médicaments vétérinaires (CMV) tiendra également compte des modes d’utilisation des antimicrobiens indispensables chez l’homme, comme le conseille l’ECDC.